« Hernani », Victor Hugo, Laurent Bréthome, Critique, Théâtre de Villefranche, Villefranche sur Saône

Hernani_Victor Hugo-Laurent brethome © Vincent Assié

Hernani version #Me Too

Trina Mounier
Les Trois Coups

Cela fait quelques années déjà que Laurent Bréthome n’était pas revenu aux classiques. Avec « Hernani », c’est un classique pas très catholique qu’il nous propose. Un petit rappel historique s’impose.

Quand paraît Hernani, Victor Hugo a 28 ans. Il vient d’écrire Cromwell et sa célèbre Préface dans laquelle il jette les bases du théâtre romantique qu’il mettra sur le plateau dans Hernani, ce qui provoquera la fameuse Bataille d’Hernani. Celle-ci se déroula à l’intérieur du théâtre (mais aussi dans la file d’attente à l’extérieur) et opposa les conservateurs partisans d’un théâtre respectueux des règles classiques et les jeunes gens désireux de changer le monde et la culture.

Traçons les grands traits de l’histoire : Hernani, de son vrai nom Jean d’Aragon, a été banni du royaume de Castille par le roi Don Carlos. Tous les deux aiment la même femme et souhaitent l’épouser. Mais l’oncle de Doña Sol l’aime aussi et n’a pas l’intention de se laisser déposséder de la jeune femme qu’il a élevée dans son château. Hernani et Doña Sol de Silva sont des héros typiques du drame romantique : fougueux et passionnés… jusqu’à la mort !

Don Carlos conjugue les attributs de la royauté (grandeur, autorité, orgueil) et ceux du burlesque que les romantiques introduisent dans leur théâtre (il change d’avis sans raison, se laisse guider par ses émotions et sa conduite manque quelque peu de tenue). Quant à l’oncle Don Ruy Gomez de Silva, il fait office de barbon ridicule mais dangereux. La pièce alterne les moments joyeux, les élans dramatiques et les duels au fleuret. Laurent Bréthome renforce dans sa mise en scène cette impression de cape et d’épée, comme dans la scène d’exposition qui voit se succéder, dans la chambre à coucher de la belle endormie, les trois amoureux qui entrent à pas de loup par la fenêtre, dissimilés sous des capes pour se cacher dans l’armoire. Situation croquignolesque tout-à-fait indigne de ces grands d’Espagne !

Une mise en scène très hugolienne

On le voit, Laurent Bréthome s’en donne à cœur joie de renchérir la recherche de liberté du grand Victor Hugo. Notamment par l’emploi de couleurs flashy dans son décor. Et signalons que si la pièce est en alexandrins (la diction des comédiens est parfaite), cela ne s’entend pas, la rythmique étant elle aussi chamboulée, les répétitions nombreuses etc. On doit parler au théâtre comme dans la vie.

C’est cependant au niveau des comportements des personnages que le metteur en scène prend le plus de liberté avec l’auteur. Car le choix de Laurent Bréthome est de donner le premier rôle à Doña Sol au point de suggérer de remplacer le nom du héros dans la pièce par celui de l’héroïne. Or, en ce domaine, Victor Hugo n’était pas particulièrement éclairé, comme l‘illustre cette anecdote de sa vie privée avec Juliette Drouet : quand ils rentraient dans leur propriété, il lui disait toujours en montrant les deux entrées : « porte cavalière (la grande, pour lui), porte piétonnière, Madame (la petite, pour elle) ».

Anne Cressent saisit toutes les occasions pour montrer sa détermination et même son ascendant sur les hommes qui l’entourent et ont pourtant le pouvoir de la faire plier, et ce même face à son amant, Hernani, qui apparaît très hésitant, fougueux mais peu stable (Damien Avice, extraordinaire acteur au jeu très contrasté). D’ailleurs, tous les interprètes sont formidables, à commencer par Fabien Albanese, dans le rôle du Roi, et Philippe Sire, dans celui de l’oncle implacable. Il est d’ailleurs le seul personnage masculin qui ne varie pas dans ce spectacle, les deux autres étant parfois presque des marionnettes.

Il faut signaler aussi que la pièce a été considérablement resserrée lors de l’adaptation co-signée par Catherine Ailloud-Nicolas, aussi à la dramaturgie. Et pour figurer le peuple, les serviteurs, les courtisans, Laurent Brethome a eu la bonne idée de faire appel à un chœur de foule très engagé et vivant. Le but du metteur en scène était qu’on ne s’ennuie pas. Qu’il se rassure ! Cet objectif est largement atteint : on est tenu en haleine tout du long et on rit souvent.

Trina Mounier


Compagnie Le Menteur volontaire
Mise en scène : Laurent Brethome
Avec : Fabien Albanese, Damien Avice, Anne Cressent, Philippe Sire
Durée : 1 h 55
Dès 14 ans

Théâtre de Villefranche • Place des Arts • 69653 Villefranche sur Saône
Représentation unique lors de la sortie de résidence le 29 mai à 20 heures
Réservations : en ligne • Tel. : 04 74 68 02 89

Tournée :
• Du 6 au 14 novembre, Les Gémeaux, scène nationale de Sceaux (92)
• Les 17 et 18 novembre, Le Théâtre, scène nationale de Saint-Nazaire (44)
• Le 21 novembre, La Loge, Centre culturel de Beaupréau-en-Mauges (49)
• Le 3 décembre, Centre culturel Jacques Duhamel, à Vitré (35)
• Les 19 et 20 janvier 2027, Le Grand R, scène nationale de La Roche-Sur-Yon (85)
• Du 26 au 28 janvier, Mixt, à Nantes (44)
• Les 3 et 4 février, Le Quai, CDN d’Angers (49)
• Du 24 au 26 mars, Théâtre national de Nice TNN (06)

À découvrir sur Les Trois Coups :
Margot, d’après Christopher Marlowe, Laurent Bréthome par Trina Mounier

Photos : © Vincent Assié

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