« Botala Mindele », de Rémi De Vos, Les Célestins à Lyon

« Botala Mindele » de Rémi De Vos © Lauwers

À la limite du vaudeville

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

« Botala Mindele » de Rémi De Vos : de la difficulté de marier théâtre documentaire sociopolitique et théâtre de boulevard.

Au Congo, ancienne colonie belge, « botala mindele » signifie en langue linguala : « Regarde l’homme blanc. » L’auteur Rémi De Vos et le metteur en scène Frédéric Dussenne nous convient à un regard sans concession sur les Européens qui s’accrochent à leurs pouvoirs chancelants d’anciens colonisateurs.

Nuit tropicale et alcoolisée. Ruben et Mathilde reçoivent Daniel et Corinne. Enjeu de la soirée ? La rencontre avec Dyabanza, homme de pouvoir congolais. Daniel a un projet d’implantation industrielle et espère le soutien de Ruben, entremetteur pervers auprès du politicien. Quand, après une longue attente, le responsable africain arrive enfin, la rencontre tourne au fiasco. Le Congo s’est tourné vers un autre partenaire, la Chine. Pris au piège de leur rêve néolibéral, les hommes blancs occidentaux ont cessé de fasciner leurs anciens colonisés. Il ne leur reste plus qu’à s’enliser dans la vacuité de leurs apparences et dans la cruauté de leurs rapports intimes.

Balance délicate

Avec Botala Mindele, Frédéric Dussenne ne retrouve pas l’efficacité dramaturgique du travail qu’il avait accompli en mettant en scène Occident, du même Rémi De Vos. On a beau repérer ici de semblables situations dramatiques atterrantes et des instants de décompensation hilarants, ce qui domine, c’est un certain didactisme entaché de répétitivité.

La longue scène d’exposition, par exemple, se répète à l’identique durant la seconde partie, avant que n’intervienne le long discours du ministre africain qui ruinera les espoirs des nouveaux coopérants. La scénographie en noir et blanc, vaste salon design ouvrant sur un jardin plongé dans l’obscurité, est lourdement signifiante. Lorsqu’en deux temps, ses murs blancs finiront par s’abattre, on en aura la confirmation. À trop chercher l’équilibre entre la force du propos politique et le comique cruel du langage, le metteur en scène affadit le propos de l’auteur. Ce qui aurait pu être un brûlot théâtral se réduit, par moments, à un vaudeville.

 Interprétation de haute volée

Si, en définitive, le spectacle vaut la peine d’être vu, il le doit à la qualité d’ensemble des acteurs. Pour interpréter des personnages finement sculptés par Rémi De Vos, Frédéric Dussenne a réuni une superbe distribution. Il faut dire qu’il y a matière à jouer : sexisme, impuissance, névrose, frustration sexuelle, racisme, culpabilité, volonté d’émancipation, cynisme, cruauté… Chacun dans leur rôle, tous excellents, avec une mention particulière pour Valérie Bauchau, sensuelle et frustrée, Philippe Jeusette, arrogant et pitoyable, Priscille Adade, fière et rusée, Ansou Diedhiou, subtil et glaçant. 

Michel Dieuaide


Botala Mindele, de Rémi De Vos
Le texte est édité chez Actes Sud Papiers

Mise en scène : Frédéric Dussenne

Avec : Philippe Jeusette, Valérie Bauchau, Priscille Adade, Benôit Van Dorslaer, Stéphane Bissot, Jérémie Zagba, Ansou Diedhiou

Dramaturgie : Frédéric Dussenne

Scénographie : Vincent Bresmal

Lumière : Renaud Ceulemans

Son : Geoffrey François

Vidéo : Dimitri Petrovic et Maxime Jennes

Costumes : Romain Delhoux

Musique originale : Jérémie Zagba

Photo © Lauwers

Théâtre Les Célestins • 4, rue Charles Dullin • 69002 Lyon

Les 24, 25, 26 mai 2018 à 20 h 30

Durée : 1 h 40

De 12 € à 23 €

Réservations : 04 72 77 40 00