« Art », de Yasmina Reza, Théâtre Antoine à Paris

Art-Yasmina Reza-Théâtre-Antoine © Sven Andersen

Une amitié à l’épreuve de la scène

Par Salomé Baumgartner
Les Trois Coups

« Art » de Yasmina Reza, créé pour la première fois en 1994 par Patrice Kerbrat, a eu un succès international. Le metteur en scène revient au Théâtre Antoine avec trois monuments de l’interprétation : Charles Berling, Alain Fromager et Jean-Pierre Darroussin.

Serge, médecin et intellectuel, invite son ami Marc à contempler sa dernière acquisition artistique : un tableau entièrement blanc qui lui a coûté 30 000 euros. Marc est indigné par la futilité de cet achat. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ! Commence alors une dispute dans laquelle intervient un troisième larron, Yvan. Grand habitué du compromis, il tente de les réconcilier sans jamais véritablement prendre position. Dépassant le simple débat artistique, le tableau est le point de départ d’un règlement de compte cinglant pour ces trois amis de longue date.

Si l’argument de la pièce est sérieux, dans la salle l’ambiance est joyeuse. Chaque réplique provoque dans le public des éclats de rire en cascades, jusqu’à susciter des applaudissements. On ressort du théâtre les joues encore endolories d’avoir trop ri, grâce à l’écriture de Yasmina Réza : sa plume affûtée décrit avec finesse les relations humaines, rendant aisée l’identification à ces trois personnages. Yvan, Serge et Marc, c’est un peu de nous, non ?

Une recette qui marche

De la mise en scène originale il y a 25 ans, rien n’a vraiment changé. À quelques détails près, l’histoire prend place dans le même décor d’appartement où tout est blanc, des murs jusqu’au canapé, en passant par le tableau, bien évidemment. Les personnages sont tous en noir, costume pour Marc et Serge, chemise et gilet pour Yvan. Un contraste bien vu et des déplacements bien étudiés !

Art-Yasmina Reza-Théâtre-Antoine
© Sven Andersen

Ainsi, seule la distribution vient renouveler la pièce. Charles Berling, Jean-Pierre Darroussin et Alain Fromager succèdent à Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini. D’une justesse sans faille, ces trois acteurs complices se montrent plus qu’à la hauteur de l’héritage du casting original. Jean-Pierre Darroussin a d’ailleurs obtenu le Molière du comédien en 2018 pour le rôle d’Yvan. Alternant répliques cinglantes et longues tirades, aucun ne perd un seul instant son audience. On croit à leurs personnages et, par la complicité qu’ils entretiennent sur scène, on sort du théâtre en se demandant s’ils ne sont pas eux-mêmes amis depuis longtemps. 

Preuve donc que Patrice Kerbrat détient les ingrédients d’une recette qui marche. En un quart de siècle, la pièce n’a pas pris une ride. Si on la définissait comme « novatrice » dans les années 1990, elle est devenue aujourd’hui un classique que l’on va voir – et revoir – sans s’attendre à de grandes surprises, mais avec la certitude de ne pas être déçu.

Enfin, outre le spectacle, le lieu en lui-même vaut le détour. Inauguré en 1866, le Théâtre Antoine garde l’empreinte d’un passé luxueux, encore présent dans ses rideaux et dans ses sièges patinés par le temps. Entrer dans ce « temple », c’est déjà voyager.  

Salomé Baumgartner


Art, de Yasmina Reza

Le texte est édité chez Albin Michel et chez Gallimard (collection Folio)

Mise en scène : Patrice Kerbrat

Avec : Charles Berling, Jean-Pierre Darroussin et Alain Fromager

Durée : 1 h 30

Teaser

Théâtre Antoine • 14, bd de Strasbourg • 75010 Paris

Du 11 septembre au 31 décembre 2019, du mercredi au vendredi à 21 heures, samedi à 16 heures et à 21 heures et dimanche à 16 heures – représentation du mercredi 25 décembre reportée au mardi 31

De 22,50 € à 75 €

Réservations au 01 42 08 77 71 ou en ligne

À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau, Théâtre de la Porte Saint-Martin