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« Assis », Jérôme Thomas, Jardin Musée Louis Vouland, Festival Off Avignon 2023

Assis-Jerome-thomas

Debout

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Accompagné par Christian Maes à l’accordéon, Jérôme Thomas convoque sa mémoire et nous invite à une balade improvisée où s’entremêlent histoires de tournées et clins d’œil à son répertoire. Le récit intime d’un homme qui jongle depuis 45 ans, avec toujours autant d’audace et de malice.

Le titre de ce nouveau solo fait référence aux « Assis » de Rimbaud. Amateur de poésie et de voyages, Jérôme Thomas rend hommage à ses compagnons de route. Il relate ses aventures d’Osaka jusqu’au Pakistan, en passant par l’Éthiopie, des endroits où il fallait oser, là où le cirque contemporain bousculait alors les consciences. On saisit au vol chaque anecdote. D’ailleurs très à l’aise, le circassien jongle aussi parfaitement avec les mots.

Il sait également rebondir sur la présence d’anciens collaborateurs, telle Phia Ménard, dans le public ce soir-là. D’une représentation à l’autre, ce ne sont pas forcément les mêmes histoires, dans un parti-pris d’improvisation, à l’instar de la composition jazzy de Christian Maes, précieux complice. En effet, la musique est bien souvent au cœur des créations de Jérôme Thomas, lequel envisage même son travail jonglistique comme une partition.

Témoigner du temps qui passe

L’homme vient de subir une maladie, de celles qui vous terrassent et vous sidèrent. Juste évoquée dans le spectacle, cette épreuve a nourri son approche artistique. Directeur artistique de ARMO (Atelier de Recherche en Manipulation d’Objets créé en 1992), Jérôme Thomas en « impause » toujours car il ne cesse de se réinventer.

Non, l’artiste ne tire pas encore sa révérence, malgré les aléas de la vie. Toutefois, comme s’il avait entamé le bilan, son récit est ponctué de séquences marquantes faisant référence à son œuvre. Le pionnier, en matière de défense les droits d’auteurs des circassiens à la SACD, il a justement constitué un répertoire. Et c’est précisément l’un des premiers à avoir jonglé sur une chaise.

Cela peut évoquer la perte de moyens. Or, Jérôme Thomas n’a pas entendu le grand âge pour s’asseoir. Son innovation a même marqué toute une génération. Jongler assis tisse dans l’espace un réseau dense de figures géométriques et de sons. Libérer les deux jambes permet d’avoir une architecture très intéressante et le déplacement du centre de gravité fait circuler autrement l’énergie. Percutant !

© DR

La temporalité est forcément différente entre des balles qui frappent le sol et le vol d’une plume ou d’un sac, lequel ne réclame pas moins une grande habileté, tant la trajectoire est aléatoire. Là aussi, Jérôme Thomas a été créatif. Ses techniques de manipulation en empruntent à la prestidigitation, entre maîtrise absolue et lâcher prise, puissance et intuition.

Rebondir 

Vieillir ne permet-il pas de développer d’autres facultés ? À commencer par une plus grande attention à l’autre. Bien que centré sur sa personne, Jérôme Thomas se raconte à travers ses rencontres. En proximité, avec lui et le public, il jongle avec les souvenirs, donc, et abandonne pirouettes sensationnelles, grandes figures ou jeux d’adresse, pour leur préférer l’errance. Sans nostalgie aucune et avec beaucoup d’élégance.

Pour autant, la prestation ne manque pas de virtuosité. Se saisissant d’objets, ceux qui l’ont accompagné toute sa vie (canes, massues et balles, bien sûr, mais aussi plumes, sacs, gélatines), Jérôme Thomas propose une performance proche du rituel. Il continue de nous impressionner. On réalise à tel point il a fait évoluer la discipline, jonglant avec des accessoires improbables, rendant l’ordinaire extraordinaire, empruntant des voies jusque-là impénétrables, comme l’interaction mouvement / son / musique. Il a également hissé le ratage au rang d’exploit.

Surprendre : voilà son leitmotiv. Ici encore, Jérôme Thomas y parvient. Il a toujours été décalé. Assis, couché, il suspend à présent le temps. Désormais accompagné de sa chienne Pantoufle, l’ancien bourlingueur n’a toutefois pas dit son dernier mot, reprenant à son compte le cri du cœur d’un spectateur afghan : « Que le spectacle continue et ne s’arrête jamais ! ». Assurément, Jérôme Thomas continue de dérouter. Il est debout. 🔴

Léna Martinelli


Assis, de Jérôme Thomas

Site de la compagnie
Texte et jonglage : Jérôme Thomas
Assistant à la mise en scène : Valentin Lechat
Regard extérieur : Hélène Ninerola
Musique : Christian Maes
Lumières et régie générale : Dominique Mercier-Balaz
Durée : 1 heure

Jardin du Musée Louis Vouland • 14, rue d’Annanelle • 84000 Avignon
Du 11 au 16 juillet, à 21 h 30
Dans le cadre du Festival Off Avignon, du 7 au 29 juillet 2023
Plus d’infos ici

Tournée ici :
• Le 18 août, Festival d’Uzeste
• Le 10 novembre, Cirque Lili, à Dijon
• Les 13 et 14 février 2024, Le Prato, Pôle National de Cirque de Lille
• Les 6  et 7 mai, GRRRANIT, scène nationale de Belfort

À découvrir sur Les Trois Coups :
« Hip 127, la constellation des cigognes», de Jérôme Thomas, par Léna Martinelli
« Ici », de Jérôme Thomas, par Léna Martinelli
« Forest », de Jérôme Thomas, par Trina Mounier

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