« Les nuages retournent à la maison », de Laura Forti, Présence Pasteur à Avignon

Plateau théâtre

Forti, Martucci, Colonna, Heynemann : la maison du cœur

Par Vincent Cambier
Les Trois Coups

« Les nuages retournent à la maison », de Laura Forti, est joué pour la première fois en France, dans une traduction assurée par Federica Martucci, l’une des deux interprètes de la pièce. C’est dire l’implication et le risque pris par la Cie Les Trois Temps. Son petit bijou fragile brille dans l’ombre d’une salle à Présence Pasteur.

D’emblée, la situation est tendue et le personnage – la Femme – antipathique. On apprendra plus tard qu’il s’agit d’une prostituée albanaise, recluse dans une chambre d’hôtel. Sans doute immigrée clandestine. Probablement sous la coupe d’un proxénète. Qui garde précieusement ses papiers. En prison sans barreaux, donc.

Entre Christina, femme de chambre. Elle est chargée de faire le ménage et nettoyer…

L’écriture de Laura Forti ne s’embarrasse pas de circonlocutions. Elle appelle un chat un chat et une prostituée une pute. De même, la dimension politique (l’immigration clandestine) de sa pièce ne passe pas par le prêchi-prêcha, mais par une structure dramatique lisible, des personnages bien dessinés, des situations caractérisées et des dialogues immédiatement intelligibles. Efficacité théâtrale garantie. La metteuse en scène Justine Heynemann l’a parfaitement compris, car elle n’ajoute rien au texte, elle se met à son service.

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Federica Martucci compose la Femme avec une très grande justesse et une palette de jeu étendue. Alors que son personnage semble au début monochrome, la comédienne le colore petit à petit par touches légères, de l’améthyste et du fuchsia au lagune, du bistre et du châtaigne au crème, du cendre et de l’anthracite au gris clair, du carmin et du grenat au garance, chaque teinte ourlée par le feu de son interprétation énergique. Grâce à son intelligence pétrie d’humanité, nous finissons par éprouver de la tendresse pour la Femme, personnage a priori « différent », rebutant.

Stéphanie Colonna n’a pas la partition facile. Car, contrairement aux apparences, Christina, la femme de chambre, n’est pas juste « gentille ». Elle est pleine de préjugés sociaux et moraux. Elle vit – seule – dans sa bulle idéaliste, loin des réalités économiques, politiques, mafieuses. Loin d’imaginer qu’un servage sexuel puisse être imposé dans une nation dite « Pays des droits de l’homme ». Stéphanie Colonna, par son interprétation tout en nuances, réussit à nous emmener avec elle dans l’apprentissage de la réalité.

Là où Les nuages retournent à la maison est réussi, c’est qu’on a envie de dire à la prostituée : « Viens chez moi, je te parlerai et je te caresserai doucement, tendrement, jusqu’à ce que je te nettoie l’âme, jusqu’à ce que je te réchauffe le cœur. Jusqu’à ce qu’il soit rouge. Écarlate. ». 

Vincent Cambier


Les nuages retournent à la maison, de Laura Forti

Traduction : Federica Martucci

Parution en novembre 2010 chez Actes Sud-Papiers

Cie Les Trois Temps • chez Fabienne Demeslay • 14, rue Lantiez • 75017 Paris

06 63 24 41 15

Avec la participation de la Cie Soy Création

Et le soutien du Théâtre de l’Espoir-Présence Pasteur

Mise en scène : Justine Heynemann

Avec : Stéphanie Colonna et Federica Martucci

Création lumières : David Laurie

Musique : Teo Paoli

Présence Pasteur • 13, rue du Pont‑Trouca • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 74 18 54

Du 8 au 31 juillet 2010 à 17 h 45

Durée : 1 h 10

12 € | 8 €

À l’occasion de la parution chez Actes Sud-Papiers en novembre 2010, ce spectacle va se jouer au théâtre Les Enfants terribles • 157, rue Pelleport • 75020 Paris

Réservations : 01 46 36 19 66

Dates : mercredi 17, jeudi 18, vendredi 19, samedi 20 et jeudi 25, vendredi 26, samedi 27 novembre 2010 à 20 h 30 et les dimanches 21 novembre et 28 novembre 2010 à 15 h 30