« Carla ou Dell’amore », de Carla Bianchi, Flaq à Paris

Carla ou Dell’amore © Rachele Cassetta Carla ou Dell’amore © Rachele Cassetta

Une belle énergie !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Carla Bianchi, auteur et comédienne, nous propose un spectacle sympathique qui ne demande qu’à être affiné pour en extraire le meilleur.

Carla Bianchi vient du théâtre et de la télévision italiens. Elle a joué entre autres dans la pièce Sonno de Jon Fosse (mise en scène de Valerio Binasco), le film La vita è breve ma la giornata è lunghissima (réalisé par Lucio Pellegrini et Gianni Zanasi) et pour la télévision i Liceali (réalisé par Lucio Pellegrini). En 2009, elle a l’occasion d’interpréter Marie Mancini dans une coproduction franco-italienne, la Reine et le Cardinal, avec Philippe Torreton et Alessandra Martines. En 2013, elle quitte sa Rome natale pour Paris. Toutefois, pas question pour elle « de faire l’Italienne de service ». Elle a d’autres ambitions, dont celle de devenir une actrice de cinéma, sa véritable passion, et au-delà, de gagner un oscar.

Dans Carla ou Dell’amore, roman écrit dans sa langue maternelle et adapté pour la scène, la comédienne nous raconte son installation à Paris « sans aucune pudeur car tout est vrai ». Ses mésaventures « qui devenaient poétiques simplement parce que ça se passait en français », toutes les démarches pour dénicher un appartement (« Quoi ! Il faut un garant ! »), un travail (elle sera nounou sans vraiment l’avoir décidé) et comment elle a dû trouver sa propre place « dans ce monde parisien assez bizarre » dont elle ne comprenait pas les codes. Jusqu’à devenir aujourd’hui « une Parisienne de combat qui est capable de courir en talons pour attraper un métro même s’il y en a un autre juste après ».

Ce tournant vers la comédie est un véritable changement pour cette artiste plutôt cataloguée « dramatique » en Italie. D’ailleurs, elle se pose elle-même la question : « Serais-je aussi drôle en italien ? ». Jouer en français lui a déclenché cette envie de faire rire les gens qui est « comme une nouvelle peau », dans laquelle elle se permet de dire ou faire des choses qu’elle ne ferait pas autrement. « Je n’aurais jamais osé expérimenter ce seule en scène si je ne l’avais pas traduit en français. Cela m’a donné une vraie liberté. »

Les Français se laissent moins aller

Carla Bianchi m’a tout de suite prévenue lorsque je suis venue l’interviewer juste avant la représentation : « Ce que vous allez voir ce soir, c’est un spectacle un peu hybride dans lequel je teste des choses pour voir ce qui fait rire les gens. Selon les nationalités, le public ne rit pas aux mêmes moments. Les Français se laissent moins aller. Ce spectacle me permet de creuser tout ça pour pouvoir le faire évoluer. ». En effet, bien qu’énergique et drôle, Carla ou Dell’amore manque un peu d’efficacité. Les enchaînements des différents tableaux sont quelquefois malhabiles. Toutefois, Carla Bianchi compense par un vrai talent de conteuse et une interactivité avec la salle. Elle n’hésite pas à venir s’asseoir dans le public, à faire jouer un spectateur, à poser des questions à la cantonade dont elle attend les réponses. De plus, formidable performance que celle d’interpréter plusieurs personnages crédibles dans leur authenticité. Elle a réussi à saisir les traits marquants pour nous les dessiner en peu de phrases ou attitudes.

Le lieu polyvalent est charmant. C’est une chapelle du xiiie siècle qui accueille également des expositions, des tournages. La scénographie est minimaliste (l’endroit est petit) mais bien conçue. Deux ou trois lampes et surtout un gros canapé. Il n’en faut pas plus pour planter le décor.

La comédienne travaille déjà à la suite de cette histoire. À voir si elle sera aussi prometteuse que le laisse supposer ce premier solo. 

Isabelle Jouve


Carla ou Dell’amore, de Carla Bianchi

Mise en scène : Franscesco Bonomo

Avec : Carla Bianchi

Aide à la mise en scène : Antoine Léonard

Photo : © Rachele Cassetta

Flaq • 36, rue Quincampoix • 75004 Paris

Réservations : 01 42 77 72 25

Métro : Rambuteau ou Châtelet

Du 30 mars au 13 avril 2016, les mercredi et jeudi à 20 h 30

Durée : 1 h 10

Entrée gratuite avec participation au chapeau