Une sélection au 73e Festival d’Avignon et dans le Off

« Papa, maman, Staline et moi » © Nadya Pyastolova « Papa, maman, Staline et moi » © Nadya Pyastolova

In et Off, un weekend à Avignon

Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups 

In et Off, un parcours subjectif et sélectif de spectacles vus à Avignon.

Tout a commencé par Architecture de Pascal Rambert, dans la cour d’honneur du Palais des papes. Pour être plus précis, sous sa forêt de gradins chauffés à blanc, dans la queue des spectateurs ayant commandé les lunettes permettant de lire les surtitres de la pièce, en anglais. « Il y fait chaud comme dans un four », aurait raillé Tristan Bernard. Le fait est que la pièce s’éternise et que beaucoup s’éclipsent à l’entracte. Pascal Rambert adorant les acteurs, chacun d’eux a eu droit à son monologue et comme ils sont dix…

Papa, maman, Staline et moi

Finalement, le « visio-guide » ne fonctionnera pas : mon amie anglaise y verra, ahurie, le texte apparaître en français, avant que le décodeur cesse d’émettre. Deux jours plus tard, au théâtre du Chien qui fume, le surtitrage artisanal de Papa, maman, Staline et moi de Mark Rozovsky fera mieux avec un simple déroulant. La troupe moscovite extraordinaire du Théâtre de la Porte Nikitsky y présente en russe son spectacle coup de poing avec, en narquois contrepoint, les films idylliques de la propagande soviétique projetés sur un simple drap.

Procédé et propos peuvent sembler rebattus. Ils n’en révèlent pas moins l’inquiétude très réelle des Russes d’aujourd’hui que de telles horreurs se reproduisent. Un couple de braves gens brisé, broyé, anéanti par une police elle-même victime de la sidération collective. Coup de chapeau à Natalia Baronina (la mère) et à Valery Sheyman (le père), tous deux bouleversants. « Pour survivre, il fallait cesser d’être un homme, se transformer en microbe, en dernier des poux… » rappelle, à la fin de la pièce, le fantôme du père, moins en conclusion qu’en avertissement.

Reconstitution empaillée

Pour rester dans la note rétro, passons sans nous attarder sur Le Roi nu d’Evgueni Schwarz, intégralement vidé de son sens par les Baladins du Miroir (leur Tristan et Yseult était emballant). Et tâchons de ne pas bâiller à l’adaptation mollassonne du beau roman d’Irène Némirovsky, Suite française, au Théâtre du Balcon. Difficile de croire, en effet, à la passion de Lucile Angellier, épouse cloîtrée dans son devoir, pour Bruno Von Falk, le troublant officier de la Wehrmacht, tant leurs interprètes semblent s’étioler dans cette reconstitution empaillée.

Cache-cache avec Thanatos

Nettement plus convaincant est le Pelléas et Mélisande de Maeterlinck mis en scène par Julie Duclos à la FabricA. Trina Mounier en ayant relevé les faiblesses (ici), tâchons de dire ce qui nous a plu. D’abord le choix de Julie Duclos de présenter l’œuvre sous son angle métaphysique. Dès la première image, on sait que Golaud est « perdu », selon ses propres termes. Ce n’est pas le chasseur mais le gibier d’Éros, qui désormais va jouer à cache-cache avec Thanatos.

On peut certes déplorer le manque de chaleur de Pelléas et de Mélisande, pas leur courage face aux menaces que l’ingénieux dispositif scénique d’Hélène Jourdan fait planer sur eux. Ils avancent, eux aussi perdus dans ce gigantesque livre d’images troubles, brutales et étouffantes. On gardera longtemps en mémoire ces étranges tableaux immobiles à la Edward Hopper, où errent les Golaud père et fils, en un mot le climat délétère dans lequel baigne ce Tristan et Yseult de fin du monde.

La beauté de certaines scènes coupe le souffle, comme celle du souterrain que Golaud éclaire de sa seule torche, celle où le même Golaud fait subir à l’enfant son interrogatoire de Malade imaginaire. À y mieux réfléchir, c’est peut-être lui le vrai martyr de cette relecture. Du moins, Vincent Dissez lui prête-il une folie qui n’a rien de vieillot. 

Olivier Pansieri


Architecture, de Pascal Rambert

Mise en scène : Pascal Rambert

Durée : 3 h 40 avec entracte

Cour d’honneur du Palais des papes

Du 4 au 13 juillet 2019 à 21 h 30

 

Papa, maman, Staline et moi, de Mark Rosovsky

Mise en scène : Mark Rosovsky

Durée : 1 h 10

Théâtre du Chien qui fume

Du 5 au 28 juillet 2019 à 14 heures

 

Le Roi nu, d’Evguéni Schwartz

Mise en scène : Guy Theunissen

Durée : 1 h 50 avec entracte

Îlot Chapiteau

Du 6 au 21 juillet 2019 à 17 heures

 

Suite française, d’Irène Némirovsky

Mise en scène : Virginie Lemoine

Durée : 1 h 20

Théâtre du Balcon

Du 5 au 28 juillet 2019

 

Pelléas et Mélisande, de Maurice Maeterlinck

Mise en scène : Julie Duclos

Durée 1 h 50

La FabricA

Du 5 au 10 juillet 2019