« Un Dimanche au cachot », de Patrick Chamoiseau, au Tarmac à Paris

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Résister en beauté

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Résistant à la fermeture, Le Tarmac fait entendre sur sa scène une autre voix d’opposition, venue de l’esclavage. C’est la parole folle et forte d’« Un Dimanche au cachot » de Patrick Chamoiseau, que portent avec talent Laëtitia Guédon et Blade Mc Alimbaye, pour crier « non » en toute beauté.

Dans le roman intitulé Un Dimanche au cachot, Patrick Chamoiseau raconte deux enfermements : celui d’une petite fille recluse dans un centre de rééducation et celui d’une esclave qui fut autrefois châtiée pour avoir osé élever la voix. Les deux destins, les deux voix se tissent et se métissent. L’adaptation du dramaturge et metteur en scène José Pliya se focalise sur cette deuxième femme, comme pour réparer l’oubli dont le personnage est la victime dans la fiction.

Serge Tranvouez poursuit ce resserrement en mettant en scène une seule actrice, Laëtitia Guédon, qui fait émerger les autres protagonistes par son unique récit. De plus, sur la grande scène du Tarmac, il découpe un espace scénique conçu à l’image du cachot : un petit carré dessiné dans le noir par quatre lignes d’ocre or. Il nous plonge enfin, comme la prisonnière, dans une obscurité où l’œil, d’abord, peine à distinguer les interprètes et où la parole peut, alors, se déployer comme une bête nocturne.

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« Un Dimanche au cachot » de Patrick Chamoiseau, mise en scène de Serge Tranvouez © Baptiste Muzard

Derrière ces partis pris, il y a peut-être le projet de nous faire partager l’état de claustration, de déréliction de la chabine, la salle obscure et close du Tarmac devenant une sorte d’expansion du cachot. Il y a sans doute la volonté d’exprimer la force d’une voix et d’une écriture. Le spectacle a, de fait, émergé de lectures. La diction de Laetitia Guédon garde, quant à elle, la trace d’un travail de profération du texte qui va de pair avec sa dénaturalisation. Rondeur des syllabes, étirement de sons rendent à la langue vive et rétive de Chamoiseau sa vie, sa duplicité. Ainsi, la délectation de la comédienne, face aux mots, est contagieuse.

« Mon cri n’est pas un cri des douleurs ordinaires »

Si le cri est alors une musique qui vient de l’intérieur, il s’inscrit dans une partition complète de sons et notes venus du fond de la scène. Dans le noir, officie Blade Mc Alimbaye. Ce dernier parvient à nous faire palper la présence des autres : esclaves ou maîtres, bêtes réelles et imaginaires. Ses compositions subtiles esquissent des paysages intérieurs dévastés. Il y a du Chamoiseau dans sa fine partition, et peut-être aussi le souvenir d’un Rimbaud ou d’un Lautréamont. En effet, la révolte y sourd et y explose.

Rebelle, la parole surprend donc sans cesse. Elle n’est pas facile. Folle, la narration nous égare au point qu’on ne sait plus parfois ce qui est rêve ou réalité. Dépouillée, la mise en scène est exigeante, elle nous appelle à l’attention la plus vive. Un Dimanche au cachot n’est donc pas un spectacle de divertissement. Il présuppose la plus haute concentration, car la poésie ne se brade pas, non plus que la liberté. 

Laura Plas


Un Dimanche au cachot, de Patrick Chamoiseau

Le texte est édité chez Gallimard

Adaptation par José Pliya

Mise en scène : Serge Tranvouez

Compagnie 0,10

Avec : Laëtitia Guédon et Blade Mc Alimbaye

Durée : 1 heure

À partir de 14 ans

Entretien autour du spectacle

Photo : © Baptiste Muzard

Le Tarmac • 159, avenue Gambetta • 75020 Paris

Le lundi 11 et le mardi 12 juin 2018, à 20 heures

De 6 € à 25 €

Réservations : 01 43 64 80 80


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