« Hosanna », de Michel Tremblay, Théâtre du Balcon à Avignon

Salle de spectacle

Quitte ou couple ?

Par Vincent Cambier
Les Trois Coups

La pièce de Michel Tremblay nous postillonne le réel à la gueule. Et, comme d’habitude, le Théâtre de la Passerelle fait très fort.

Ose Anna, ose ! C’est l’injonction la plus cruelle que l’on puisse employer à l’égard d’Hosanna, cet homme-femme. Surtout si ça vient de Cuirette, son « mari ». Ce soir-là, dans le couple, c’est quitte ou double ! Soit on se regarde vieillir, grossir et s’enlaidir dans un intérieur étouffant, soit on se quitte. Pour toujours. Dans les deux cas.

Michel Tremblay, ce Québécois magnifique, travaille la langue française jusqu’à ce qu’elle rende son suc le plus parfumé, le plus charnel, le plus vivant, le plus humain. Il réussit même – ô prodige ! – à vêtir de noblesse une trivialité qui s’affiche trop pour n’être pas gorgée d’humanité.

Michel Bruzat, orpailleur obstiné de l’offrande textuelle, a le don de dénicher des filons de mots, gisements de pépites verbales qui rougeoient sous les lumières de Franck Roncière. Sa mise en scène transfigure le sordide et le crasseux pour crier notre profonde cécité devant ces êtres si attendrissants et si proches de nous.

Denis d’Arcangelo, grandiose, assume jusqu’au vertige – au risque de se perdre – la personnalité multiple et déchirante d’Hosanna, Cléopâtre miteuse, teigneuse, amoureuse, jalouse, profondément et définitivement humaine. Jean‑Pierre Descheix (Cuirette) incarne magistralement un faux dur, matamore machiste emblousonné de cuir pour mieux planquer sa féminité fragile qui souffre d’être étouffée. Grâce à eux, la parole prend corps et les corps prennent parole. Ici et maintenant.

Si, comme disait Calaferte, « le devoir de l’art est de fracasser les consciences », la Passerelle réussit parfaitement son coup : personne ne peut sortir indemne de ce spectacle. 

Vincent Cambier


Hosanna, de Michel Tremblay

Mise en scène : Michel Bruzat

Avec : Denis d’Arcangelo et Jean‑Pierre Descheix

Lumières : Franck Roncière

Costumes : Dolorès Alvez

Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • Avignon

04 90 85 00 80

Du 6 au 28 juillet 2001 à 14 heures (1 h 15)

90 F et 65 F