« Beaucoup de bruit pour rien », de William Shakespeare, Théâtre 71 à Malakoff

Beaucoup-de-Bruit-pour-rien-Maïa-Sandoz-Paul-Moulin © Kenza Vannoni © Kenza Vannoni

Que la fête (re)commence ! 

Par Bénédicte Fantin
Les Trois Coups

Maïa Sandoz et Paul Moulin signent une mise en scène festive et musicale de la comédie de Shakespeare, dont le lancement avait été freiné par la pandémie. Le retour au plateau n’en est que plus jouissif pour la compagnie de l’Argument. La pièce fait la part belle au jeu collectif et à la joute verbale rendant ainsi un joyeux hommage à la verve shakespearienne.

Le prince Don Pedro et ses hommes rentrent victorieux de la guerre. Leur triomphe est célébré chez Léonato dont la fille, Héro, tombe sous le charme de Claudio. Le mariage des deux jeunes gens est rapidement annoncé. De son côté, le frère bâtard de Don Pedro, le fourbe et mélancolique Jean, fait croire à Claudio qu’Héro lui est infidèle. En parallèle, les autres invités de la fête tendent un piège à leurs amis, Béatrice et Bénédict, qui se querellent depuis toujours, afin qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre. L’histoire de ce couple, qui résiste farouchement à l’amour mais qui succombe à la première occasion, vient gaiement contrebalancer la noirceur de l’intrigue principale. Les complots s’entrecroisent et s’intensifient pour finir par être révélés.

Beaucoup-de-Bruit-pour-rien-Maïa-Sandoz-Paul-Moulin © Kenza Vannoni
© Kenza Vannoni

Dans Beaucoup de bruit pour rien, on retrouve le thème de l’illusion, cher à cette compagnie. En effet, les mises en scène orchestrées par les personnages au sein de la pièce font écho à la représentation qui se joue sous nos yeux, offrant de savoureuses mises en abyme. Plus qu’un thème, l’illusion structure la représentation. Dès l’entrée du public, le pacte fictionnel est scellé : le personnage de Léonato (l’histrionique Gilles Nicolas) s’assure que tous les spectateurs soient bien installés et les comédiens fin prêts avant de lancer le banquet inaugural. Ici, le jeu est assumé et le public considéré comme une pièce essentielle des festivités. Les fréquentes adresses aux spectateurs sont autant d’occasions de broder autour du matériau shakespearien et d’y réinjecter du présent…jusqu’à s’apparenter à du stand-up lors d’un morceau de bravoure comique du comédien et metteur en scène Paul Moulin.

Une comédie au rythme implacable

La mise en scène multiplie les ressorts comiques à l’efficacité redoutable. Pastiches, punchlines et composition de personnages hauts en couleur provoquent l’hilarité du public, et notamment des scolaires, présents en nombre ce soir-là. Mention spéciale à Mélissa Zehner qui remporte un franc succès avec son personnage de coach au jargon ultra anglicisé.

La joie communicative de la troupe est relevée par l’omniprésence de la musique au plateau. Tantôt guitaristes ou choristes, les neuf comédiens ponctuent les mésaventures des personnages par des interprétations musicales décalées. La création sonore de Christophe Danvin apporte ainsi dynamisme et humour aux transitions, tout en ménageant de belles respirations. Bref, le rythme est maîtrisé à la perfection pour embarquer le public dans une aventure conviviale et généreuse.

À noter que certaines représentations sont enrichies de la présence de deux interprètes en LSF. Une démarche à l’image de cette superbe troupe qui propose un théâtre accessible et fédérateur. 

Bénédicte Fantin


Beaucoup de bruit pour rien, de William Shakespeare

Mise en scène : Maïa Sandoz et Paul Moulin

Avec : Serge Biavan, Maxime Coggio, Christophe Danvin, Mathilde-Édith Mennetrier ou Elsa Verdon (rôle de Borachio), Gilles Nicolas, Paul Moulin, Soulaymane Rkiba, Aurélie Vérillon et Mélissa Zehner,

Comédien.ne.s L.S.F. : Lucie Lataste et Patrick Gache

Traduction et adaptation : Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz et Paolo Sandoz

Assistante mise en scène : Clémence Barbier

Création lumière : Bruno Brinas

Création sonore et musicale : Christophe Danvin

Mise en espace sonore : Jean-François Domingues et Samuel Mazzoti

Coach vocal : Sinan Bertrand

Scénographie et costumes : Catherine Cosme

Collaboration chorégraphique : Gilles Nicolas, assisté de Stan Weiszer

Collaboration artistique : Guillaume Moitessier

Régie générale : David Ferré

Régie plateau : Paolo Sandoz

Durée : 1 h 50

Tournée

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