Rencontre des Jonglages 2026, Reportage, « Parblex », « Éclipse », Bondy

Cœur de festival : in the Pocket!

Léna Martinelli
Les Trois Coups

La 19édition de la Rencontre des Jonglages bat son plein. Depuis le 9 mai, les propositions s’enchaînent en Île-de-France et cela jusqu’au 30 mai. Après l’inauguration à Bondy, nous découvrons « Parblex ! » et « Éclipse », deux coups de cœur. L’Atelier Lefeuvre & André et Léo Rousselet sont, entre autres, des as de la manipulation d’objets. Des premiers, on apprécie l’univers absurde et ludique où l’économie de gestes, le dérisoire et l’humour laissent émerger une poésie sensible. Le plus jeune est un prodige. Son premier solo est un moment onirique et hors du temps où s’invite la magie. Assurément, cette programmation tout à la fois populaire et exigeante nous emballe. In the Pocket !

Terrain fertile, Bondy accueille cette Rencontre des Jonglages pour la seconde fois consécutive. Lors de son discours, le maire a exprimé sa fierté : « Ce festival touche la population dans l’espace public, ses équipements, son quotidien. Tout cela participe à une dynamique territoriale faisant de Bondy une ville audacieuse qui cultive le vivre ensemble au plus près des habitant·es. Ici, avec plus de 20 nationalités différentes accueillies, le monde entier se retrouve autour d’une passion qui cultive l’exigence et transmet de fortes émotions ». Stephen Hervé se félicite que cet art poétique et moderne contribue ainsi à « dépasser les frontières, car ce moment joyeux et fédérateur développe un langage universel à forte résonance humaine ».

Vincent Berhault, le directeur du festival, a quant à lui tenu à saluer les (nombreux) partenaires et ses collaborateur·ices : « une équipe, qui accomplit de grandes choses, même si elle est petite ! ». Depuis la nouvelle implantation de la Maison des Jonglages (en 2025), d’autres lieux ont été investis, notamment pour les actions culturelles. Ce cœur de festival est l’occasion de proposer des pratiques (jonglages, yoyo, foot style, hula-hoop…) et de faire venir des professionnel·les. Ce week-end, l’esplanade Claude Fuzier se transforme donc en espace convivial, avec boissons, restauration et surprises.

D’ailleurs, en matinée, la revue Jonglages livrait les premiers résultats d’InfluenceS, une enquête conduite en ligne entre 2023 et 2024 auprès de plus de 200 jongleur·ses professionnel·les travaillant en France. On y apprend que le métier est rare, plus que celui des astronautes, qu’il ne concerne que 16 % de femmes (heureusement, beaucoup sont en formation, ce qui devrait changer la donne), que l’on peut jongler avec toutes sortes de choses, des balles et des massues, bien sûr, mais également 140 objets, du quotidien ou parfois insolites tels des jaunes d’œufs, des plumes, des images, des mots, des outils, des allumettes. Ces derniers sont justement utilisés dans les deux spectacles vus vendredi.

Du jonglage, sous toutes ses formes, pour tous 

La programmation reconsidère le geste artistique ou explore de nouvelles perspectives jonglistiques, avec parfois des questionnements liés à la pratique. À ce titre, pour l’inauguration, Vincent Berhault a choisi des précurseurs d’un cirque de création, accessibles : Jean-Paul Lefeuvre et Didier André, acrobate et jongleur depuis plus de 30 ans, ont un parcours atypique puisque le premier a une formation en agriculture / élevage, et le second a été dessinateur industriel chez Moulinex. « Jamais l’un sans l’autre. Se comprendre sans dire un mot. Se faire des farces », voilà comment ils envisagent leur collaboration.

« Multiplex », Cirque Inextremiste © Raphaël Caputo ; « Don Baltha », Cie L’ArtNak © Gaby Merz; « Street Cheval », Cie Bella Gamba © Jessica Ramon

Les arts jonglés sont riches, d’autant qu’ils s’acoquinent volontiers avec le théâtre, la danse, la musique, les arts visuels, le sport, voire le bricolage. Parblex !détourne des objets trouvés à l’atelier : quoi de mieux qu’une masse de chantier pour faire rebondir une boule de pétanque ?! Véritables partenaires de jeu, planches ou aimants ont leur rôle à jouer.

« Parblex ! » : l’amour de la blague bien faite

Parblex ! est la version en plein air et raccourcie de Parbleu ! (2019), qualifié par les artistes de « slow cirque ». Pourtant, ça fuse, même si les boules d’acier volent moins haut. Jean-Paul Lefeuvre et Didier André affirment leur attachement à une forme d’artisanat laborieux et modeste, faisant d’eux les adeptes d’un « cirque minimaliste ». Le dispositif scénographique, aux nombreuses trappes, évoque tour à tour un terrain de pétanque, un court de tennis ou un billard géant. Absurde et poésie sont les dénominateurs communs des vains efforts qu’ils vont y déployer.

« Parblex » : 1 © Léna Martinelli ; 2 © Tomas Amorim

Si le duo, clownesque à souhait, revisite quelques numéros traditionnels (chapeau, magie…), il invente son propre langage, parvenant à nous étonner jusqu’aux mercis. On l’avait découvert à Nexon (lire notre critique) : ses prouesses rocambolesques, légères et drôles, loin des exercices de style habituels, sa créativité débridée, nous avaient fait craquer. On est encore conquise.

Misant sur les contrastes, Jean-Paul Lefeuvre et Didier André évoquent Laurel et Hardy, pour les dégaines et le jeu : l’un est agile et très expressif, tandis que l’autre est balourd et désabusé. En slip noir et pantalon large à bretelles, ils sont très désopilants. Il en faut beaucoup pour que Didier retire ses mains de ses poches, mais il sait jouer de bien des instruments. Quant à son acolyte, qui ne manque pas d’imagination, il bat le rythme avec une truelle. Toutes les fantaisies sont permises, à condition qu’elles s’incarnent avec application. Cependant, leur dextérité méticuleuse ne les empêche pas de prendre des risques. Ils sont aussi très doués dans la coordination de leurs ratages.

« Éclipse » : jonglage de situation

De l’ancienne à la nouvelle génération, Vincent Berhault aime montrer ce qui se fait de plus novateur en matière de jonglage. Léo Rousselet est justement un prodige. S’il n’est pas le plus jeune des artistes à l’affiche (le directeur met en lumière les jeunes promus de l’Esacto Lido), il sort de cette école en 2018. Également diplômé d’un Master en création musicale et sonore, il a su appliquer au jonglage son sens du rythme. Et ce n’est pas le seul intérêt d’Éclipse, un spectacle original où le jeune artiste fait preuve d’une incroyable dextérité. Le rôle de la lumière y est central. D’où notre admiration partagée pour ces artistes.

Sur scène, une balle blanche, un chandelier, des allumettes, un verre d’eau, de la ficelle, une enceinte qui diffuse de la musique rétro et un grille-pain. Chaque objet est bien à sa place. Sous une seule source de lumière, l’image est minimale, presque en noir et blanc.Puis ça commence à grésiller.

Ça le titille ! Léo Rousselet joue avec l’ombre, le temps, la lumière et l’eau – en somme les quatre éléments – afin de créer des moments de suspension qui se transforment par magie. Le moindre geste, chaque détail, prend son importance. Quelques accessoires suffisent à poser une situation. Ensuite, le jeune homme va s’adapter. Décalé, il jongle avec tout ce qui se présente à lui : miettes, gouttes, feu. Son tango est irrésistible de drôlerie. Comment transformer les contraintes en opportunités ?

« Éclipse » © Camille La Verde

Pas étonnant qu’Étienne Manceau fasse partie de l’aventure ! On retrouve son jeu clownesque, son goût pour le théâtre d’objet. Méticuleux – encore plus que Jean-Paul Lefeuvre et Didier André – le personnage voit tout lui échapper, en premier lieu sa balle. Qui donc tire la ficelle ? Ici, ce sont les moyens techniques qui constituent les éléments de jeu, mais les logiques de causalité s’effacent vite au profit de l’absurde. De plus, entre le siège vide du début et la chute finale, le spectacle est très bien construit. Il nous tient en haleine, jusqu’aux saluts, qui eux aussi, méritent attention, car Francesco, à la technique, a plus d’un tour dans son chapeau. Extra !

Oui, in the Pocket etchapeau bas !

Léna Martinelli


19édition,du 9 au 30 mai 2026, avec le cœur de festival du 12 au 17 mai
Organisée par La Maison des Jonglages, scène conventionnée
7, avenue de Verdun • 93140 Bondy • Tel. 06 26 35 29 36
La programmation ici
Les lieux ici
Tarifs : de 3 € à 15 € • Pass cœur de festival : 60 € pour 10 spectacles (tarif réduit : 30 €)

Billetterie en ligne

Parblex !, Atelier Lefeuvre & André
Site de la cie
Conception et interprétation : Didier André et Jean-Paul Lefeuvre
Durée : 45 min
Dès 7 ans
Les 25 et 16 mai 2026
Plus d’infos ici
Tournée ici, dont :
• Les  13 et 14 juin, Théâtre d’Auxerre (Hors les Murs), à Escolive (89)

• Du 9 au 13 juillet, La Cascade PNC, dans le cadre du Festival d’Alba, à Alba-la-Romaine (07)

• Du 23 au 25 juillet, dans le cadre des Rencontres de Monthelon, à Montréal (89)

• Le 28 juillet, dans le cadre du festival Les Renc’Arts, à Pornichet (44)

• Le 29 juillet, dans le cadre du festival Rues en scène, à Morlaix (29)

• Les 2 et 3 décembre, Les 3T, scène conventionnée de Châtellerault (86)

Éclipse, Léo Rousselet
Site du Cirque des petites natures
Avec : Léo Rousselet
Regard extérieur : Étienne Manceau
Technique : Francesco Caspani ou Marie Vela
Durée : 50 min
Dès 7 ans
Du 19 au 22 mai 2026
Plus d’infos ici
Tournée : sur le site de Baron production – Jordan Enard

Photo de une : © Léna Martinelli

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