Des femmes puissantes
Laura Plas
Les Trois Coups
Femmes pirates et punks en lutte pour le droit à avorter dans « The Aborrtion ship », copines féministes au miroir de « Thelma et Louise », dans « Thelma, Louise et nous » : voici deux propositions accomplies pour découvrir des femmes puissantes et du théâtre énergisant. Empowerment assuré !
« Thelma, Louise et nous » : les copines d’abord !
Option A : comme moi, vous n’avez jamais vu Thelma et Louise. Pas de problème, la pièce est une invitation à découvrir le film. Option B : à l’instar d’Anna et Cyrielle, les protagonistes du spectacle et ses comédiennes, vous avez pleuré à la fin du drame de Ridley Scott : c’est un de vos opus culte. Allez-voir Thelma, Louise et nous ! La pièce n’est pas une adaptation théâtrale (ouf !), mais ravivera dans sa belle séquence d’ouverture une foule de souvenirs et vous fera comprendre pourquoi l’œuvre ne vous est jamais sortie de la tête (du cœur ?).
Sans divulgacher, en voici le pitch : Anna et Cyrielle sortent bouleversées par le destin tragique des héroïnes de Callie Khoury. Elles décident de les imiter et de partir en road-trip jusqu’au Colorado français, le Roussillon ! Leur périple est entrecoupé de situations et surtout de questionnements qui montrent l’actualité du film. Quelques exemples : faut-il user de violence contre la violence ? Doit-on estimer les femmes complices des horreurs qui leur arrivent ? C’est quoi, c’est comment la sororité ? Qu’est-ce qu’on fait pour faire front contre les mains baladeuses, les viols, le masculinisme ?
À tombeau ouvert
Vaste programme, mais que l’on savoure avec le même délice qu’un cornet de pop corn lors d’une bonne séance. Dans un montage cut et très habile, on va, en effet, de la fiction cinématographique à la « réalité » du voyage de 2026. Pas de temps mort, mais des pulsations musicales, variables dans leur pertinence d’ailleurs. Ajoutons qu’Anna et Cyrielle n’appartiennent pas au même féminisme (eh oui, c’est une constellation !) et qu’entre elles, ça fight bien : ingrédient supplémentaire du rythme. Mais, si elles n’adoptent pas exactement les mêmes points de vue, les deux femmes rient, partagent, pardonnent, sont solidaires, elles se battent l’une pour l’autre : c’est ça l’amitié.


« Thelma, Louise et nous » © Julie Cherki
Et quel plaisir de voir cette énergie, cette réflexivité, cette combattivité qu’on dénie souvent aux femmes. Les actrices incarnent dans leurs corps et leurs manières de bouger ces nouvelles Eve qui sont prêtes à converger pour éviter que des sales types ne les boutent hors du paradis. Elles sautent d’un rôle à l’autre avec aisance, nous faisant rencontrer moult hommes toxiques (ou pas) et présentent un beau travail de duettistes. La mise en scène est d’ailleurs globalement pleine de trouvailles, comme la scénographie. Femmes, vie, amitié !
« The Aborrrtion Ship » : « Je suis assez intense, moi »
Féminisme côté punk, côté caféine et clope : c’est The Aborrrtion ship. La pièce nous embarque en effet, à l’hôpital public. Il faut s’accrocher. Mer houleuse, jamais de répit. Nous sommes aux côtés d’une gynécologue submergée, engagée, éruptive. Ça commence avec un rythme effréné qu’on ne quittera pas, sortant des 55 très courtes minutes du spectacle ébouriffé·e·s et pourtant requinqué·e·s.
Juliette Wind compose sa mise en scène comme un disque des Riots Grrrs (d’où les trois « r » du titre), pas seulement dans sa bande son, mais dans ses ruptures. Sa direction d’actrice permet de faire surgir dans le seule en scène une foule d’interlocuteurices de la protagoniste : patientes angoissées, collègues croisé·e·s dans un couloir. La toute petite salle du Train Bleu bruit ainsi de vies.

« The Aborrrtion ship » © Noé Mercklé
La galerie s’enrichit encore d’invitées imaginaires : une immonde adversaire au droit de choisir l’avortement (jouée avec talent et dentier par une Juliette Fribourg désopilante), mais aussi une militante du Mouvement pour La Liberté de l’Avortement et de la Contraception (dont on entend aussi la vraie voix), et Rebecca Gomperts, évoquée grâce à la vidéo.
Par sa portée documentaire, la pièce nous apprend donc beaucoup de l’histoire des luttes. De plus, elle nous rappelle que le combat n’est pas fini, que rien n’est définitivement acquis (et surtout pas les droits des femmes) et que si « l’État se passe de nos droits, alors on se passera de l’État »… et de ses lois. Un shoot d’énergie associé à un texte intelligent et à une interprétation réussie : à mettre dans son programme du Off, donc … et dans celui de l’Éducation à la Vie Affective et Sexuelle !
Laura Plas
Thelma, Louise et nous, Cie Le Bleu d’Armand
Site de la compagnie
Mise en scène : Nicolas Bonneau, Nolwenn le Doth, Anna Pabst
Avec : Anna Pabst, Cyrielle Voguet
Théâtre des Halles • 87000 Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026 (sauf les 8, 15 et 22) • 11 heures • 1 h 20 • Dès 12 ans
Réservations : en ligne ou 04 32 76 24 51
Dans le cadre du Festival Off Avignon, 60e édition du 4 au 25 juillet 2026
The Aborrrtion Ship, Cie Stadios
Site de la compagnie
Mise en scène : Mathilde Wind
Avec : Juliette Fribourg
Ttb Théâtre du Train Bleu • 87000 Avignon
Du 4 au 23 juillet 2026 (sauf les 10 et 17) • 19 h 05 • 55 minutes • Dès 12 ans
Réservations : en ligne
Dans le cadre du Festival Off Avignon, 60e édition du 4 au 25 juillet 2026
Tournée ici :
• Les 12 et 13 octobre, le TU, à Nantes (44)
• Le 16 novembre, Université de Rouen (76)
Photo de une : « Thelma, Louise et nous » © Julie Cherki


