« Alimentation générale », de Denis Baronnet et Ronan Yvon, Théâtre des Béliers‐Parisiens à Paris

Mortel

Par Élisabeth Hennebert
Les Trois Coups

Porter à la scène une parodie de film de zombies : l’idée est originale mais la réalisation, poussive.

alimentation-generale-300Ne nous voilons pas la face : plus personne, de nos jours, n’ose déconseiller un spectacle aux moins de 16 ans. Lisant cette précision sur les annonces, je m’attendais à des effets spéciaux suffisamment techniques pour plonger le spectateur dans un film d’horreur en 3D, version live. J’avais même vaguement la trouille. Las. Celui qui a éconduit les collégiens de la salle n’a probablement pas rencontré un préado depuis longtemps.

À la rigueur, un enfant de Marie de 1930 ayant Cœurs vaillants pour toute lecture eût frissonné à la vue du sang frais dont la production n’a pas été économe. Mais comment peut‑on espérer terroriser, avec trois giclettes d’hémoglobine et des masques en latex, des mouflets qui ont grandi devant des consoles de jeux ultraviolents et dans les wagonnets de tous les parcs d’attractions que compte la loisirosphère ? Même pas peur, donc.

On dira que je cherche la petite bête et que les artistes ne prétendent pas offrir un vrai show à gros budget, mais plutôt un petit format parodique, mieux même : « philosophique, drôle, politique », comme le déclare carrément le flyer. Ah bon ? C’est cela le conte voltairien moderne, la fable politique et drôle de nos jours ? Pour être effrayant, voilà qui est effrayant !

Le prétexte n’est pas mauvais

Trois survivants au massacre généralisé de la population parisienne, voire mondiale (toujours ce terrifiant parisianisme qui consiste à croire que l’univers est réductible au triangle Botzaris-Saint‑Ouen-Montmartre), se réfugient dans la cave de « Chez Driss, alimentation générale » pour échapper aux morts-vivants qui règnent en maîtres sur la ville et ses faubourgs. Le prétexte n’est pas mauvais, à ce qui ambitionne d’être une vaste remise en question de la société de consommation et du scientisme débridé.

Mais il eût fallu aller beaucoup plus loin dans la caricature. Tourner le dos à la prétention de faire vraiment peur en cherchant à faire franchement rire : le ridicule des films à grand spectacle avec leurs gadgets de synthèse et leurs clichés sur le monstrueux est un formidable sujet qui a juste été manqué. Quant à fustiger le consumérisme en se contentant d’énumérer par le menu l’inventaire d’un fonds de commerce de quartier (des Kinder Bueno aux plats cuisinés surgelés), c’est vraiment très limité. Et ne parlons pas de la caricature de savante folle en bas résille et blouse blanche maculée de rouge : sorte de Cruella mâtinée de Maîtresse Domina à laquelle on ne croit pas une minute.

D’ailleurs, tous les interprètes se débattent avec l’inanité du scénario en surjouant ou en sous-jouant à qui mieux mieux. De la flaque de sang, on tombe dans la mare aux canards. ça sonne faux, ça chante casserole, ça met du Peer Gynt pour faire intello alors que du Michael Jackson eût bien mieux convenu (Thriller bien sûr : clip d’horreur d’anthologie… sans parler de l’horreur visuelle des blousons à épaules larges des années 1980). Une comédienne se détache du lot, Ariane Mourier, la seule à chanter juste au milieu de la cacophonie, dans son numéro de cadre supérieure très drôle avec son tailleur chic, son scooter de femme pressée et sa cuisse à moitié bouffée par un zombie. Ce sont les cinq minutes pendant lesquelles je n’ai pas somnolé. Sinon le son est réglé un poil trop fort pour permettre un sommeil réparateur. 

Élisabeth Hennebert


Alimentation générale, de Denis Baronnet et Ronan Yvon

Mise en scène : Frédéric Thibault, assisté de Pénélope Lucbert

Avec : Philippe Bérodot, Ariane Brousse, Martin Darondeau, Nathalie Mann, Ariane Mourier, Ghita Serraj

Son : Arthur Gauvin

Lumières : Denis Koransky

Costumes : Cécile Magnan

Vidéos : Fabien Peborde

Scénographie : Sarah Bazennerye

Effets spéciaux : Valérie Lesort et Laurent Huet

Théâtre des Béliers-Parisiens • 14 bis, rue Sainte‑Isaure • 75018 Paris

Réservations : 01 42 62 35 00

www.theatredesbeliersparisiens.com

Métro : Jules‑Joffrin (ligne 12)

Du mardi au samedi à 21 heures, le dimanche à 17 heures

Tarifs : 32 €, 18 € et 10 €

Durée : 1 h 30