Parade(s) festives et mots qui délivrent
Stéphanie Ruffier
Les Trois Coups
Populaire et exigeante, la programmation d’arts de la rue élaborée par l’équipe de Mélanie Duplenne promet un 36e festival aussi divertissant qu’engagé. La mairie de Nanterre réaffirme son soutien à la création artistique, notamment aux compagnies émergeantes. Bel exemple de défense de la diversité culturelle. En voici quelques aperçus.
Faire la fête ensemble, certes, mais sans oublier de réfléchir à notre société en souffrance. Avec 43 spectacles, du 5 au 7 juin, le festival Parade(s) libérera la parole, la bouche grande ouverte comme le masque de pierre qui surplombe la conque du parc des Anciennes-Mairies. Seront au rendez-vous du cirque qui subjugue, de la danse qui dit OUI, des projections générées par IA, des concerts qui font vibrer nos corps engourdis, mais aussi des déambulations aux textes qui bousculent. Parmi ces dernières, trois propositions féministes méritent le déplacement.
Spectacles-témoins
Furtives (la baleine-cargo) met en scène trois femmes qui osent dire leur révolte et investir l’espace public. Cette reprise collective de la rue offrira au public l’occasion d’apprendre un magnifique chant-signe en LSF (langue des signes française). Une belle occasion de s’émanciper ensemble, en poésie. De libération, il sera aussi question dans Tant qu’on se taira (Les Fugaces) qui brise le tabou des violences intra-familiales. Pas à pas, le cheminement dans les rues se fait prise de conscience thérapeutique. Un spectacle intime et politique qui remue profondément les non-dits. Essentiel.

« Les Furtives » Cie la baleine-cargo © Françoise Guillaumond
À ne pas manquer, dans la même veine intimiste, la déambulation les Ailes (La Hurlante) évoque une disparue volontaire (lire notre critique). Un jour, une femme a tout quitté : pourquoi ? Dans son enquête sur les échos de ce geste dans la vie des habitantes du quartier, Caroline Cano incarne diverses réactions de jugement, doute ou empathie. Poignant et vif. Une grande comédienne. Et si l’on n’est pas encore assez rassasié de portraits de femmes, douze d’entre elles confient leur vécu à notre oreille dans le très délicat Musée itinérant de Germaine (Centre Imaginaire).
Rue, secoue-nous, immerge-nous !
Parmi les spectacles qu’on a déjà eu l’occasion de goûter, on conseillera 95 % mortel de la Cie du Coin (lire notre critique). Public malaxé, regards vers le ciel et surprise musicale de taille. La fanfare nous saisit dans son urgence. Autre proposition calibrée pour l’espace public : Au coin de ma rue (Compagnie des Bonimenteurs) nous invite à observer l’extra-ordinaire. Une foule de versions d’une histoire de trottoir, sous casque. L’esprit Perec rôde. Ingénieux exercice de style.

« Au coin de ma rue » Cie Les Bonimenteurs © Les Bonimenteurs
On plongera volontiers Dans ma piscine (Cie Ea Eo), tant pour la féérie d’objets en apesanteur, en constante métamorphose, que pour les récits concernés qui l’accompagnent. Un jonglage qui nous méduse ! Le cirque encore, nous engloutit dans des embruns émouvants, version acrobate, avec la merveilleuse compagnie Sept fois la langue. Houl (lire notre critique) évoque la disparition du frère. Force chorale, jeunesse et engagement des corps. Le public fait des vagues pour accompagner cette proposition délicate, poétique à souhait, chavirante.
Des petits riens qui font les grands spectacles
Fan de Wayne’s world ? On ira chanter l’humilité sportive avec Fabrice Guy, l’opéra rock, la nouvelle création des bricolos jurassiens Nicolas Moreau et Charles Bulle. Gloire au Do It Yourself punk. Un duo dégingandé retrace une épopée olympique avec des rondins de bois. Du brut ! Du ski ! Autre bricoleur de génie, dans le genre visage élastique, Valentin Dilas mixe les bandes-son d’émissions qui ont marqué le paysage audiovisuel français. Il incarne à 110 % des voix bien connues, interrogent subtilement notre réception de ces moments d’anthologie. Que disent les médias de nous ?

« Fabrice Guy l’opéra rock » Cies Chicken Street et Couleurs de Chap’ © Stéphanie Ruffier
On ne manquera pas d’aller aussi écouter les voix d’ailleurs. Cette année, le Burkina Faso est mis à l’honneur dans trois spectacles des compagnies Pocket Théâtre et OpUS. Il y a tant et tant de merveilles à découvrir dans ce festival. Des gens de là-bas ou d’ici. Le Conservatoire et la fanfare de Nanterre sont de la partie. Et puis un prénom qui gratte (Cie La Colombe enragée), de petits objets perdus qui racontent des vies (2e groupe d’intervention), du théâtre forain (Titanos), de la marionnette concernée par les quartiers (Les Grandes Personnes), des artistes catalyseurs de teufs et des nouveaux venus… Pas moins de 22 compagnies émergeantes sont présentes cette année ! On ne manquera pas de vous raconter nos découvertes parmi ces 130 représentations, toutes offertes.
Stéphanie Ruffier
Festival Parade(s)
Du vendredi 5 au dimanche 7 juin 2026
Dans les rues de la ville • 92000 Nanterre
Gratuit
Plus d’infos ici
Toute la programmation ici
À découvrir sur Les Trois Coups :
☛ Temps fort aux Ateliers Frappaz, par Stéphanie Ruffier
Photo de une : « Tant qu’on se taira », Les Fugaces © Stéphanie Ruffier


