« Symphonie pour une plume », de Benoît Menut, Opéra de Rennes

Symphonie pour une plume © Camille Ceysson Symphonie pour une plume © Camille Ceysson

Un vent léger de fraîche poésie

Par Jean‑François Picaut
Les Trois Coups

En résidence pendant deux ans à l’Orchestre symphonique de Bretagne, le compositeur brestois Benoît Menut nous propose, en création mondiale à l’Opéra de Rennes, une symphonie écrite avec l’enfance pour ligne d’horizon.

La Symphonie pour une plume de Benoît Menut (livret et composition) et Florence Lavaud (livret et mise en scène) s’inspire assez librement d’un texte théâtral, Dilun, fruit d’une résidence d’écriture (2015) de Sandrine Roche, Marc‑Antoine Cyr, Sylvain Levey, Catherine Verlaguet et Philippe Gauthier au Très Tôt Théâtre, scène conventionnée jeune public à Quimper. L’œuvre, née du concept d’ami imaginaire, prend également place dans le travail mené par Benoît Menut, dans le cadre de sa résidence, avec deux classes élémentaires et les conservatoires de Rennes et Quimper. Selon le compositeur, le Grand Prix de la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) pour la musique symphonique, qui vient de lui être attribué dans la catégorie « jeune compositeur », est très lié à ce travail.

Plume (Jérémy Barbier d’Hiver) est un jeune garçon songeur et solitaire. Dans sa chambre, il rêve d’un ami. Ce sera un orchestre symphonique. Ses mots deviennent des notes et les notes des mots. Un rapport étroit s’établit entre l’enfant et son ami fantasmé qui peu à peu va ouvrir le cœur et l’esprit de Plume, désormais prêt à toutes les aventures.

Au lever du rideau, Plume dort à même le plancher de sa chambre. Bientôt, il s’éveille, s’étire et se met à jouer avec des sortes de Lego ® dont chaque module permet d’exécuter une note de xylophone. Un percussionniste (Huggo Le Hénan) est installé à l’avant-scène côté jardin. Avec son glockenspiel, il répond aux notes de l’enfant. Puis la batterie se déchaîne, les musiciens de l’orchestre commencent à s’introduire pupitre par pupitre. Quand le chef (Aurélien Azan Zielinski) est entré à son tour, le voyage dans l’imaginaire peut débuter.

« Le chant des invisibles »

Symphonie pour une plume, avec son mélange intime du texte et de la musique, s’inscrit au cœur même du travail de Benoît Menut, fondé sur l’interaction entre littérature et création musicale. Sa rencontre avec Florence Lavaud qui explore les rapports entre l’image, le son, la musique et le geste l’a amené à l’approfondissement de sa démarche personnelle.

Le projet pédagogique s’efface ou mieux se fond dans cet amalgame où le texte, la musique, le jeu dramaturgique et chorégraphique, le recours à l’image fixe ou animée ne font plus qu’un. Il est bien présent pourtant et, dans ce voyage initiatique, l’enfant découvre le son, le rôle des différents instruments, celui du chef aussi au cours de cet épisode assez drôle où Plume pense pouvoir diriger l’orchestre. Et quand l’enfant, naturellement enclin à tester les limites, regimbe, le chef saura le persuader de prêter l’oreille au « chant des invisibles ». Alors, peu à peu, Plume entreprend de se mettre en marche. Il accepte d’ouvrir les portes, et les musiciens, certains ont consenti à entrer dans le jeu théâtral, l’accompagnent dans son cheminement vers l’aventure.

La présence du comédien facilite l’accès au monde de la symphonie, rendu plus aisé par le fil discursif et narratif qui semble porter l’œuvre. Il le modifie aussi, car l’attention doit se partager entre deux types d’écoute, l’une qui s’adresse plus à l’intellect et l’autre qui sollicite davantage les sens et la sensibilité.

Il faut féliciter Benoît Menut et Florence Lavaud d’avoir su trouver un juste et délicat équilibre entre les deux approches. La ductilité de l’Orchestre symphonique de Bretagne, qui s’affirme de saison en saison, les y a bien aidés ainsi que la direction nuancée d’Aurélien Azan Zielinski.

Hugo Le Hénan et ses percussions originales touchent aisément les enfants, naturellement plus sensibles aux rythmes, et son interaction avec le comédien leur est une autre passerelle commode.

Jérémy Barbier est un remarquable interprète de Plume. Comédien, danseur, musicien aussi lorsqu’il chante, il est celui à qui le jeune public s’identifie immédiatement et donc un passeur extraordinaire.

Symphonie pour une plume est une œuvre accessible aux enfants, sans doute plutôt à partir de sept ou huit ans du fait de sa longueur, mais sa portée dépasse de loin le public juvénile. La poésie légère qui s’en dégage fait souffler un vent frais de jeunesse dans le monde de la musique symphonique. 

Jean-François Picaut


Symphonie pour une plume, de Benoît Menut

D’après Dilun de Sandrine Roche, Marc‑Antoine Cyr, Sylvain Levey, Catherine Verlaguet et Philippe Gauthier

Composition et livret : Benoît Menut

Mise en scène et livret : Florence Lavaud

Direction musicale : Aurélien Azan Zielinski

Avec : Jérémy Barbier d’Hiver (comédien), Huggo Le Hénan (percussionniste) et l’Orchestre symphonique de Bretagne

Photo : © Camille Ceysson

Opéra de Rennes • place de l’Hôtel-de‑Ville • B.P. 3126 • 35031 Rennes cedex

http://www.opera-rennes.fr/

Téléphone : 02 23 62 28 28

Jeudi 8 décembre 2016 à 19 h 30

Dimanche 11 décembre 2016 à 17 heures, au Théâtre de Cornouaille (Quimper)

15 € | 5 €