Vinovalie Jazz Festival, 1re chronique

Dee Dee Bridgewater @ Jean-François Picaut

Dionysos aime le jazz

Par Jean‑François Picaut
Les Trois Coups

Vinovalie, c’est le vin en ovalie. On ne peut pas rêver nom plus transparent au pays du vignoble et du rugby. Ce que ne dit pas le nom, en revanche, c’est que pour la cinquième année, Vinovalie, c’est aussi un festival de jazz dans les vignes. Un rêve.

Vinovalie, c’est d’abord l’union de quatre caves coopératives du Sud-Ouest : Técou, Fronton, Rabastens et Côtes-d’Olt. Les vignerons qui les animent réunissent donc pour la cinquième fois les plaisirs de la vigne et du jazz. Pour être plus précis, dans cette manifestation originale, ils associent le jazz, le vin, le patrimoine viticole et, dans une moindre mesure, la gastronomie locale. Chacune des animations combine une balade commentée dans les vignes, une dégustation de vins et, pour ceux qui le souhaitent, une assiette dite « gourmande », mais qui serait plus justement nommée « fermière » ou « paysanne ». Ramsey Lewis et Dee Dee Bridgewater, s’il vous plaît, figuraient au programme de ce premier concert agreste.

Les deux artistes étaient d’abord réunis pour interpréter avec beaucoup de complicité un superbe Broadway, où Dee Dee régalait le public d’un de ces scats dont elle a le secret. La fin du morceau illustrait bien l’humour et le goût de la facétie de ces grands interprètes. Ramsey Lewis et son quartette poursuivaient avec une composition du pianiste, The Way She Smiles, puis enchaînaient avec une petite merveille de sensibilité et d’harmonie, en parfait accord avec la douceur du coucher de soleil sur le paysage : Dear Lord de John Coltrane associée à Blessings de Lewis. Brazilica du même Lewis, plus dansant, était l’occasion d’une superbe improvisation du guitariste à laquelle le pianiste répondait malicieusement par un long développement où il intégrait subrepticement quelques mesures d’Eleanor Rigby ! Une autre pièce qui balance à ravir, The « In » Crowd (1965), terminait le premier set avant le retour de Dee Dee avec Save Your Love, interprété en hommage à Nancy Wilson.

Le concert reprend avec le pianiste de Miss Bridgewater depuis treize ans. Edsel Gomez est un monsieur 100 000 notes qui joue fréquemment des dix doigts ensemble et, quand cela ne suffit pas, de tout l’avant-bras. I Can’t Help It de Michaël Jackson et Stevie Wonder lui fournit l’occasion, de même qu’au batteur (Charles Heath), de son premier solo virtuose et tonitruant. Dee Dee avait bien prévenu que le concert serait largement teinté de funk et de pop. Heureusement, avec elle, tout finit par revenir au jazz, et elle nous donne une interprétation délirante de Night Movies (Michael Franks), une pièce qu’elle a enregistrée il y a longtemps, mais jamais chantée en France avant cette tournée. One Fine Thing de Harry Connick Jr lui donne l’occasion de montrer ses talents de comédienne et de danseuse (fort sensuelle). Tim Gants y réalise un grand numéro aux claviers, et Dee Dee nous régale d’un duo en scat avec le guitariste, Henry Johnson . Dans You Haven’t Done Nothin (Stevie Wonder), c’est le bassiste Joshua Ramos qui se distingue. Pour son retour, Ramsey Lewis nous gratifie d’une improvisation très délicate dans Living for the City (Stevie Wonder). Le rappel est une apothéose. Superbement introduit par Ramsey Lewis, Bless the Child de Billie Holiday est interprété de façon très émouvante par Dee Dee Bridgewater.

Deux superbes bouquets de fleurs récompensent les deux principaux artistes de cette soirée mémorable, digne d’une dionysie antique. Le public se disperse à regret dans la campagne baignée par la pleine lune. Rendez-vous est pris avec Maurane, à la cave de Fronton, pour une nouvelle soirée où l’on conjuguera l’amour du jazz, du bon vin et des nourritures terrestres, le 26 juillet prochain, à partir de 19 heures. 

Jean‑François Picaut


Vinovalie Jazz Festival, du 21 au 26 juillet 2013

5e édition

Site : www.vinovalie.com

Courriel : jazz@vinovalie.com

Tél. 05 63 57 18 10

Photo : © Jean‑François Picaut