Entretien avec André Ceccarelli à l’occasion de la sortie de l’album « le Coq et la Pendule » chez Plus loin Music

André Ceccarelli © Jean-François Picaut

Claude Nougaro réinterprété avec bonheur

Par Jean‑François Picaut
Les Trois Coups

Claude Nougaro nous a quittés, il y a déjà un peu plus de six ans. Mais la voix, les textes et la musique d’un des plus grands chanteurs des cinquante dernières années continue à résonner en chacun de ses admirateurs, et ils sont légion. Parmi eux figure André Ceccarelli, qui fut son batteur. « Les Trois Coups » l’ont rencontré au festival de Coutances pour parler du très bel hommage qu’il vient de lui consacrer chez Plus loin Music et dont nous avons déjà parlé ici.

André Ceccarelli, vous avez été pendant seize ans le batteur de Dee Dee Bridgewater, et c’est pourtant à Nougaro, que vous avez côtoyé pendant toute sa carrière mais de façon épisodique, que vous choisissez de consacrer un hommage. N’y a‑t‑il pas là un paradoxe ?

Je ne le crois pas. D’abord Dee Dee, qui est une grande amie, est toujours là heureusement, contrairement à Claude, mais surtout c’est une interprète et pas un auteur. Et puis, il faut le dire, je n’aurais jamais osé me lancer si je n’avais pas été sollicité par Mme Nougaro.

Parmi tous les titres de Nougaro, pourquoi avoir choisi le Coq et la Pendule qui est loin d’être le plus connu ?

Ce choix, pour moi, a été une évidence : il ressemble à Claude. Le rapprochement entre l’animal et l’objet a quelque chose d’arbitraire, même s’ils peuvent avoir une fonction commune, il y a une forme de contradiction, mais c’est de là que surgit la poésie.

Pouvez-vous nous retracer la genèse de l’album ?

Je crois qu’au départ, il y a ce duo que nous avions projeté avec Claude au Drum Summit de Toulouse et que la maladie l’a empêché de réaliser. Et puis, il y a aussi ce superbe album, posthume malheureusement, la Note bleue, paru chez Blue Note. Enfin et surtout, comme je l’ai dit, la demande de Mme Nougaro pour célébrer le 80e anniversaire de sa naissance.

Il faut quand même une certaine audace pour s’attaquer à ce monstre sacré qu’était Nougaro, pour transformer certains de ses titres en morceaux instrumentaux et en confier d’autres à la voix de David Linx.

Vous savez, Nougaro adorait qu’on reprenne ses morceaux, qu’on les « bidouille », c’est en cela aussi que c’est un homme du jazz. Et puis, comment aurait‑on pu concevoir un hommage sans qu’on entendît ses textes ? Les mots de Nougaro, c’est quelque chose : même quand il parlait, on était au théâtre !

Certes, mais pourquoi avoir choisi David Linx pour l’interpréter, les deux hommes sont très différents vocalement ?

C’est vrai qu’ils sont différents physiquement et sur le plan vocal, et c’est peut-être ça l’intérêt, mais humainement ils étaient très proches. David Linx s’est naturellement imposé, car c’est le seul chanteur de jazz homme « estampillé Nougaro », si je puis dire.

Quel a été votre rôle dans le projet ?

L’écriture de cet album a été collective. C’est vraiment notre projet commun. Vous savez que nous l’avons d’abord réalisé à compte d’auteur avant que Plus loin Music ne nous propose de le produire…

N’êtes-vous pas en train de minorer votre rôle ?

J’ai pris un grand plaisir à réaliser cet hommage, car j’adore accompagner les chanteurs et les chanteuses. Mon grand regret est de n’avoir pu accompagner Sinatra ! Ceci dit, même si le batteur est devenu un instrumentiste à part entière, et pas seulement celui qui fait boum-boum…

Vous y avez d’ailleurs contribué !

Merci. Ce que je voulais dire, c’est qu’un batteur ne doit être ni trop devant ni trop derrière. Son rôle, c’est de laisser des espaces pour que le chanteur ou le soliste trouve sa place. Ça me convient très bien.

Ce qu’on entend sur scène peut être très différent de ce qui est gravé sur le disque, et pas seulement parce que vous avez un invité…

Heureusement, c’est ça le jazz ! Il n’y a pas de servitude sur scène, nous sommes libres… dans un carcan. C’est de la transposition vivante.

Vous avez maintenant 64 ans et une carrière enviable : quels sont vos projets ?

À part me consacrer à ma famille, c’est la musique, toujours la musique : ce sont les deux choses importantes dans ma vie.

Vous ne pouvez pas être plus précis ?

Si vous y tenez. Dans les années 1970, avec Alex Ligertwood, Jannick Top, Henri Giordando et d’autres, nous avons fondé un groupe nommé Troc. Fin août, nous allons procéder à des réenregistrements, ce projet me tient à cœur.

Et vous n’avez pas envie de transmettre votre savoir ?

Je n’ai ni la vocation ni la fibre pédagogiques, mais j’accepte qu’on vienne me voir travailler. Il est vrai qu’un professeur charismatique peut faire gagner du temps, mais en musique rien ne remplace le contact : il faut se frotter au plus grand nombre possible de musiciens.

Merci à vous pour cet entretien, et nous invitons nos lecteurs à se frotter au Coq et la Pendule, une belle réalisation de Plus loin Music.

Merci à vous et aux Trois Coups.

Propos recueillis par
Jean-François Picaut


le Coq et la Pendule, d’André Ceccarelli

Label : Plus loin Music • 8, rue du 7e‑Régiment-d’Artillerie • 35000 Rennes

+33 (0) 223 488 879

Avec : André Ceccarelli (batterie), Pierre‑Alain Goualch (piano), Diego Imbert (contrebasse) et David Linx (chant)

Photo : © Jean‑François Picaut

Prochains concerts :

  • Jeudi 12 août 2010, amphithéâtre de la Mer, Cap‑d’Ail (06) à 21 heures
  • Samedi 21 août 2010, parc des Expositions de Segré (49) à 20 h 30
  • Mardi 7 septembre 2010, Tanzmatten, Sélestat (67) à 20 h 30

Contact : Arielle Berthoud, attachée de presse • 3, rue Auguste‑Bartholdi • 75015 Paris (France)

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