« Dans mon foutu zoo », collectif Le Printemps du machiniste, critique, Théâtre Sylvia Monfort, Paris

dans-mon-foutu-zoo-collectif-le-printemps-du-machiniste © cynthia-charpentreau

Perdus dans ce zoo

Laura Plas
Les Trois Coups

Écartelé entre deux récits qui peinent à se renouer, dominé par un interprète volubile qui empêche de se focaliser sur la protagoniste marionnettique, « Dans mon foutu zoo » nous perd. Reste à se focaliser sur les instants de manipulation et les interventions vidéo très réussies.

En voilà un sujet original ! Parler de la dépression des adolescents (et des adultes), de notre tentation du repli face à l’absurdité violente du monde. On avait donc hâte de voir Dans mon foutu zoo, du collectif Le Printemps du machiniste. On s’installe. Le noir sert d’abord d’écrin à la voix qui s’élève en volutes, les lumières d’une radio ont l’air d’étoiles colorées. Super !

Et puis plouf, on tombe dans un trou, comme Didi, la protagoniste déprimée. Ça va de mal en pis. Plus le spectacle additionne (les histoires, les techniques, les animaux symboliques), moins on adhère. D’ailleurs, non loin de nous, des ados piquent du nez… Paradoxe ? Pas tant que cela car le spectacle aurait gagné en resserrement.

Silence radio !

On aurait avant tout bien évacué l’émission radio. Décidément, ce spectacle confirme d’autres ratages, la radio passe mal la rampe théâtrale. Bla bla bla. Ca cause, ça cause. Certes, les chansons slamées épinglent fort bien notre époque et elles pourront peut-être toucher des adolescents. C’est vrai, le texte présente des idées généreuses et justes, mais il prend trop de place : celle qui aurait pu être la sienne sur les ondes… . Ici, Noé Mercier a beau s’agiter, ça ne fait pas théâtre.

On voudrait que son personnage comprenne que pour pouvoir entendre la voix de Didi, il faudrait vraiment lui laisser la place, l’écouter. Or, précisément, la pièce s’achève au moment où il fait cette promesse à la protagoniste et où elle sort du petit espace dans lequel elle était confinée, voire recroquevillée, redevenue objet d’avoir été abandonnée par la marionnettiste, Dorine Dussautoir. Quant à Guillemine Burin des Rozier, elle semble d’autant plus jouer les utilités qu’elle a peu la parole, et ne la porte pas, les rares fois où on la lui donne.

Mais c’est quoi faire collectif ?

Il faut dire qu’elle est scénographe. Pourquoi donc l’avoir intégrée sur le plateau, ou si mal ? Le collectif ne suppose pas forcément que tout le monde soit sur la planche. Surtout, pourquoi ne pas avoir saisi toutes les opportunités qu’offraient les éléments de sa scénographie : cette terre qui se trouve joliment étalée en cercle mais dont on ne fait rien. Déréaliser l’espace pour nous entraîner dans une allégorie ? Tenter vainement d’établir un lien entre l’espace de la radio et celui de Didi, entre les histoires ? L’émission radio se nomme « La puissance », et justement, elle écrase.

Selon nous, le problème réside avant tout dans l’écriture. Comme si Louis Sergejev n’avait pas su faire le tri dans sa matière et en particulier les métaphores : l’eau, la pierre, le trou noir, la mine, l’oiseau, le poisson rouge. L’émission « La Puissance » a vocation à récolter des questions d’auditeurs qui sont égrenées tout le long du spectacle, envahissent le plateau en pancartes… pour faire un tri. On exhorterait de même au tri des métaphores. Une métaphore filée nous tirerait peut-être du trou. Le foutu zoo d’allégories (l’oiseau jaune qui doit sortir de la mine pour s’envoler, le poisson rouge qui sort de son bocal) met en évidence la naïveté des images.

De même, le redoublement de Didi a de quoi égarer. Dorine Dussautoir manipule et donne voix à une Didi déprimée et en tant que marionnettiste, elle incarne la partie de l’adolescente qui veut s’en sortir. Employer le duo manipulateur / manipulé fait ici bien sens, sauf que les voix ne sont pas assez distinguées, la manipulation pas assez nette pour que l’on puisse attribuer les propos sans hésitation. C’est regrettable car la marionnette et sa manipulatrice parviennent à camper le corps adolescent (fluidité, repli…), et que le spectacle présente un intéressant dialogue entre vidéo et jeu.

Quand Dorine Dussautoir joue en effet entre le dedans d’un écran et le dehors du plateau, le procédé est non seulement plutôt insolite, ludique mais il suffit à raconter l’enfermement et la volonté d’émancipation. C’est vraiment la réussite du spectacle, et l’on salue la proposition de Dorine Dussautoir dans ce rôle-là. Piste passionnante, piste à suivre pour Didi et le spectacle ?

Laura Plas


Site du collectif
Création et interprétation : Guillemine Burin Des Roziers, Dorine Dussautoir, Noé Mercier, Louis Sergejev
Texte : Louis Sergejev
Durée : 1 h 10
Dès 10 ans

Théâtre Silvia Monfort • 106, rue de Brancion • 75015 Paris
Du 12 au 21 février 2026, les 12, 13, 18 et 20 à 19 h 30, les 17 et 19 à 14 h 30, les 14 et 21 à 18 heures
De 10 € à 28 €
Réservations : en ligne ou 01 56 08 33 88
en relation avec Le Mouffetard CNM

Tournée :
• Le 5 mai, Le Théâtre de Laval CNM (53)

À découvrir sur Les Trois Coups :
11e Nuit de la marionnette, festival MARTO, par Léna Martinelli

Photos : © Cynthia Charpentreau

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