« Tous les Algériens sont des mécaniciens », de Fellag, Théâtre de Nîmes

Tous les Algériens sont des mécaniciens © Philippe Delacroix

La mécanique du rire

Par Fatima Miloudi
Les Trois Coups

On attendait tous, au Théâtre de Nîmes, un enchaînement de bons mots et de blagues avec « Tous les Algériens sont des mécaniciens ». Fellag s’est lancé, sans relâche, dans un flot ininterrompu d’histoires drôles. Et, de traits d’esprit en bonnes farces ou saillies ironiques, il a fait souvent rire à gorge déployée. Tour du pays, vu par un humoriste, dans son actualité et son histoire.

Devant un décor de fils à linge sur lesquels reposent trois rangées de draps, occupant toute la largeur de la scène, attendent trois chaises. Elles figurent l’intérieur d’un véhicule : le taxi de M. Saïd, au début de la pièce, ou, dans le dernier tableau, la Mercedes SL300 que Salim et Shéhérazade iront acheter à Bruxelles, après avoir rassemblé toutes leurs économies. Sous les chaises, le véhicule rouge de tous les désirs, attend son heure et même sa fin prochaine… Mais, pour commencer, une roue traverse le plateau et Fellag entre en scène.

La voiture, en Algérie, nous conte l’humoriste, fait office de véritable ciment social. Qu’une panne se produise, et chacun s’approche pour y aller de son analyse et proposer une solution qui relève de l’air du temps et d’un bric-à-brac de remèdes désopilants. Qu’importe ! « La voiture est à vous, mais le moteur est nationalisé », clame l’homme. C’est l’occasion de parler du chauffeur de taxi, M. Saïd, ancien combattant de la guerre d’Algérie, dont la caractéristique principale est de sentir mauvais. À tel point que la communauté aura recours à un philosophe de Sidi‑bel‑Abbès…

Fellag joue tous les rôles : les passants qui s’agglutinent autour d’une voiture à l’arrêt forcé, le philosophe laïc dans son débat contradictoire avec le croyant, Saïd le chauffeur… Il brosse à grands traits bien précis les individualités, davantage d’ailleurs par les discours que par le jeu. La rapidité du débit fait voler d’un personnage à l’autre, d’une situation à l’autre. Il n’est guère de temps pour camper des êtres, car tout rebondit. Chaque personnage laisse échapper une expression typée, une façon de voir, drôle parce que tellement attendue. Parfois même, le trait d’humour est un peu forcé, mais, dans la profusion et surtout dans la manière dont Fellag raconte les histoires, on se laisse prendre.

Grâce au rire, Fellag dresse un tableau de l’Algérie et de ses difficultés. « Quand tu sors d’un nid-de-poule, c’est pour monter sur un dos-d’âne », fait-il dire à l’un de ses personnages. Rien ne semble simple là-bas : la guerre d’Algérie et le lien avec la France, l’attente du miracle du visa, que conte l’histoire de Jésus-Christ et du « muriste ». Fellag, caché derrière un drap lavé d’air pur et de soleil et se douchant au goutte-à-goutte, évoque la restriction en eau à laquelle doivent faire face les Algériens depuis les années 1980. La présence des Chinois, nouveaux employés modèles, est un sujet brûlant d’actualité. Et, fourmi contre cigale, Fellag s’enchante à expliquer la conception de la semaine algérienne, où il ne reste au final aucun jour pour travailler, et imagine l’aubaine que représentera l’année du cochon, accordant alors à la population une année sabbatique. On le voit, il ne faut pas s’attacher à la lettre. D’ailleurs, si les Algériens sont les objets du rire, les Français ont eux aussi quelquefois leur part, telle la gentille secrétaire prise dans les filets d’un racisme ordinaire, qui oblige un Algérien, agrégé de littérature française, à décliner son patronyme autrement que par celui d’« Arab ».

À partir d’un titre caricatural, à la fois dans la réduction du propos et l’humour qui lui est adjoint, Fellag a donné au public une radiographie de l’Algérie d’aujourd’hui, où le comique permet alors le dépassement d’une situation tragique. Petit bémol au tableau : la participation de Marianne Épin, dans le rôle de Shéhérazade, qui ne m’a pas paru convaincante. Son jeu, tout d’un bloc, a gêné, pour ma part, la fluidité de l’ensemble. 

Fatima Miloudi


Tous les Algériens sont des mécaniciens, de Fellag

Mise en scène : Marianne Épin et Fellag

Avec : Fellag et Marianne Épin

Costumes : Pascale Bordet, assistée de Caroline Martel

Lumières : Marie‑Hélène Pinon

Régie générale : Frédéric Warnant

Régie lumières : Lucie Joliot

Photo : © Philippe Delacroix

Remerciements à Olivier Poubelle et l’équipe Astérios Spectacles, Dominique Delorme et l’équipe des Nuits de Fourvière

Production : Société Volubile Productions

Théâtre de Nîmes • 1, place de la Calade • B.P. 1463 • 30017 Nîmes cedex 1

Réservations : 04 66 36 65 10

Vendredi 13 et samedi 14 novembre 2009 à 20 heures

Durée : 1 h 30

22 € | 20 € | 13 € | 9 €