« Un homme qui fume c’est plus sain », du collectif Bajour, festival Impatience, la Gaité lyrique à Paris

« Un homme qui fume c’est plus sain » du collectif BAJOUR © Christian Berthelot

Un homme qui fume, que ça fait du bien !

Par Laura Plas
Les Trois Coups

« Un homme qui fume c’est plus sain », du collectif BAJOUR, s’impose comme un grand moment du festival Impatience. Le spectacle a tout d’un prix du public : une troupe d’excellents acteurs maîtrisant l’art de faire théâtre de rien et une histoire de famille tendre et terrifiante. 

Pas possible : des comédiens qui croient au théâtre ! Pas de vidéo, pas de référence à l’art plastique, ni à l’architecture ! Pas non plus de charabia méta théâtral pour prouver son intelligence. Non, simplement du théâtre incarné, jouissif et imaginatif en diable. En décalage avec certaines créations prétentieuses du festival, le collectif BAJOUR présente une pièce où la fragmentation narrative prend tout son sens, où la technique n’est pas une fin mais un moyen intelligemment employé au service des acteurs, où la référence, enfin, ne sature pas le propos mais laisse place à l’intime.

« Un homme qui fume c’est plus sain » du collectif BAJOUR © Christian Berthelot
« Un homme qui fume c’est plus sain » du collectif BAJOUR
© Christian Berthelot

Au cœur de l’intrigue, le spectateur devine, en effet, un secret de famille caché entre des draps, niché dans une boîte métallique. C’est une histoire triste (celle d’un père qu’on enterre) et gaie à la fois (celle d’une fratrie gueularde et vivante), une histoire faite de bribes coupantes et de souvenirs lyriques. L’esprit de Jean-Luc Lagarce plane, mais peut-être aussi celui de Thomas Vinterberg : on n’en dira pas plus pour ne pas gâcher la surprise. Certes, le texte ne brille pas, mais les comédiens, tous plus convaincants les uns que les autres, le portent.

Que la fête commence !

Quelle bande de gars et de filles ! Ils commencent fort par un numéro de séduction du public. Amusé, on est alors entraîné dans le tourbillon d’une parole joueuse et on n’en sortira qu’au salut. Chaque comédien a un moment de gloire où il électrise la scène de sa présence. L’on se souviendra peut-être d’une camionnette jaune qui s’envole, d’une petite sœur chahutée par la vie, ou encore d’un petit déjeuner peu ordinaire. Surtout, on retient la dimension festive et collective du spectacle. En effet, Leslie Bernard chorégraphie véritablement la fratrie, alternant les solos et les moments collectifs particulièrement réussis. Au bain, à table, face à la tombe ou devant un match, on voit ainsi la famille, on la vit.

Et comme la scénographie d’Hector Manuel est efficace et chaleureuse, que la lumière de Julia Riggs habille le plateau et nous plonge parfois dans le rêve, cette belle équipe est bien mise en valeur. Alors, bien que la pièce traite de sujets graves, on sort réjoui et confiant dans la force du théâtre et de l’imaginaire. 

Laura Plas


Un homme qui fume c’est plus sain, du collectif BAJOUR

De et avec : Leslie Bernard, Julien Derivaz, Matthias Jacquin, Hector Manuel, Joaquim Pavy, Lou Rousselet, Sylvère Santin, Georges Slowick, Alexandre Virapin et Adèle Zouane

Durée : 1 h 30

À partir de 15 ans

Photo : © Christian Berthelot

La Gaité lyrique • 3 bis, rue Papin • 75003 Paris

Le 16 décembre 2017, à 19 heures et le 17 décembre 2017, à 16 heures

De 6 € à 12 €

Pass Impatience : 30 à 35 €

Réservations : 05 55 00 98 36

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Lauréats du festival Impatience 2016