« Candide », de Voltaire, La Comédie de Saint-Étienne

« Candide » de Voltaire – Mise en scène d’Arnaud Meunier © Sonia Barcet « Candide » de Voltaire – Mise en scène d’Arnaud Meunier © Sonia Barcet

Un pied de nez au pire des mondes possibles 

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Le célèbre conte de Voltaire publié en 1759 peut être redoutable pour un metteur en scène. Or, Arnaud Meunier, habitué aux grandes sagas politiques contemporaines, s’en sort avec aisance.

Le très petit nombre de pages du conte philosophique abrite en réalité une bonne trentaine de chapitres. Chacun d’eux illustre les maux de l’époque : guerres, pillages, enrôlements forcés, châtiments contre les esclaves, Inquisition, tremblement de terre terrible à Lisbonne, etc., semblent justifier toutes les horreurs…  Quant aux personnages, ils n’ont pas de réelle épaisseur car ils sont réduits à des types comme Pangloss, le philosophe optimiste borné, ou Cacambo, le bon sauvage. Le texte – suite ininterrompue de péripéties – court donc le risque d’ennuyer le spectateur.

Le metteur en scène ne tombe pourtant dans aucun piège. Déjà, il traite ce matériau comme une bande dessinée où la peinture des faits change de plans constamment, d’une vue générale à un détail grossi. Les costumes et les coiffures d’Anne Autran nous plongent dans un monde de comédie, où les bouffons ne souffrent pas. Arnaud Meunier reconnaît d’ailleurs avoir redécouvert Candide à la lumière de la Petite bibliothèque philosophique de Joann Sfar. Par ailleurs, il multiplie les clins d’œil au public, montrant qu’il n’est pas dupe et qu’il trouve, lui aussi, cette litanie longuette.

« Candide » de Voltaire – Mise en scène d’Arnaud Meunier © Sonia-Barcet
« Candide » de Voltaire – Mise en scène d’Arnaud Meunier © Sonia Barcet

Cultivons notre jardin

Même s’il s’est autorisé quelques coupes, il alterne avec talent art du récit et art du jeu pour faire entendre l’apologue : les passages en prose sont pris en charge par un conteur – un des acteurs sort alors de son rôle et devient témoin de ce qui lui arrive. Un stratagème déjà efficacement utilisé dans Chapitres de la chute, Saga des Lehman Brothers. Cette alternance introduit aussi la distance indispensable au déploiement de l’ironie, si chère à Voltaire.

Ainsi troussées, les mésaventures de Candide font beaucoup rire, malgré les descriptions atrocement précises des horreurs du monde. Les acteurs sont tous bons et les musiciens jouent en direct sur le plateau avec une imagination joyeuse. Saluons notamment Romain Fauroux, sensible et juste dans le rôle-titre, Cécile Bournay, irrésistible dans ses clowneries, et Philippe Durand en Pangloss. Quant à l’introduction des passages chantés, ils allègent l’évocation  des folies de ce monde.

L’éducation à la philosophie n’en reste pas moins au cœur du spectacle. Pas question pour le metteur en scène d’évacuer ni d’édulcorer le message du philosophe. Il y a de l’absurde dans ces enchaînements de causes à effets complètement loufoques. Ainsi, lors de la dernière scène, celle de l’entrée dans le jardin, Arnaud Meunier et son scénographe Pierre Nouvel ornent-ils le plateau d’un arbre déplumé qui rappelle singulièrement celui d’En attendant Godot de Beckett. Quand chacun y ajoute des feuilles, on pense même à nos préoccupations écologistes actuelles. 

Trina Mounier


Candide, de Voltaire

Mise en scène : Arnaud Meunier

Avec : Tamara Al Saadi, Cécile Bournay, Philippe Durand, Gabriel F., Romain Fauroux, Frederico Semedo, Nathalie Matter, Stéphane Piveteau, Matthieu Desbordes, Matthieu Naulleau

Composition musicale : Matthieu Desbordes et Matthieu Naulleau

Durée : 2 heures

Photo © Sonia-Barcet

La Comédie de Saint-Étienne • Place Jean Dasté • 42000 Saint-Étienne

Du 2 au 11 octobre 2019 à 20 heures, le samedi à 17 heures, relâche dimanche et lundi

Tournée :

  • Du 5 au 8 février 2020 / Théâtre National de Nice, CDN Nice Côte d’Azur
  • 12 au 14 février 2020 / Théâtre d’Angoulême, Scène nationale
  • 18 au 20 février 2020 / Théâtre de l’Union, CDN du Limousin
  • 6 mars 2020 / Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine
  • 11 et 12 mars 2020 / Les Scènes du Jura, Scène nationale
  • 18 au 20 mars 2020 / La Comédie de l’Est, CDN d’Alsace
  • 24 au 26 mars 2020 / Théâtre du Gymnase, Marseille
  • 1er et 2 avril 2020 / Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale
  • 8 et 9 avril  / Théâtre de Villefranche, Scène conventionnée
  • 16 avril / Théâtre de Montbéliard
  • 21 avril au 7 mai 2020 / Théâtre de la Ville, Paris