Vers l’infini et l’au-delà
Léna Martinelli
Les Trois Coups
Décrocheront-ils la lune ? Avec audace et humour, les membres d’Akoreacro portent un regard ironique sur notre rapport au progrès. Épopée pleine de péripéties acrobatiques et musicales, « Ostinato » nous met des étoiles plein les yeux. Du cirque revigorant, joyeux, virtuose, par un des collectifs acrobatiques les plus attachants.
Fondée il y a vingt ans, la compagnie s’est imposée avec un cirque spectaculaire mêlant envolées aériennes, musique et dérision. Dans Akoreacro, il y a « accord ». Les acrobates ont donc plusieurs cordes à leur arc, avec une ribambelle d’instruments sur scène. Après Dans ton cœur mis en scène par Pierre Guillois (lire la critique), c’est Alexandre Markoff (fondateur du Grand Colossal Théâtre), également venu du théâtre et plus précisément des arts de la rue, qui a orchestré ce nouvel opus. Ostinato ouvre d’ailleurs sa piste à une nouvelle génération d’artistes. De jeunes recrues, elles aussi tout terrain.
Et il en faut du talent et de l’énergie pour incarner le besoin de dépassement dont il est question ici. Depuis ses origines, notre espèce repousse sans cesse les frontières de l’inconnu. Entre prouesses, agrès hybrides et images marquantes, le spectacle déroule une traversée de l’humanité. On retrouve les mêmes personnages à des époques différentes, confrontés à des problématiques communes. Une fresque chronologique haute en couleurs !
L’histoire en marche
En fait, quelle évolution comportementale relève-t-on depuis l’Homo sapiens et la petite-cousine de Lucy, qui découvre une minuscule chose brillante au-dessus de sa tête, jusqu’à nos congénères, plus que jamais attirés par l’espace ? Curiosité, rêves, soif de pouvoir… Cette histoire universelle de quête effrénée peut être comprise par tous·tes. Akoreacro se démarque par un langage unique ayant recours aux travellings cinéma et saynettes théâtrales, ainsi qu’une narration visuelle.


Quel meilleur outil que le cirque afin de raconter nos désirs d’élévations ? Sous ce grand chapiteau, femmes et hommes rivalisent d’ingéniosité pour atteindre l’inaccessible, tambour battant. Ielles tentent l’impossible, volent haut. Ielles nous impressionnent et nous amusent, car ça dérape, ça glisse, ça cafouille et ça se relève toujours, grâce à la force du collectif. Un joyeux bazar.
Toujours plus haut, plus vite, plus loin !
La performance est époustouflante. Les 13 artistes d’Akoreacro sont exceptionnel·les, les prises de risque réelles. Rythmée par des élans et des boucles, la partition inspire des combinaisons acrobatiques originales. Sans relâche. Le terme « ostinato » exprime une persévérance dans l’action, qui se traduit par la répétition d’un thème musical. Alors, à coups de stratagèmes absurdes, de déconstruction et de révolutions improvisées, chacun·e tente de parvenir à ses fins, par tous les moyens. De façon obstinée. Inévitablement, les mêmes erreurs aboutissent aux mêmes dérives : ambitions démesurées, rapports de domination, luttes des classes… Les humains ne sont-ils pas aussi destructeurs que bâtisseurs ?

Ostinato illustre remarquablement les valeurs du « vivre ensemble ». En effet, ces artistes-là s’épaulent, au propre et au figuré. Pour autant, le point de vue n’est pas surplombant, toujours décalé. En revanche, c’est d’une précision absolue, avec une parfaite maîtrise des transitions. En parallèle du récit, de grosses structures se déplacent de façon fluide, les mises en place sont intégrées à une mise en scène dynamique.
La marque de fabrique d’Akoreacro, c’est également la scénographie, qui réinvente les agrès, de toutes pièces ou par associations. Au Moyen-Âge, des tourelles de bois, que le groupe bâtit devant nous, se muent en cadre coréen. Aux temps modernes, l’acier permet aux gratte-ciels de s’élever. À la fin, le numéro de banquise inversé évoque bêtise. Ne marche-t-on pas sur la tête ? Et que la voltige aérienne se rapproche du sol ne signifie pas le renoncement ou la médiocrité, mais plutôt l’humilité, le respect.
Car, au final, qu’est-ce, le progrès : décrocher la lune ou tomber dans les étoiles ? Virtuose et poétique, sensible et profond, Ostinato ne peut que fédérer. Bravo !
Léna Martinelli
Ostinato, Akoreacro
Site de la cie
Mise en scène : Alexandre Markoff
Mise en musique : Guilhem Fontès
Avec : Manon Rouillard, Ugo Dario, Romain Vigier, Maxime Solé, Basile Narcy, Maxime La Sala, Antonio Segura Lizan, Tom Bruyas, Sam Lebon, Kayou, Martin Brass, Louane Chériaux, Ania Berezina
Durée : 1 h 10
Dès 7 ans
Théâtre de Sénart scène nationale • 8-10, allée de la Mixité, Carré Sénart • 77127 Lieusaint
Du 19 au 23 mai 2026 • Tel. : 01 60 34 53 60
Tournée ici :
• Du 5 au 9 juin, TSQY scène nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines, en partenariat avec L’Onde Théâtre Centre d’Art
• Du 8 au 21 juillet (sauf les 12, 15 et 19), dans le cadre du festival Villeneuve en scène, à Villeneuve-lès-Avignon
• Du 24 au 27 septembre, Le Forum, à Fréjus
• Du 2 au 10 octobre, Théâtre d’Orléans scène nationale
• Du 15 au 18 octobre, Halle aux grains scène nationale de Blois
• Du 27 novembre au 6 décembre, L’Azimut, Espace Cirque d’Antony
• Du 22 décembre au 3 janvier 2027, Festival de Monchique, à Algarve (Portugal)
• Du 31 mars au 4 avril, Théâtre Brétigny
• Du 22 au 25 avril, Maison des Arts du Léman, à Thonon-les-Bains
• Du 20 au 23 mai, Agora, PNC Boulazac Aquitaine
• Du 29 mai au 3 juin, Théâtre Le Vilar, à Louvain-la-Neuve (Belgique)
• Du 26 juin au 3 juillet, Festival des 7 Collines, à Saint-Étienne
Photos : © Kalimba


