« la Maison du grand‑père, où est‑il », de Colette Garrigan, Théâtre Dunois à Paris

la Maison du grand-père, où est-il ? » © Virginie Meigne

« Home sweet home », clair, calme, charme, poutres… travaux à prévoir

Par Élisabeth Hennebert
Les Trois Coups

Une artiste franco‑anglaise ressuscite le fabuleux cottage de son grandpa bien‑aimé : un chantier ambitieux aux finitions inachevées.

L’entrée dans ce spectacle fait penser au principe des poupées russes c’est-à‑dire de la grande boîte qui en contient une moyenne qui en contient une petite. Bétonné au‑delà du supportable, le quartier Chevaleret, dans le XIIIe arrondissement de Paris, renferme le chaleureux Théâtre Dunois, dédié au jeune public, qui renferme lui-même le séduisant écrin imaginé par Colette Garrigan. Les tout-petits spectateurs de maternelle sont sensibles au cheminement régressif qui les conduit non pas à l’intérieur du ventre de leur mère, mais dans « la maison du grand‑père », dont le nom même rassure et promet l’aventure. Et puis dans cette maison, il y a une grande horloge comtoise, dans le ventre de laquelle il y a… mais n’ouvrons pas toutes les boîtes.

Graphiquement, physiquement, l’accueil au beau milieu du plateau est très réussi. Les bambins ne savent pas où donner de la tête dans cet endroit où les gradins miniatures sont disposés autour du spectacle exactement comme on se place autour d’un feu de camp. La compagnie Akselere est composée de collaborateurs doués pour les arts visuels, car tout, depuis les ombres en papier découpé jusqu’au décor qui magnifie les objets les plus banals (la charentaise, la théière, la corde à linge), en passant par les jeux de lumière procurant un bien‑être immédiat, tout procède d’une esthétique séduisante et ingénieuse.

Une trame narrative insuffisamment resserrée

Malgré les nombreuses trouvailles de celle qui dirige ce travail collectif de main de maître, le passage des arts plastiques aux arts du spectacle recèle quelques pièges qui n’ont pas tous été déjoués. Il y a des temps morts dans l’exécution et, en fin de compte, une intrigue trop ténue pour pouvoir se renouveler pendant quarante minutes. Certes, il n’a jamais été décrété qu’un spectacle doive nécessairement être verbal, mais, s’il n’est pas ancré dans la narration d’une histoire, il doit alors s’attacher au musical, au chorégraphique, faute de quoi on visite une exposition plus qu’on n’assiste à une performance. Il y a bien une jolie partition sonore, mais insuffisamment corrélée à l’action. Or les moins de six ans sont des juges absolument incorruptibles : s’ils s’ennuient, ils le disent très très fort.

Cette œuvre, créée l’été dernier en Angleterre, a tourné en France, et sa première parisienne n’est pas une innovation complète. Elle a déjà été testée sur un public ô combien réel et bougigoteur. Il est vraiment dommage qu’il manque encore quelques réglages pour que le résultat soit très bon : deux ou trois enchaînements moins lents, une ou deux notions pour relancer l’action, recapter l’attention volatile des enfants, et l’affaire serait dans le sac. Il n’empêche qu’elle est bien sympathique, cette Colette Garringan, douce-dingue originaire de Liverpool comme les Beatles. Et la Cie Akselere est une joyeuse confrérie de poètes de l’image. 

Élisabeth Hennebert


la Maison du grand‑père, où est‑il ?, de Colette Garrigan

Cie Akselere

Mise en scène : Colette Garrigan

Avec : Colette Garrigan et Laura Muller

Musique originale : Nicolas Tritschler

Univers son et régie : Antoine Quoniam

Univers lumières et régie : Jérôme Houles ou Sébastien Madeleine

Création ombres et lumières : Colette Garrigan et Olivier Bourguignon

Décors : Sylvain Diamand et Antoine Valente

Marionnettes : Coline Esnault et Laura Muller

Costumes : Emmanuelle Erhart

Photo : © Virginie Meigne

Théâtre Dunois • 7, rue Louise‑Weiss • 75013 Paris

www.theatredunois.org

01 45 84 72 00

Métro : Chevaleret (ligne 6) ou Bibliothèque-François‑Mitterrand (ligne 14 ou R.E.R. C)

Jusqu’au 10 février 2017, les samedi à 17 heures et dimanche à 11 heures et 16 heures, les mercredis à 15 heures, les 7, 9 et 10 février à 15 heures ; scolaires : les 26 et 27 janvier et 3 février à 9 heures et 10 h 30, le 30 janvier à 9 heures, 10 h 30 et 14 h 30 et le 2 février à 9 heures, 10 h 30 et 14 h 30 puis en tournée, voir le site de la compagnie www.akselere.com

Réservations : 01 45 84 72 00

Tarifs : 16 €, 11 €, 10 €, 6,50 € et tarifs spéciaux pour les scolaires

Durée : 40 minutes