« Interprète » de Cheptel Aleïkoum et « En attendant le grand soir », de la Cie Le Doux Supplice, Occitanie fait son cirque en Avignon

En-attendant-le-grand-soir©Ian-Grandejan « En attendant le grand soir », de la Cie Le Doux Supplice © Ian Grandjean

Donner corps au cirque

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Interpréter, danser : deux manières de donner corps, deux pistes proposées respectivement par« Interprète », paradoxal « solo collectif », et « « En attendant le grand soir », bal de cirque, dans le cadre d’« Occitanie fait son cirque en Avignon ».

Vous rêviez de retrouver le Cheptel Aleïkoum, son énergie collective, sa bonne humeur ? Avec Interprète, vous risquez la déconvenue. Car durant plus d’une heure, vous ne verrez qu’une seule brebis du Cheptel. Quant à la dimension collective, elle se trouvera du côté… de la mise en scène ! Maxime Mestre a, en effet, posé la question suivante à ses compagnons : « Qu’est-ce que tu veux de la vie ? » Et chacun a alors donné une réponse assortie d’une idée de numéro, dont Maxime Mestre est précisément l’unique interprète.

Mais suffit-il de donner la parole à chacun des membres d’un collectif pour que le collectif advienne ? Pas ici en tout cas. De fait, la dramaturgie du spectacle est éclatée. Et si, grâce aux ressources ingénieuses de la scénographie ou des costumes, par exemple, l’interprète organise le réagencement surprenant de ses fragments, ceux-ci forment une mosaïque et non un tout organique.

Je suis toi et je suis moi

Faisons donc ici le deuil du collectif. La question originale que pose le solo suffit à faire son intérêt. C’est celle de la place de l’interprète : se contente-t-il d’exécuter, quitte à s’épuiser ? Peut-il, au contraire, se rebeller pour trouver sa voix dans la voix des autres ? La réponse est concrète, artistique et associe le public. En résumé, si le solo multiplie les interprétations, il refuse par contre toute assignation : au registre (festif), à une discipline circassienne particulière (l’acrobatie ou la danse sur corde), au cirque, en général. Ainsi, y chante-t-on. On écoute et on danse aussi. Alors, on sourit, on rit jaune, et le comique côtoie la noirceur.

Interprète-Cheptel-Aleïkoum © Ian Grandjean
« Interprète », de Cheptel Aleïkoum © Ian Grandjean

En définitive, dans son inventaire à la Prévert, Maxime Mestre, petit cancre, répond donc « non » aux maîtres. Mais, si les visages colorés du Cheptel apparaissent sur un tableau, sa brebis noire, n’efface pas pour autant le tableau de nos malheurs. Un spectacle intelligent mais âpre.

Le bateau ivre !

Que ceux qui, après que la bise est venue, rêvent de se sentir heureux et vivants, changent simplement de chapiteau ! Car, à quelques mètres de là, la Cie Le Doux Supplice leur offrira l’ivresse d’un bal. La représentation d’En attendant le grand soir commence. Voyez ce beau parquet à la lumineuse couleur caramel. C’est le ponton d’un navire qui tangue et commence à guincher sur des vagues. C’est une piste de danse où la rencontre peut faire chavirer. À un coin de ce parquet, repérez alors un disc-jockey visiblement dépassé. Sous les vêtements étriqués de cet étrange personnage, vous reconnaitrez peut-être un lointain cousin de Monsieur Hulot. Maladroit et burlesque, ce Monsieur Loyal fera sans doute naître votre sourire.

Et puis, entrez dans la danse ! Voyez comme les interprètes acrobates mêlent les portées à des danses. Vous avez embarqué pour un voyage où se succèdent les musiques populaires du monde et les airs entraînants. Difficile de résister à ces rythmes. On se sent une envie irrépressible de danser… Et qui sait, si ce n’est pas ce qui va vous arriver ? Comme Boris Charmatz fait de chacun – le doux et le sévère, le vieux et le jeune – un interprète de ses chorégraphies, la compagnie Le Doux Supplice maîtrise en effet l’inclusion. Elle crée alors un groupe où, dans la joie du partage et de la danse, s’estompent les différences entre artistes et spectateurs.

Comme pour « Interprète », il y aura évidemment des gens pour dire que ce n’est pas du cirque. Et ceux qui n’aiment pas danser s’ennuieront peut-être. Mais comme on ne va pas voir des définitions et qu’on a soif d’être enfin ensemble, en attendant le grand soir (celui où les artistes seront reconnus officiellement comme notre nécessité vitale), dansons maintenant. 

Laura Plas


Focus Occitanie fait son cirque en Avignon

Interprète, du Cheptel Aleïkoum

Site de la compagnie

Conception et interprétation : Maxime Mestre

Durée : 1 10

À partir de 11 ans

Du 8 au 25 juillet 2021 à 15 h 10, relâches les 11, 15, 16, 17 et 22 juillet

En attendant le grand soir, de la Compagnie Le Doux Supplice

Site de la compagnie

Écriture et mise en scène : Pierre-Jean Bréaud

Avec : Avec Boris Arquier, Marianna Boldini, Pierre-Jean Bréaud, Laetitia Couasnon, Fredéric Escurat, Tom Gaubig, Guillaume Groulard, Pablo Monedero et Guillaume Sendron ou, en alternance : Caroline Leroy, André Rosenfeld Sznelwar, Marie Pinguet et Phillipp Vohringer

Durée : entre 1 h 15 et 1 h 30

À partir de 8 ans

Du 8 au 25 juillet 2021 à 17 h 45, relâches les 11, 15, 16, 17 et 22 juillet

L’Occitanie fait son cirque en Avignon • 22, chemin de l’Île Piot • 84000 Avignon

De 6 € à 16 €

Réservations : 05 55 00 98 36


À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ Focus Cirque Occitanie fait son cirque en Avignon, sur l’île Piot à Avignon, par Laura Plas

☛ Ici ou là, maintenant ou jamais, de Cheptel Aleïkoum, Christian Lucas, Mathurin Bolze, Les Célestins à Lyon, Festival Utopistes, par Trina Mounier