« Terres ! », de Lise Martin, Théâtre de l’Est‑Parisien à Paris

Terres ! © Émile Zeizig

« Terres ! » : du beau dans les yeux, mais…

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Le Théâtre de l’Est-Parisien accueille « Terres ! », un conte pour le jeune public qui nous dit la violence de la propriété. Si on ne peut qu’admirer la mise en scène ingénieuse, et la scénographie digne d’un tableau de Kandinsky, on reste à la porte de l’imaginaire de l’auteur, Lise Martin.

Aride et Kétal arpentent la scène à la recherche de la terre que Kétal a acquise. Kétal ordonne, Aride, lui, supporte tout le poids des bagages de son compagnon : éternel duo du dominant et du dominé. Mais là où s’arrête l’errance de ces deux-là, commencent les problèmes. Un autre a déjà planté un panneau pour attester que cette terre est sa propriété, et cet Autre 1 pour Kétal est de trop.

Il semble impossible de trouver une origine à cette histoire, non plus que de lui deviner un terme. C’est peut-être pour cette raison que Lise Martin situe l’action dans un lieu imaginaire, dont le sable et l’unique arbre peuvent faire penser à certaines terres arides sans que l’on puisse leur donner de nom, ni ainsi désigner à la vindicte un peuple précis. C’est aussi, sans doute, pour cette raison que les quatre personnages de la fable semblent si peu humains. De fait, tous semblent définis par rapport à Kétal. Il y a évidemment cet Autre qui veut récupérer sa terre, mais il y a aussi Aride (autre dans la relation de domination) et la femme. Il en résulte que le texte est non seulement simpliste, mais surtout terriblement abstrait. Derrière l’homme en général, on peine ainsi à trouver les senteurs sensuelles et matérielles de la terre des hommes.

Beau comme un tableau de Kandisky

La scénographie et la mise en scène (Nino D’Introna), exactes et réfléchies, s’attachent à restituer cette terre éthérée. À la fin de la pièce, la scène fait penser à un bac à sable. C’est l’aire d’un jeu dangereux, celui que les adultes continuent à jouer. On y dit « C’est à moi », on y construit des châteaux qui ne sont que de sable, mais dont on exclut les autres en plantant des fanions. Quand les lumières se rallument, cet espace devient enfin le nôtre et il prend du volume, modelé par les mains des acteurs. Mais cette élucidation est progressive, elle peut ne pas se produire pour certains jeunes spectateurs 2. De fait, pendant que se déroule l’action, la scène ferait plutôt penser à un tatami où l’on est prêt à lutter, plus encore à un tableau abstrait : lignes horizontales, couleurs qui ne coulent pas. Même les acteurs ont des gestes précis, comme dessinés, eux aussi.

Nino D’Introna fait référence au travail des clowns rouge et blanc pour mettre en scène les deux protagonistes. Et il s’agit bien de types. De la même manière, Madame, ou Zéphir – peu importe son nom d’ailleurs – présente un archétype féminin : en opposition aux mâles prédateurs, elle évolue sur un plan vertical, céleste, fuyante comme l’eau, ou fée, devineresse encore.

Pour une poignée de terre

En définitive, le spectacle révèle de nombreuses surprises qui ne sont pas seulement esthétiques. Les enfants y sont d’ailleurs sensibles. On relèvera certaines trouvailles et, en particulier, le travail sur le son qui fait entendre les pas menaçants de l’Autre, des Autres, le vent de la discorde, et ainsi fait comprendre le complexe obsidional de Kétal. Cependant, on aurait envie de voir ce qui se trame dans le hors-champ de la scène presque trop joli pour être vrai. On voudrait rentrer aussi dans le cadre. Chacun des Autres de Terres ! porte sur son cœur un peu de la terre ocre pour laquelle il est prêt à mourir ou à tuer. Nous repartons avec des rires, du beau dans les yeux, mais il manque peut-être quelque chose à porter à son tour sur son cœur. 

Laura Plas

  1. L’Autre, avec une majuscule, est un des quatre personnages de la fable.
  2. Certains enfants n’ont pas compris que le bac à sable finissait par représenter un planisphère.

Terres !, de Lise Martin

Lansman éditeur

Théâtre Nouvelle Génération • 23, rue de Bourgogne • 69257 Lyon cedex 09

04 72 53 15 15

Site du T.N.G. : www.tng-lyon.fr

Courriel du T.N.G. : renseignements@tng-lyon.fr

Mise en scène : Nino D’Introna

Avec : Maxime Cella, Thomas Di Genova, Alexis Jebelle, Sarah Marcuse

Musique originale et univers sonore : Patrick Najean

Collaboration à la création lumière : Andrea Abbatangelo et Jean‑Michel Gardiès

Collaboration à la création des costumes : Aurélie Dolbeau

Maquillages : Christelle Paillard

Construction du décor : ateliers du T.N.G.

Photo : © Émile Zeizig

Production : Théâtre Nouvelle Génération-C.D.N. de Lyon

Coproduction : Théâtre de Vienne, scène conventionnée et scène Rhône-Alpes

Théâtre de l’Est-Parisien • 8, avenue Gambetta • 75020 Paris

Site du théâtre : www.theatre-estparisien.net

Réservations : 01 43 64 80 80

Du 1er au 13 mars 2011, les mardi et samedi à 19 h 30, les dimanche et mercredi à 15 heures, les jeudi, vendredi à 10 heures et 14 h 30 de même que le mardi 8 mars 2011

Durée : 1 heure (à partir de 8 ans)

24 € | 14 € | 8 €