« Histoire de Jean‑Pierre », d’Agnès d’Halluin, l’Élysée à Lyon

« Histoire de Jean-Pierre » © Augustin Rolland

La bravoure de Pierre et Maria

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

Ce qu’il y a de bien, parfois, au théâtre, c’est qu’en dépit de la qualité discutable de l’œuvre présentée, on peut avoir la bonne et compensatoire surprise de retrouver un comédien qu’on estime et en même temps de découvrir le talent, ici d’une comédienne, qu’on ne connaissait pas. Lui se nomme Pierre Germain. Elle s’appelle Maria Menegaki.

Pierre Germain, alias Jean‑Pierre, joue le rôle d’un gendarme mort dans l’exercice de ses fonctions. Comme il s’agit d’un spectacle théâtral, bien que décédé, il parle, et comme tous les acteurs il viendra saluer le public à la fin. Pour éviter la répétition, appelons‑le PG. PG. donc, quoique vêtu d’une veste aux galons rouges qui évoque plutôt un sapeur-pompier, accomplit ici une prestation remarquable de finesse et d’intelligence. Vu déjà dans Macbeth et Othello mis en scène par Gwenaël Morin – ah ! sa bouleversante Desdémone –, il investit son personnage somme toute quotidien avec une aisance incroyable.

Tout en rondeur et modestie – car les gendarmes passent de longues heures assis devant un bureau ou subissent d’interminables gardes debout à l’abri d’une guérite –, PG redouble d’humour, de sensibilité et de fierté. Qu’il soit allongé sur son lit mortuaire ou le quitte pour dire sa vérité sur la cause de son décès, il fascine par la justesse de son jeu corporel et vocal. Sa présence est telle qu’elle devient, chaque fois qu’il intervient, un précieux viatique pour supporter la médiocrité des scènes où il se contente du mutisme d’un cadavre. Merci, Pierre Germain, pour ces belles retrouvailles.

Maria Menegaki interprète une jeune femme – amie ? amante ? – du gendarme. En deux séquences où elle prend la parole à l’ouverture et à la conclusion du spectacle, elle s’impose par la densité de son jeu. Au début, elle tente, provocatrice, de faire de la cérémonie d’adieu au militaire une fête sensuelle et tragique. Cela tient de l’énergie d’une bacchante et de la fureur des Érinyes. Sa maîtrise de l’espace et de la voix est impressionnante. À la fin, sur un registre moins spectaculaire, elle émeut par sa tessiture grave et colorée d’un tendre accent. Repliée sur elle-même elle transmet en douceur le trouble du chagrin.

Ainsi emporté par de talentueux acteurs, on en oublierait presque de dire de quoi parle le texte de l’auteur, et théâtralement comment il le traite. Simplement et superficiellement, de la problématique de l’héroïsme. Jean‑Pierre, le gendarme, a‑t‑il été tué à l’occasion d’un acte de bravoure ou d’une désolante méprise ? Les membres de sa famille sont divisés sur la question à la veille de la cérémonie qui doit rendre officiellement hommage au défunt. Formellement, la représentation appartient à la catégorie théâtre de tréteaux : pas de scénographie, pas de régie son-lumière, un texte, des comédiens. À savoir la règle du jeu des spectacles créés dans le cadre du festival En acte(s) à l’Élysée. C’est tout. 

Michel Dieuaide

Lire aussi « Cannibale », d’Agnès d’Halluin, d’après une idée originale de Maud Lefebvre, l’Élysée à Lyon.


Histoire de Jean‑Pierre, d’Agnès d’Halluin

Mise en scène : Guillaume Fulconis / le Ring Théâtre

Avec : Pierre Germain, James Gonin, Sébastien Hoën‑Mondin, Lola Lelièvre, Maria Menegaki

Illustrations : © Augustin Rolland

Production : Festival En acte(s)

L’Élysée • 14, rue Basse‑Combalot • 69007 Lyon

www.lelysee.com

Courriel : theatre@lelysee.com

Tél. 04 78 58 88 25

Représentations : le 15 mars 2017 à 19 h 30, le 17 mars 2017 à 20 h 30, le 18 mars 2017 à 16 heures

Durée : 50 minutes

Tarifs : 12 €, 10 €