« The Black Legend », de Valéry Rodriguez, Folies Bergère à Paris

« The Black Legend » © Marie-Béatrice Seillant

Beautiful Black Legend !

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Rassembler les plus grands noms de la musique afro-américaine en une soirée ? Un rêve devenu réalité grâce à « The Black Legend », la comédie musicale à aller voir en ce moment.

Des complaintes nées dans les champs de coton aux rythmes actuels, The Black Legend retrace trois siècles d’histoire. Si le spectacle insiste sur l’âge d’or (les années 1960-1980) de la musique afro-américaine, il donne à entendre tous les styles, du negro spiritual au R’n’B, en passant par le blues, le jazz, le rock’n’roll, la soul, le disco, le funk, le pop-rock et le hip-hop. Ray Charles, Otis Redding, The Supremes, James Brown, Aretha Franklin, Whitney Houston, Michael Jackson ou même Beyoncé n’ont-ils pas marqué l’itinéraire de la musique ?

En une vingtaine de tableaux, le spectacle rend hommage à un genre musical majeur et donne vie à de sacrées pages d’histoire. Ainsi, on apprend beaucoup sur les luttes des Noirs pour leur liberté et la reconnaissance de leurs droits civiques. En effet, ce peuple s’est souvent affirmé et défendu avec ses chansons, depuis les esclaves qui furent les premiers à importer leurs chants en Amérique jusqu’aux rappeurs, porte-parole des jeunes issus de ghettos. C’est pourquoi, dans le spectacle, chaque titre est relié à son époque et son contexte social : une date, un titre, un évènement, comme en 1954, quand, en pleine ségrégation, Rosa Parks refuse de céder sa place à un Blanc dans un bus. D’autres noms résonnent fort : Martin Luther King, Mohamed Ali, Malcolm X… Sans oublier Barack Obama, « le premier Black à la Maison Blanche » !

Un show de qualité

Que de combats pour devenir libres et égaux ! Plus qu’un divertissement, le spectacle incite à la réflexion. The Black Legend est un véritable hymne à la tolérance, et cela s’illustre jusque dans la distribution, car les interprètes affichent de fortes personnalités. Petits et grands, maigres et gros, ils ont en commun d’avoir une belle présence et d’exceller dans leur prestation, même s’ils sont polyvalents : tessiture et puissance vocales stupéfiantes, souplesse corporelle, énergie, rythme, élocution… Résultat : tous sont formidables. Le casting est vraiment de premier ordre, car la ressemblance physique est assez bluffante pour certains. D’ailleurs, il ne s’agit pas de pâles imitations, mais bel et bien d’interprétations originales. La dizaine de musiciens live qui les accompagnent sont aussi bourrés de talent. Quel plaisir d’entendre ces cuivres ! Le niveau musical est vraiment à la hauteur. Notons également la qualité du son et du mixage puisque les effets sont respectés en fonction des époques. Enfin, la chorégraphie est riche et fait bien ressortir l’évolution des styles. Reste la partie théâtrale, un peu plus faible.

C’est Valéry Rodriguez qui assure la mise en scène, en même temps qu’il est sur le plateau. Impressionnant ! Il a su relever le défi, car cette comédie musicale, qui sort vraiment du lot, est particulièrement réussie. Même si la fin est encore un peu flottante, le show est mené tambour battant. Le scénario est bien construit et certaines idées de mise en scène sont judicieuses. Jacques Rouveyrollis met d’ailleurs celles-ci fort bien en valeur. Enfin, si le spectacle évoque l’histoire souvent tragique des Noirs, l’humour est présent avec de savoureux clins d’œil aux dérives du show business. Ce vibrant hommage laisse volontiers place à la malice, et c’est tant mieux !

Bravo pareillement au créateur des costumes, 400 pièces originales. Les codes vestimentaires, les couleurs, les matières sont respectés avec ce « je ne sais quoi » qui s’appelle le style. Le plus grand soin a aussi été apporté au travail sur les accessoires, notamment les perruques. Chaque détail compte. Au passage, on imagine l’effervescence des habilleuses pour les nombreux changements en coulisses. Bravo ! Tout cela contribue à réaliser de belles ambiances. Après l’esclavagisme, la séquence consacrée aux Années folles nous transporte de joie tandis que celle sur le militantisme nous glace d’effroi. Quant au kitsch des années 1980, le culte de l’argent des années 1990 et la vulgarité des années 2000, cela nous amuse beaucoup.

Des tambours d’Afrique à ceux du Bronx, voilà donc un bien beau voyage à travers les styles et les époques qui procure beaucoup d’émotions. On sort des Folies Bergère avec une pêche d’enfer parce qu’on s’est bien diverti, mais aussi parce que les valeurs les plus nobles touchent en plein cœur. 

Léna Martinelli


The Black Legend, de Valéry Rodriguez

Livret : Alex Bonstein, Bertrand Sinan, Valéry Rodriguez

Mise en scène : Valéry Rodriguez

Avec : Kania Allard, Amalya, Astou Mava Gueye, Anandha Seethaneen, Kevon, Barry Jonhson, Valéry Rodriguez, William Saint Val, Nelly Celerine, Melina Mariale, Thierry Picaut, Christian Schummer, Cynthia M’Pouma, Christine Rotsen, Kehinde Awaiye, Kevin Bago, Christophe Borilla, Jean‑François Bourassin, Alex Poyet, Gérald Grandman, Josiah Woodson, Giovanni Hector

Lumières : Jacques Rouveyrollis, assité de Jessica Duclos

Chorégraphes : Dominiké Thioune, Thierry Picaut, Christine Rotsen

Direction musicale : Christophe Jambois

Direction vocale : Jan Stumke

Scénographie : Éric Checco

Costumes : Sami Bedioui, Sabrina Gomis Vallée, Laurence Benoit

Coiffure : Carine Cabral, Aude Rodet

Photo de The Black Legend : © Marie-Béatrice Seillant

Production : Béatrice Troin et Bruno Da Cruz

Folies Bergère • 32, rue Richer • 75009 Paris

Réservations : 08 92 68 16 50 (no surtaxé)

Site du théâtre : www.foliesbergere.com

Du 10 mars au 5 avril 2015, du jeudi au samedi à 20 heures, matinées samedi à 16 heures et dimanche à 17 heures

Durée : 3 heures

95 € | 85 € | 42 €

Tournée (en cours) :

  • Le 12 mai 2015 : Carré Belle-Feuille, Boulogne-Billancourt (92)
  • Le 21 mai 2015 : Poissy (78)

https://www.youtube.com/watch?v=FTNExbPJ2F0