« Au temps des croisades », opéra bouffe de Claude Terrasse, livret de Franc‑Nohain, l’Athénée ‑ Théâtre Louis‑Jouvet à Paris

Au temps des croisades © Élisabeth de Sauverzac Au temps des croisades © Élisabeth de Sauverzac

Heaume sweet heaume

Par Victorien Robert
Les Trois Coups

Oyez ! Oyez ! Damoiselles et damoiseaux de toutes les contrées, sachez que l’Athénée – Théâtre Louis‑Jouvet reçoit actuellement un grand évènement riche en surprises. Au programme : concours de vocalises burlesques, chasse au faucon empaillé, tournoi d’oliphant bouché, créations capillaires originales et dégustation de la Palestine, « la boisson qui vous donne bonne mine ». Bref, de quoi vous sentir bien dans vos chausses !

Franchement, il serait dommage d’approfondir plus avant la portée de ce spectacle. Ce serait dénaturer ce qu’est un opéra bouffe, selon le terme créé par Offenbach, c’est-à-dire une opérette traitant d’un sujet purement comique, sans excès de sentimentalisme. Pour preuve de cela, l’intrigue d’Au temps des croisades se veut résolument bouffonne et portée sur « la chose » : Dame Bertrade, jeune châtelaine délaissée par un mari parti en croisade depuis trois ans – qui plus est, avec la clé de la ceinture de chasteté –, commence à trouver le temps long. Tout comme ses deux chambrières qui, avant de se marier, doivent être dépucelées par le seigneur. Il faut trouver une solution ! Créé en 1901 par Claude Terrasse et Franc-Nohain, le spectacle est d’abord censuré avant de réapparaître quelques années plus tard sous un autre titre.

Une rencontre explosive

La richesse de cette nouvelle mise en scène tient, au-delà de la qualité du texte, à la rencontre explosive et inattendue de deux compagnies. Les Brigands montent depuis plusieurs années les opérettes d’Offenbach, de Simons ou Lattès, et ont fait appel, pour l’occasion, à la compagnie 26 000 couverts, spécialisée dans le théâtre de rue et les créations débordant des cadres conventionnels. Le résultat est tout à fait réussi, puisque chacun est parvenu à apporter ses propres qualités et, outre la grande compétence musicale et lyrique des vingt protagonistes, le spectateur est sans cesse surpris par la multiplication des accidents et des imprévus. C’est le cas notamment de ce vrai-faux entracte, qui apporte une respiration supplémentaire au spectacle.

En fait, ce qui frappe après coup, c’est l’autodérision avec laquelle l’ensemble de la pièce est interprété, qui n’est pas sans rappeler les sketches des Monty Python. Ça sent le plaisir à plein nez, et c’est extrêmement agréable de voir tout ce beau monde s’amuser sur scène. Saluons ici la très belle interprétation de Charlotte Saliou, qui joue la jeune châtelaine, et qui a de vrais airs de Jacqueline Maillan : du caractère, un sens comique inné et une aisance incroyable sur scène. Très bien entourée par le reste des comédiens, elle centralise tout de même une grande partie de l’attention du public.

Il est difficile de conclure cet article avec l’impression un peu frustrante de ne pas être allé au bout des choses. Mais c’est sans doute notre bonne vieille habitude d’intellectualiser tout ce qui nous passe sous la main qui veut ça. Au temps des croisades est un spectacle anachronique, presque surréaliste, qui évoque avant tout un moment de pur divertissement, sans excès d’artifices. Il n’est pas non plus symbolique à outrance, qui voudrait que l’on allât chercher une raison aux choses. Les deux compagnies s’en remettent au texte, au jeu, à la musique et à l’idée que tout peut arriver, même sur une scène de théâtre. Après avoir constaté la réussite de cette entreprise, on ne peut dire qu’une chose : « La France va bien, mesdames et messieurs ! La France va bien ! ». 

Victorien Robert


Au temps des croisades, opéra bouffe de Claude Terrasse, livret de Franc‑Nohain

Cie Les Brigands • 9, rue Lesage • 75020 Paris

01 42 49 05 19

www.lesbrigands.fr

contact@lesbrigands.fr

Cie 26 000 couverts • 17, rue du 26e-Dragons • 21000 Dijon

03 80 50 03 36

www.26000couverts.org

blabla@26000couverts.org

Mise en scène : Philippe Nicolle

Assistante à la mise en scène : Sophie Douhaire

Direction musicale : Christophe Grapperon

Avec : Christophe Arnulf, Gilles Bugeaud, Olivier Dureuil, Anne‑Lise Faucon, Emmanuelle Goizé, Olivier Hernandez, Flannan Obé, Charlotte Saliou, Valérie Véril, Jacques Ville

Scénographie : Sophie Deck

Costumes : Élisabeth de Sauverzac

Lumières et scénographie : Hervé Dilé

Chef de chant : Nicolas Ducloux

Photo : © Élisabeth de Sauverzac

L’Athénée – Théâtre Louis‑Jouvet • square de l’Opéra – Louis-Jouvet – 7, rue Boudreau • 75009 Paris

Réservations : 01 53 05 19 19

Du 17 décembre 2009 au 3 janvier 2010 : les 17, 18, 19, 23, 26, 30, 31 décembre 2009 et le 2 janvier 2010 à 20 heures, les 22 et 29 décembre 2009 à 19 heures, les 20 et 27 décembre 2009 et le 3 janvier 2010 à 16 heures

Relâche les 24 et 25 décembre 2009 et le 1er janvier 2010

Durée : 1 h 55

40 € | 28 € | 22 € | 18 € | 14 €