« Blanche‑Neige », des frères Grimm, l’Apostrophe à Pontoise

Blanche-Neige © La Nouvelle Compagnie Blanche-Neige © La Nouvelle Compagnie

« Blanche‑Neige », conte des temps modernes

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Avec cette vision envoûtante du célèbre conte, Nicolas Liautard célèbre l’image et la poésie. Une version décapée et passionnante, nommée aux molières 2010 dans la catégorie « Spectacle jeune public », fait rarissime pour une compagnie non spécialisée dans ce genre de créations.

Pourquoi monter ce célébrissime conte des frères Grimm ? Justement parce que les rapports de force qui lient enfants et parents restent d’actualité. Universels problèmes relationnels. Avec la prolifération des familles recomposées, la marâtre a de plus en plus son rôle à jouer. Alors, sans doute, cette version résonnera-t-elle auprès de bambins concernés par la cruauté d’une belle-mère qui leur empoisonne la vie.

Pas sûr, pourtant, qu’elle soit entendue par le plus grand nombre. D’ailleurs, le metteur en scène le dit lui-même : « Je fais ce Blanche-Neige pour toutes les petites filles qui sont, un jour, l’objet de jalousie de leur mère. Pour toutes les mères qui, un jour, ont laissé échapper un geste, une parole de cruauté à l’égard de leur petite fille. Mais, plus encore, pour consoler toutes les mères qui comprennent que, un jour, les jeunes filles deviennent mères à leur tour, mais que, jamais, les mères ne redeviennent de jeunes filles ». À en croire la moue dubitative des enfants croisés à cette représentation, la plupart étaient bien déconcertés. Ici, la médiation culturelle se justifie pour préparer le jeune spectateur qui risquerait de passer à côté d’une œuvre passionnante. En revanche, les parents sont sous le charme.

Le cauchemar prend forme peu à peu

Nicolas Liautard propose effectivement une adaptation intéressante, une vision décapée, un univers. On pense à l’esthétique de Romeo Castellucci ou de Joël Pommerat pour l’étrangeté qui se dégage. Ici, la réécriture est visuelle. Les dialogues, que tout le monde connaît, s’effacent devant de sublimes images nimbées de blanc. L’histoire se raconte d’elle-même en impressions, comme un rêve muet.

La scénographie de Damien Caille‑Perret est particulièrement inspirée. Au-delà de l’angoisse suscitée par la musique et des images fortes, c’est donc toute une fantasmagorie qui se déploie : le miroir magique, la pomme, bien sûr, le cercueil de verre, le Prince à cheval, la maison des Sept Nains. Ainsi, s’ouvrent grandes les portes du symbolique, du fantastique et du poétique.

La Nouvelle Compagnie a su trouver la grammaire des images, des sons, des corps pour titiller cette mémoire profonde d’un Blanche-Neige à la fois collectif et intime. Les tableaux vivants se succèdent dans de savants jeux de lumière où la transparence crée une féerie intemporelle. Les anachronismes sont drôles, comme ce miniaspirateur qui remplace le vieux balai de Blanche-Neige, ou même les nains, de drôles de marionnettes électroniques. Les animaux apportent aussi un contrepoint réaliste très juste.

Hormis la lenteur, que les enfants doivent apprendre à associer, non pas à l’ennui mais à l’éveil de l’imaginaire, cette version revisitée a donc tout du conte moderne : des personnages désincarnés, des fantômes en quelque sorte ; un précipité d’actions ; l’effroi qui nous saisit ; des perceptions qui nous habitent longtemps après la fin de la représentation. Comme un rêve, en somme. 

Léna Martinelli


Blanche-Neige, des frères Grimm

La Nouvelle Compagnie

www.lanouvellecompagnie.fr

http://www.youtube.com/watch?v=Uq8MfG_ghJM

Mise en scène et scénographie : Nicolas Liautard

Avec : Pauline Acquart, Julien Campani, Jürg Häring, Marion Suzanne

Collaboration à la scénographie, constructions, vidéo, marionnettes : Damien Caille‑Perret

Lumières : Bruno Rudtmann

Musique : Jacques Cassard

Dresseurs : Georges Poirier, Philippe Hertel

Costumes : Séverine Thiébault

Régie plateau : Jürg Häring

Photo : © La Nouvelle Compagnie

L’Apostrophe-Théâtre des Louvrais, scène nationale Cergy-Pontoise et Val-d’Oise • place de la Paix • 95000 Pontoise

Réservations : 01 34 20 14 14

Du 12 au 15 octobre 2011, mercredi à 14 h 30, jeudi à 10 heures et 14 h 30, vendredi à 20 h 30, samedi à 17 heures

Durée : 55 min

13 € | 10 €

À partir de 8 ans

Tournée :

  • Les 17 et 18 novembre 2011, Théâtre de Chelles (77), réservation au 01 64 210 210
  • Les 24 et 25 novembre 2011, Théâtre du Parc à Andrézieux-Bouthéon (42), réservation au 04 77 55 03 42
  • Du 4 au 6 décembre 2011, Hangar 23 à Rouen (76), réservation au 02 32 76 23 23
  • Les 15 et 16 décembre 2011, L’Onde à Vélizy-Villacoublay (78), réservation au 01 34 58 03 35
  • Le 21 décembre 2011, Carré Léon-Gaumont à Sainte-Maxime (83), réservation au 04 94 56 77 77
  • Les 15 et 16 février 2012, Théâtre de Cachan-Jacques-Carat (94), réservation au 01 45 47 72 41

Diffusion sur Arte le 25 décembre 2011 à 14 h 30 (film de Florent Trochel)