« War and Breakfast » de Mark Ravenhill, les Clochards Célestes à Lyon

« War and breakfast » de Amine Kidia © Antoine Mazuric

Génital, gastrique et peu théâtral

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

Depuis dix ans, le pamphlet dramatique à l’emporte-pièce de l’auteur britannique Mark Ravenhill ne cesse pas de séduire les compagnies théâtrales à la recherche d’une œuvre provocante. Le jeu en vaut-il toujours la chandelle ?

Sous la houlette de Amine Kidia, metteur en scène, la Dôze Compagnie s’y essaye à son tour. Convaincue de la radicalité toujours intacte de l’écriture, l’équipe artistique fait le pari d’une théâtralité brute. Pas de costume, de décor et de lumière. Des corps et des voix. Rien d’autre pour vomir, chier et éjaculer les violences d’une société occidentale prête à tout pour défendre son modèle démocratique. Cinq textes choisis parmi les dix-sept écrits par Ravenhill se chargent d’instruire comme dans un tribunal le procès d’un monde à bout de souffle. Le réquisitoire progresse avec la finesse d’un lourd engin de chantier, multipliant les banalités, écrasant toute analyse sous le poids des gros mots. War and Breakfast impose de pénibles variations trash sur le thème surexploité de la bonne conscience occidentale, et prend le risque, à rebours de ses intentions, de justifier qu’on renonce à se battre et qu’on retourne au confort égoïste de son cher breakfast.

Claire-Marie Daveau, Jessica Deniaud, Marie Devroux, Pierre Laloge (remarquable dans les spectacles de Gwenaël Morin), Amine Kidia, Lucile Marianne et Savannah Rol se dépensent sans compter sur le plateau ; nul ne peut leur reprocher leur engagement pour le contenu de la pièce de Mark Ravenhill. Ce qui entache leur travail, c’est, sous prétexte de rendre compte d’un théâtre cru et choquant, de n’avoir rien d’autre à jouer que des situations répétitives et sans nuances. Hurler de douleur, vomir ou brutaliser sont les seuls instants qui permettent aux comédiens d’échapper sensiblement à la litanie pesante du texte. Leur générosité fait peine à voir tant il semble que la mise en scène manque d’une lecture plus élaborée, accompagnée de choix maîtrisés d’interprétation. Dommage ! 

Michel Dieuaide


War and Breakfast, de Mark Ravenhill

Traduction : Marc Goldberg, Catherine Hargreaves, Dominique Hollier, Gisèle Joly, Séverine Magois, Sophie Magnaud, Blandine Pélissier

La Dôze Compagnie

Mise en scène : Amine Kidia

Avec : Claire-Marie Daveau, Jessica Deniaud, Marie Devroux, Pierre Laloge, Amine Kidia, Lucile Marianne, Savannah Rol

Durée : 1 h 30

Teaser vidéo

Théâtre des Clochards Célestes • 51, rue des Tables Claudiennes • 69001 Lyon

Photo : © Antoine Mazuric

Réservations : 04 78 28 34 43

Du 15 au 22 septembre 2017 à 19 h 30, samedi et dimanche à 16 h 30, relâche le mardi

De 8 € à 15 €

 

À découvrir sur Les Trois Coups

Piscine, [pas d’eau], de Mark Ravenhill, les Célestins à Lyon, par Trina Mounier