Par le cirque, se relier
Léna Martinelli
Les Trois Coups
Organisé par La Cascade, pôle national Cirque Auvergne Rhône-Alpes, le Festival d’Alba se déroulera, comme chaque année, du 9 au 14 juillet. On y rira, on y frissonnera, on y vivra des expériences, on y fera de belles découvertes et rencontres. Que du bonheur !
Nous éclairer et nous rassembler, les artistes y œuvrent souvent. À Alba-la-Romaine, les compagnies programmées changent notre regard par l’humour. Créé par Alain Reynaud, un des fondateurs des Nouveaux Nez & Cie, ce festival hors norme fait effectivement se croiser clowns et excentriques. Le directeur-artiste se définit lui-même comme hors cadre : « d’un côté la casquette de directeur de la Cascade, de l’autre le chapeau de clown. Mais si cela ne faisait qu’un : politique, poétique, abruti, érudit, autorité, liberté, cadre et sorties de cases. Cheminer au milieu des paradoxes, imaginer un itinéraire où rêve et réalité, avancent de concert ».
Cette année, l’absence de spectacles sous chapiteau témoigne de la crise économique qui touche de plein fouet les compagnies mais aussi, sans doute, des conséquences du dérèglement climatique. À la pointe de la réflexion sur la transition écologique, coordonnée par Territoires de Cirque (lire notre reportage à Circa), l’équipe de La Cascade n’a pas d’autre alternative que d’innover sur les solutions à apporter aux canicules. Asperger les publics à tout va, écaler les horaires, disposer des voiles d’ombrages ici et là. On espère revoir quand même plus de toiles. Peut-être davantage sous les étoiles, justement ?
Humour, tendresse et poésie
Depuis 15 ans, la loufoque Compagnie des Plumés travaille avec des poules et des chiens (lire notre critique de Quand les poules joueront du banjo). S’inspirant cette fois du travail des bergers, elle nous convie à suivre les élans d’un groupe de canes guidées par un chien de troupeau. Entre bec et crocs, la tendresse jaillit entre chaque gag de Pile Poil. Et à coup sûr, ce sera poilant !
Quant à Claricellino (Les Nouveaux Nez & Cie), c’est une histoire sans ni queue ni tête. Dans ce spectacle où la musique classique rencontre le langage corporel et le burlesque, trois « lutins courants d’air » nous invitent, toutes lanternes allumées, à visiter leur castelet. D’irrésistibles « homo-ludicus ».




« Pile Poil » © Michael Lachant ; « Claricellino » © Grebille ; « Quatuor » © Kalimba ; « Triptyque » © Collectif TBTF
« Il y en a un qui est libre et sauvage, une autre qui est brume, un qui a la puissance du ciel et un fantaisiste qui hésite. Il y en a une sur le départ et un qui est déjà trop loin. Il y a celui qui incarne le doute et cet autre qui sait. Il y a celle qui cherche à tenir le cadre mais qui ne cesse de déborder ». En soi, le pitch (et le nom des compagnies) de Quatuor (Cie 126 Kilos et de la Cie Toi D’abord) est un poème. On a qu’une envie : les découvrir.
Dans le contexte actuel de réduction budgétaire, deux institutions importantes de notre société sont contraintes de fusionner. Moitié pompier, moitié gendarme, les Pondarmes (Cie Un de ces 4) vont nous plonger dans une aventure burlesque captivante.
Le Collectif TBTF, artiste associé à La Cascade, proposera un Triptyque qui se déploie dans les rues d’Alba-la-Romaine. Trois formes distinctes spécialement créées pour ce village de caractère, haut en couleur et en énergie, porté par « une écriture à la sauce TBTF : généreuse, technique et incongrue ».
Hors norme
Avec leur « amour de la blague bien faite qui ne tolère pas le compromis », Lefeuvre & André (Parblex !) se prennent apparemment au sérieux. Une complicité à toute épreuve qui nous fait beaucoup rire. Leur univers est unique : du jeu dépouillé, de l’économie de gestes, du dérisoire émergent une poésie sensible (lire la critique de Léna Martinelli). Du « slow cirque » à ne pas manquer.



« Parblex ! » © Lefeuvre & André ; « Faune » © Philippe Laurençon ; « Nous la forêt » © C. Barbier
Au pied d’un arbre, deux grands enfants cherchent à se planter. Mais comment s’enraciner quand on se fait de l’ombre, qu’on doit trouver sa place ? Nous la Forêt (Cie Kif Kif) est une proposition originale sur la relation fraternelle. Un « spectacle charnel et gravitationnel ».
Faune nous plonge encore plus profond dans les origines de l’humanité. La scénographie épurée se construit autour d’objets centraux : des bois de cerf. Porteurs d’une forêt de symboles, ils deviennent l’axe principal de cette création où l’animal nous fascine, par sa majesté et sa puissance. On est fan de la gestuelle organique de Fanny Soriano (Cie Libertivore), de sa démarche qui (dé)place l’être humain dans son environnement, de ses délicates métamorphoses (lire la critique de Léna Martinelli).
Les grandes formes
Masacrade se présente comme « une tragi-comédie sur fond de voltige suicidaire, un combat entre l’absurde et la logique. Ou comment trouver le sens de la mort pour donner un sens à la vie ». De l’humour et du grand spectacle, donc, en 7 actes de trapèze mini-volant au-dessus d’un tapis gonflable, avec 3 interprètes qui se démènent et un régisseur pyromane (Marcel Et Ses Drôles De Femmes).



« Masacrade » © Loic Nys ; « Kairós » © Daniel Michelon ; « Maiador » © Edinho Ramon
Dans la mythologie grecque, Kairós désigne l’instant opportun, ce moment fugace où tout peut basculer. Au théâtre antique, dans un frottement entre la mémoire et le présent, les acrobates qui évolueront sur et autour de 13 trampolines inviteront « à suspendre le temps et à s’ouvrir à l’instant ». Une création in situ, un moment unique qu’on imagine tout de grâce et de puissance, quand on connaît le travail de Cyrille Musy (lire la critique de Loops).
Toujours plus de convivialité
Plusieurs propositions font la part belle à la musique. Inspirés de moments de refuge et de rencontres, Maiador (Cie Delá Praká) mêle acrobatie, danse contemporaine, mât chinois et musique live. Une expérience à vivre qui rend honneur à culture populaire brésilienne. Haut les cœurs ! Sans oublier les concerts, programmés en partenariat avec la SMAC07 (Scène de Musiques Actuelles) en soirée au Carbunica.

Alain Reynaud, alias Félix Tampon, toujours prêt pour ambiancer ! © Festival d’Alba-la-Romaine La Cascade
Ainsi, le programme affiche de la fantaisie, des prouesses, de l’amour et quelques instants en apesanteur qui font un bien fou, une parenthèse enchantée au chaos. Une façon d’embras(s)er le monde. De quoi « tenter, par le cirque, d’échapper un instant au monde qui gronde », écrivait déjà Alain Reynaud, dans son édito 2025. Cette année, encore, il ne manque pas de faire une pirouette : « Les Romains craignaient que le ciel leur tombe sur la tête. Nos craintes sont sensiblement les mêmes 2.000 ans après. Nous avons peur que quelque chose nous tombe dessus… Le Festival, lui, tombe toujours bien, comme une suspension dans l’année ». Et c’est notre chute !
Léna Martinelli
Festival d’Alba-la-Romaine
17e édition, du 9 au 14 juillet 2026
Organisé par La Cascade, pôle national cirque à Bourg-Saint-Andéol
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À découvrir sur Les Trois Coups :
☛ Festival d’Alba 2025, reportage de Léna Martinelli
Photo de une : © Festival d’Alba-la-Romaine

