« les Éphémères », création collective du Théâtre du Soleil, Théâtre du Soleil à Paris

« les Éphémères » © Michèle Laurent « les Éphémères » © Michèle Laurent

« L’Apocalypse, c’est le moment où l’on voit » *

Par Maja Saraczyńska
Les Trois Coups

Après une longue tournée dans le monde entier, les deux recueils des « Éphémères » sont enfin de retour au Théâtre du Soleil. Il ne s’agit point d’un simple spectacle théâtral, c’est tout un évènement, qui dure toute la journée et qui s’inscrit profondément dans l’esprit du spectateur.

Dès que l’on franchit les portes du Théâtre du Soleil, le spectacle commence. Ceux qui vont jouer sont déjà là, pour nous accueillir, dans cette ambiance inédite de senteurs exotiques, et pour nous guider, parmi les morceaux de décor déposés là dans l’attente du grand moment. Jusqu’à la scène, qui s’étale juste au milieu des spectateurs, entourée par deux rangées de bancs. Par le biais de ce chemin scénique vide, on accède alors à l’autre, à celui qui est assis en face de nous. Dans ces histoires si humaines, dont les bouts s’assembleront bientôt devant le public, se reflète alors la vie de chacun d’entre nous.

Le décor se construit devant nos yeux, sur des petits espaces éphémères, sur des planches tournantes, qui, toujours en mouvement, défilent au milieu des spectateurs, et qui ne s’installent jamais, afin de « ne pas jouer une scène, mais un moment… » *. Des morceaux et de courts instants de vie. D’une vie ordinaire. Issue de notre quotidien et de notre banalité à tous : le décès de notre mère, la vente de notre maison, le divorce, la recherche de nos origines, la maladie, l’accident, la bonne nouvelle, la visite chez le médecin…

Vingt-neuf bouts de vies, liés entre eux ou pas, nés du travail collectif et des improvisations de cette merveilleuse troupe internationale, de leurs souvenirs et de leur imagination, arrivent devant nous sur des plateaux tournants. Ils sont interrompus à chaque fois par un coup de téléphone, par une lettre, par un tintement de sonnette à la porte… afin que la voix de l’autre côté du fil nous annonce un évènement, un malheur ou un bonheur, qui renverse tout l’ordre établi. Et puis, à peine installés, ils disparaissent derrière les rideaux mouvants. Là où la mort s’unit à la naissance. Où le passé et les souvenirs touchent au présent. Des histoires des années 1940 jusqu’à nos jours, représentées comme des visions du réel, que l’on ressent si intensément, et qui se dessinent avec une précision impeccable… Le rire succède alors aux larmes.

On assiste sans cesse à ces « célébrations de l’instant et de la mémoire » *, aux tragédies du quotidien, aux séparations, aux disparitions, aux ruptures, aux départs, aux errances des personnages et… de nous-mêmes. On voit et on comprend, par le biais d’une apocalypse, la magie d’un vrai spectacle. On reconnaît, dans ces tranches de vie passagères, notre vécu et notre passé. La véritable catharsis au Théâtre du Soleil passe ainsi par notre conscience. Elle nous fait éprouver l’état éphémère de notre condition humaine : « Pourquoi j’oublie si souvent que je suis sur terre pour si peu de temps, pour un battement de paupières, et que je l’emploie si mal » *… Dès lors, les violences, les tristesses, les doutes, les erreurs, les folies…, que l’on vit avec les acteurs du Soleil au théâtre, peuvent peut-être les chasser enfin de nos vies respectives.

L’univers sonore et musical créé et représenté avec génie par l’homme-orchestre, Jean‑Jacques Lemêtre, enveloppe les spectateurs et pousse les acteurs à agir. La précision, la justesse de la scénographie et des univers créés pour ces personnages s’unissent à la perfection du « jeu », fondé sur les regards et la complicité entre ces artistes splendides et accomplis. Tous exceptionnels, sans exception. Je citerai donc juste quelques noms, de ceux qui m’ont le plus impressionnée : Shaghayegh Beheshti (Perle !) Jeremy James (Sandra), Maurice Durozier, Juliana Carneiro da Cunha…

Un grand merci à Ariane Mnouchkine pour sa qualité de travail. Les Éphémères sont une aventure scénique à ne manquer sous aucun prétexte. D’après moi, c’est le plus grand évènement théâtral de la saison 2007-2008. 

Maja Saraczyńska

* Ariane Mnouchkine, Notes de répétitions, 2006.


les Éphémères, une création collective du Théâtre du Soleil

La proposition : Ariane Mnouchkine

Assistant à la mise en scène : Charles‑Henri Bradier

Épisodes rêvés, invoqués, évoqués, improvisés et mis en scène par : Shaghayegh Beheshti, Duccio Bellugi‑Vannuccini, Charles‑Henri Bradier, Sébastien Brottet‑Michel, Juliana Carneiro da Cunha, Hélène Cinque, Virginie Colemyn, Olivia Corsini, Delphine Cottu, Marie‑Louise Crawley, Ève Doe‑Bruce, Emmanuel Dorand, Maurice Durozier, Astrid Grant, Émilie Gruat, Dominique Jambert, Jeremy James, Marjolaine Larranaga y Ausin, Virginie Le Coënt, Jean‑Jacques Lemêtre, Elena Loukiantchikova‑Sel, Vincent Mangado, Alexandre Michel, Ariane Mnouchkine, Serge Nicolaï, Seietsu Onochi, Pauline Poignand, Matthieu Rauchvarger, Francis Ressort, Andreas Simma, et les enfants : Alba Gaïa Kraghede‑Bellugi, Galatea Kraghede‑Bellugi, Paco Falgas, Iñaki Falgas, Emmie Poinsot, Emma Zinszner, Balthazar Perraud, Rebecca Jodorowsky, Alice Salvetti, Ruben Delgado, Raquele de Miranda, Nathan Agranat

L’espace :

  • passionnément désiré par Ariane Mnouchkine
  • ardemment mis en œuvre par Everest Canto de Montserrat
  • fiévreusement peint par Elena Antsiferova

La musique : Jean‑Jacques Lemêtre

Le son : Yann Lemêtre, Judith Marvan Enriquez, Virginie Le Coënt

La lumière : Elsa Revol, Nil Tondeur, Cécile Allegoedt

Les petits mondes obsessionnellement assemblés par les comédiens, sous l’œil attentif de : Serge Nicolaï, Duccio Bellugi‑Vannuccini, Sébastien Brottet‑Michel, Jeremy James, Olivia Corsini, Francis Ressort, Ève Doe‑Bruce, Seietsu Onochi et Astrid Grant

Les costumes, tentures et tapisseries de toutes sortes : Nathalie Thomas, Marie‑Hélène Bouvet, Annie Tran, Chloé Bucas, Cécile Gacon

Toutes les autres peintures : Marion Lefebvre, Erol Gülgonen

Les constructeurs : Jean‑Louis Guérard, David Buizard, Kaveh Kishipour, Bertrand Mathevet, Adolfo Canto Sabido, Karim Gougam

Les coiffures et perruques : Jean‑Sébastien Merle

La régie : Pauline Poignand

Photos © Michèle Laurent

Théâtre du Soleil • la Cartoucherie • route du Champ-de‑Manœuvre • 75012 Paris

Métro : Château-de-Vincennes, puis navette Cartoucherie ou bus 112

Réservations : 01 43 74 24 08 (individuels) et 01 43 74 88 50 (collectivités et groupes de spectateurs)

www.theatre-du-soleil.fr

Du 1er mars 2008 au 20 avril 2008 à 19 h 30 (mercredis, jeudis, vendredis : un recueil), à 15 heures (samedis : deux recueils), à 13 heures (dimanches : deux recueils)

Durée : l’intégrale des Éphémères (deux recueils) dure 7 h 30, avec entracte (3 h 15 chaque recueil)

Un recueil : 25 € | 20 € | 14 €

Deux recueils (version intégrale) : 50 € | 40 € | 28 €

Tournées :

  • Wiener Festwochen • Vienne
    www.festwochen.at
    Du 3 au 7 mai 2008
  • Comédie de Saint-Étienne • 7, avenue Émile-Loubet • 42000 Saint‑Étienne
    Réservations : 04 77 25 14 14
    www.comedie-de-saint-etienne.fr
    Du 22 mai au 8 juin 2008