« Un amour exemplaire », d’après Florence Cestac et Daniel Pennac, Théâtre du Rond-Point à Paris

« Un amour exemplaire », d'après la bande dessinée de Florence Cestac et Daniel Pennac © Jesús Dupaux « Un amour exemplaire », d'après la bande dessinée de Florence Cestac et Daniel Pennac © Jesús Dupaux

Bulle d’amour

Par Bénédicte Fantin
Les Trois Coups

La bande dessinée de Florence Cestac et Daniel Pennac, « Un amour exemplaire », connaît une seconde vie sur la scène du Théâtre du Rond-Point. Clara Bauer réunit l’illustratrice et l’auteur sur le plateau pour un exercice d’adaptation réjouissant, quoiqu’un peu sage.

L’amour exemplaire qui nous est conté est celui de Jean et Germaine, un vieux couple haut en couleur dont s’éprend le jeune Daniel Pennac, lors de ses vacances dans le sud de la France dans les années 1960. L’auteur retrace la rencontre entre le marquis Jean de Bozignac et la Germaine, point de départ d’un amour hors normes. Il alimente les médisances des habitants de la Colle-sur-Loup, autant qu’il fascine le petit Daniel  : « Germaine, pourquoi Jean et toi vous n’avez pas d’enfant ?  – Mon petit, en amour, pas d’intermédiaire ! », « Jean, c’est vrai que Germaine et toi vous ne travaillez pas ? – Mon garçon, en amour le travail est une séparation ». Tous deux reniés par leur milieu d’origine, Jean et Germaine se créent un nid où la lecture est reine. Daniel Pennac devenu écrivain rend hommage à ce modèle amoureux.

Clara Bauer met en abîme le processus même d’adaptation de la bande dessinée au théâtre. Dans son propre rôle sur scène, Daniel Pennac essaie de convaincre Marie-Elisabeth Cornet et Laurent Natrella de jouer Un amour exemplaire. En parallèle, les illustrations de Florence Cestac sont projetées sur un écran en direct comme pour étayer l’argumentaire de l’auteur. D’abord jugée « kitsch » par les deux comédiens, l’histoire de Germaine et Jean finit par piquer leur curiosité. Soucieux de construire des personnages fidèles aux originaux, les acteurs posent des questions à l’auteur et lui permettent ainsi de dérouler le fil de son récit illustré.

Rires francs

Que Florence Cestac soit présente démontre la volonté de rester fidèle à l’esprit de la bande dessinée, dont certaines planches sont projetées telles quelles. Ce choix défendable apparente parfois l’exercice à une simple lecture illustrée. Pourtant, c’est bien dans ce qui se passe en dehors du récit que réside le plaisir du spectateur. Le comédien Pako Ioffredo, supposé régisseur plateau, est ainsi réquisitionné pour jouer le rôle du père de Germaine, version napolitaine. Ses interventions se soldent par des rires francs qui redynamisent le récit.

Malgré quelques moments de flottements dus à un texte incertain, le rythme est au rendez-vous. Les bulles et les répliques fusent. La complicité entre l’auteur et l’illustratrice ne laisse aucun doute sur le plaisir (communicatif) qu’ils ont à se trouver ensemble sur scène. Le talent de conteur de Daniel Pennac n’est plus à prouver. La joie de l’auteur à partager l’histoire de ce couple qui a nourri son imaginaire est lisible sur son visage. Cet amour exemplaire réconforte. Alors pourquoi s’en priver ? 

Bénédicte Fantin


Un amour exemplaired’après la bande dessinée de Florence Cestac et Daniel Pennac

La bande dessinée est éditée chez Dargaud

Adaptation théâtrale : Clara Bauer et Daniel Pennac

Mise en scène : Clara Bauer

Composition musicale : Alice Pennacchioni

Avec : Florence Cestac, Marie-Elisabeth Cornet, Pako Ioffredo, Laurent Natrella, Daniel Pennac

Lumière et collaboration artistique : Ximo Solano
Eléments scéniques : Antonella Carrara

Photo © Jesús Dupaux

Théâtre du Rond-Point • 2 bis, avenue Franklin D.Roosevelt • 75008 Paris

Du 16 octobre au 18 novembre 2018, du mardi au dimanche à 18 h 30, relâches les lundis, le 21 octobre, le 1er et 11 novembre

Durée : 1 h 15

De 12 € à 31 €

Réservations : 01 44 95 98 21


À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ le Cancre, de Bernard Crombey, d’après Chagrin d’école et Comme un roman, de Daniel Pennac / Par Lorène de Bonnay

☛ l’Évasion de Kamo, de Daniel Pennac, adapté par Guillaume Barbot / Par Céline Doukhan