« Hurt me tender », de CirkVOST, festival Le Mans fait son cirque

Hurt-me-tender-Cirkvost © Ludo Leleu © Ludo Leleu

Je t’aime, moi non plus !

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Attention ! Titre choc pour haute voltige : « Hurt me tender » est un tour de force rondement mené. Un des grands formats à découvrir dans le cadre du festival. Généreux et percutant.

Anciennement membres des Arts Sauts, les piliers fondateurs de CirkVOST continuent de mener le combat pour créer et ne jamais lâcher prise. Aujourd’hui, une vingtaine de personnes participent à cette aventure singulière de cirque aérien où il vaut mieux maîtriser l’envol et la chute. Car ces acrobates-là aiment plus que tout combler le vide (et le silence). De la terre ferme au sommet (26 m de hauteur, soit le plus haut d’Europe), ils remplissent tout l’espace de ce chapiteau hors norme, débordant même au-delà des gradins réservés au public, dans une recherche certaine de proximité : « Quand le public nous regarde à 11 mètres en contrebas, quelle taille faisons-nous ? », s’interrogent-ils. Résolument, leur piste s’ouvre au monde.

Oui, c’est du lourd ! Assurément, cette compagnie fait le choix de la surenchère. Connue pour défier les lois de la gravité, elle est carrément bluffante. Déstructurée, cette voltige emprunte à différentes techniques (trapèzes volant et ballant, portique coréen…) et se déploie sur plusieurs niveaux depuis le sol, une impressionnante piste en bois. Que d’exploits ! Les manipulations techniques prennent forcément beaucoup de place, mais le rythme est bien pensé entre duos théâtralisés et séquences collectives spectaculaires.

Originale, la scénographie n’en met pas plein la vue. Elle sert le propos : évoquer notre monde qui ne tourne pas vraiment rond. D’ailleurs, les éclairages sont très bien étudiés, avec une valorisation très juste du hors champ. Avec ce titre choc, CirVOST prend à contrepied la chanson d’Elvis Presley. Et sa soif inassouvie d’amour (voir son hallucinante tournée de baisers dans ce live 1970) !

Des bas-fonds aux hautes sphères

L’engagement physique traduit parfaitement la fulgurance des rencontres et la violence des rapports humains. Pris dans les mailles du filet, celui-ci n’a qu’à bien se tenir. Celle-là, décidément bien balancée, ne fait pas dans la demi-mesure : elle patine comme une reine (à moins qu’elle ne tapine) ! Les amants s’empoignent, s’envoient en l’air, puis se lâchent sans avertissement. La prouesse réside aussi dans cette incroyable capacité à éprouver l’imprévisible. Au mépris du danger, les corps se heurtent et se lancent dans le vide. Envolées et emprises au sol signifient la difficulté de s’aimer, mais aussi la nécessité de se respecter.

Ah ! La ronde des cœurs… Toutefois, la relation de couple semble un prétexte. Les personnages vibrent de tout leur être, aussi parce qu’ils évoluent en milieu hostile. Ces conflits amoureux ne sont-ils pas une métaphore du délitement des rapports sociaux au sens large ? Timorés et exclus de toutes sortes tentent de s’imposer, mais finissent aux marges, quand ce n’est pas par-dessus bord. Et la tendresse bordel !

Avec le cœur

Ça cogne, ça hurle… Et ça peut déranger. L’amour fou se transforme en hystérie et les maladresses en trépidations. Pourtant, malgré (ou grâce à) ces excès, le public en redemande car CorkVOST, qui n’a de cesse de militer pour un monde plus solidaire, est d’une générosité énorme. Le spectacle emporte petits et grands. Le plaisir d’être ensemble est intense. D’ailleurs, le public invité à fouler, aussi, la piste de danse, à la fin, ne se laisse pas prier.

La musique joue évidemment un rôle crucial. D’ailleurs, Johann Candoré campe un guitariste chanteur déjanté comme il faut, avec un clin d’œil d’anthologie au King. Avec ses acolytes, il porte, lui aussi, le spectacle avec du rock saturé décidément bien inspiré de Love me tender (bien qu’aux antipodes stylistiques !). Vraiment balèze, CirkVOST ! 

Léna Martinelli


Hurt me tender, de CirkVOST

Site de la compagnie ici

Avec : Benoit Belleville, Sébastien Bruas, Arnaud Cabochette, Théo Dubray, Jef Naets, Océane Peillet, Jean Pellegrini, Tiziana Prota, Élie Rauzier, Cécile Yvinec

Musique : Johann Candoré, Kevin Laval, Lionel Malric

Technique : Frédéric Vitale, Christophe Henry, Simon Delescluse, Maxime Leneyle

Mise en scène : Florent Bergal, assisté de François Juliot

Regard extérieur acrobaties : Germain Guillemot, concepteur acrobatique Cirque du Soleil

Costumes : Anaïs Forasetto

Création lumières : Simon Delescluse, Christophe Schaeffer

Structures : CirkVOST, SideUp Concept

Conseillé à partir de 6 ans

Accessible au public malentendant et non francophone

Chapiteau 19 • Promenade Newton • 72000 Le Mans

Du 24 au 27 juin 2021, à 20 heures

De 4 € à 8 €

Réservations ici

Plus d’infos ici

Dans le cadre du Festival Le Mans fait son cirque, 20e édition du 18 au 27 juin 2021 • Tél. 02 43 50 21 51

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