« les Fourberies de Scapin », de Molière, le Lucernaire à Paris

« les Fourberies de Scapin » © Cie de l’Éternel Été

Vogue la joyeuse galère !

Par Bénédicte Fantin
Les Trois Coups

Emmanuel Besnault met en scène une jeunesse amoureuse et farceuse avec la complicité de sa compagnie l’Éternel Été. À grand renfort d’anicroches et de doubles croches, cette version musicale de la comédie de Molière est un condensé de rires et de rythme.

Dès la scène d’exposition, le tempo est donné. Octave apprend par son valet Sylvestre que son père Argante est de retour. Les répliques affolées et répétitives du jeune homme se calent sur les coups de tambour de ses comparses saltimbanques. Les intermèdes musicaux qui ponctuent la pièce sont, à l’image de ce premier dialogue choral, habilement amenés. Un bref rappel de l’intrigue s’impose pour raviver les souvenirs de collège. En l’absence de son père, Octave s’est marié avec Hyacinthe, une jeune fille sans fortune. Dans un même élan de liberté, son ami Léandre a profité du voyage de son père Géronte pour s’éprendre d’une jeune Égyptienne au doux nom de Zerbinette. Paniqué à l’idée de subir les foudres paternelles, et sans ressources, Octave fait appel à Scapin, le valet de Léandre, pour plaider en sa faveur auprès de son père et lui soutirer quelques pistoles. Léandre, de son côté, prie son valet de l’aider à réunir la rançon demandée par les Égyptiens qui retiennent Zerbinette. Tour à tour, médiateur ou metteur en scène, Scapin dégaine toute son artillerie stratégique pour mener à bien ses missions et se venger de fausses accusations à son encontre.

La jeune troupe s’est engouffrée dans le parti pris assumé de la farce et de la commedia dell’arte. Les personnages sont exagérés, les expressions et les gestes grossis, mais tout cela fonctionne – en témoignent les rires francs de la salle – car les comédiens vont jusqu’au bout de leur proposition et restent justes même dans leurs excès. L’interprétation clownesque de la troupe fait la part belle à la comique gestuelle et au travestissement. Par un habile jeu de miroir, Manuel Le Velly campe à la fois Léandre et Argante tandis que Schemci Lauth endosse les rôles d’Octave et Géronte. Les deux acteurs passent de l’inconséquence des amoureux à la rigueur des pères avec un amusement communicatif. Le conflit générationnel n’en est que plus ludique. Manuel Le Velly et Schemci Lauth parviennent à construire des personnages caricaturaux, certes, mais rendus attachants par leur sincérité.

Les acteurs déploient toute l’énergie nécessaire au genre comique. Ils dévalent le plan incliné, chantent, dansent et crient dans un tourbillon de stichomythies. La danse est menée par un Scapin impressionnant de maîtrise. L’intelligence de jeu de Geoffrey Rouge-Carrassat est tout entière au service de la ruse du personnage. Il faut dire que la pièce de Molière ménage un bel espace d’interprétation pour les acteurs : il s’agit de jouer la comédie au cœur même de la comédie, au gré des projets de Scapin qui fait office de chef de troupe.

La mise en scène compte un nombre remarquable de trouvailles. Avec pour tout décor et accessoires un plan incliné, des cordes et des draps, Emmanuel Besnault recrée une esthétique du théâtre de tréteaux qui stimule l’imaginaire des comédiens et des spectateurs. Les objets sont détournés et les espaces suggérés. Le morceau de bravoure du passage à tabac de Géronte est sans aucun doute la plus mémorable de ces trouvailles. Schemci Lauth se retrouve au cœur du public, entièrement recouvert d’une grande toile de jute, comme si tout ce petit monde était dans le même sac, celui de Géronte en l’occurrence.

La pièce de Molière est une ode à la jeunesse, impertinente et fougueuse. L’inventivité et le dynamisme de cette mise en scène des Fourberies de Scapin servent le propos du texte. Les vingt‑cinq printemps du metteur en scène et la fraîcheur des comédiens ne sont sûrement pas étrangers à cette réussite ! 

Bénédicte Fantin


les Fourberies de Scapin, de Molière

Mise en scène : Emmanuel Besnault

Avec : Benoît Gruel, Schemci Lauth, Geoffrey Rouge‑Carrassat, Deniz Turkmen, Manuel Le Velly

Site de la compagnie : www.cie-eternelete.com

Lumières : Cyril Manetta

Musique : Manuel Le Velly

Production : Cie l’Éternel Été

Le Lucernaire • 53, rue Notre‑Dame-des‑Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34

Site du théâtre : www.lucernaire.fr

Métro : Notre‑Dame-des‑Champs

Du 4 janvier au 19 mars 2017, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 18 heures

Durée : 1 h 10

26 € | 21 € | 16 € | 11 €