« Une étoile pour Noël », de Nasser Djemaï, le Lucernaire à Paris

Une étoile pour Noël © Sébastien Calvet Une étoile pour Noël © Sébastien Calvet

« Une étoile pour Noël »… et Nabil

Par Kandida Muhuri
Les Trois Coups

Natacha Diet débute dans le théâtre en tant que comédienne avant de s’atteler à la mise en scène. Avec « Une étoile pour Noël ou l’Ignominie de la bonté », sa septième création, elle dirige Nasser Djemaï, qui interprète à lui seul tous les personnages de l’histoire. Il en est également l’auteur, mais aussi la muse. Car Nasser nous le confesse, cette œuvre est inspirée de lui-même, de son enfance.

Ainsi, Nasser est Nabil, et Nabil est le personnage principal, petit garçon dont le père travaille dans les mines. Il a des frères et sœurs, mais c’est lui le chouchou. Son père place en lui tous ses espoirs, il voit en lui un petit garçon intelligent. Très intelligent, assez pour devenir, plus tard, un Premier ministre de la république. En d’autres termes, un Arabe qui a réussi, un Arabe intégré, un homme bien. Soucieux d’accomplir les rêves de son père, il se lie d’amitié avec un petit Jean‑Luc.

Lui aussi est intelligent, assez pour l’aider a atteindre ses objectifs. Et puis, surtout, il est blanc, alors sa valeur dans la société et son intégration, il les a déjà. Elles lui sont acquises. Tout ce que Nabil traque est inné chez Jean‑Luc. Et la mère de ce dernier l’a bien compris. Comme elle aime beaucoup Nabil, elle décide de l’aider. Pleine de bonnes intentions, elle lui donne les conseils-sésames nécessaires à son succès dans la vie. Pour devenir grand, respecté et accompli, Nasser suivra ces fameux conseils. Désormais, il se teindra les cheveux en blond, et surtout, il répondra désormais au patronyme de Noël ! À lui la grande vie ?

Ça, c’est la question que se pose Nasser Djemaï. Que veut dire intégration ? Est-ce qu’épouser certaines valeurs signifie divorcer d’avec d’autres ? Est-ce que dans ce domaine, la « polygamie » est tolérable ? Le papa de Nabil et la mère de Jean‑Luc se sont eux aussi posé ces questions, et chacun est arrivé à des conclusions pour le bien de Nabil. Tous les deux croient en lui, et tous les deux veulent l’aider, vraiment, et de bon cœur. Mais jusqu’à quel point leur dévouement pour le bonheur de Nabil va lui être profitable ?

Toutes ces questions sont complexes. Pour les traduire, Nasser évolue seul sur la piste, dans une mise en scène simpliste en apparence. Avec peu d’accessoires et sans aucun artifice, il accouche lui-même de tous ses personnages et les fait vivre à l’intérieur et autour d’un petit carré blanc. Cet espace, créé de ses propres mains, servira de périmètre à la narration tout au long de l’aventure. Avec énergie et générosité, il nous émeut avec le destin des uns sans jamais provoquer notre pitié et s’amuse de la naïveté des autres sans jamais se moquer. 

Kandida Muhuri


Une étoile pour Noël ou l’Ignominie de la bonté, de et par Nasser Djemaï

Cie Repères • 33, avenue Philippe‑Auguste • 75011 Paris

01 47 00 02 34

Mise en scène : Natacha Diet

Avec : Nasser Djemaï

Musique : Frédéric Minière

Lumière : Paul Carenacci

Régie : Francois Sinapi, Christophe Yvernault

Photo : © Sébastien Calvet

Le Lucernaire • 53, rue Notre-des-Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34

Du 23 novembre 2007 au 20 janvier 2008 à 21 h 30

Durée : 1 h 30

De 15 € à 30 €