Dee Dee Bridgewater et Irvin Mayfield à Jazz sous les pommiers, à Coutances

Dee Dee Bridgewater © Jean-François Picaut

Ça chauffe à Coutances

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Pour beaucoup, elle est « la » chanteuse de jazz vivante. Dee Dee Bridgewater déplace les foules et sait soulever une salle.

C’est la quatrième fois que la chanteuse franco-américaine se produit à Jazz sous les pommiers, et l’engouement des spectateurs ne se dément pas. Cette année, devant l’afflux des demandes, il a fallu prier l’artiste de doubler son concert, ce qu’elle a accepté avec beaucoup de gentillesse. On a joué à guichets fermés les deux fois !

Son nouveau spectacle avec Irvin Mayfield à la trompette rend hommage à La Nouvelle-Orléans. C’est bien le moins avec le fondateur du New Orleans Jazz Orchestra. Le programme du concert est un subtil mélange de compositions originales et de standards revisités, largement emprunté au dernier album de Dee Dee, Dee Dee’s Feathers (Okeh / Sony Music, 2015).

Sobrement vêtue d’une très classique robe mauve, nous apprendrons pourquoi à la fin du concert, la chanteuse fait son entrée sous les vivats d’une foule enthousiaste.

Entre l’humour et l’émotion

Le concert commence très fort avec One Fine Thing. C’est, comme elle le raconte plaisamment, l’histoire d’une femme qui rencontre un homme délicieux et entreprend de le séduire. Dee Dee y déploie tout son charme, qui est grand. La sensualité de sa voix grave s’accompagne de mouvements suggestifs puis c’est le premier moment de scat, en imitant la trompette. Succès assuré. Suit un long passage de parlé-chanté improvisé en français, escorté d’une vraie danse lascive autour d’Irvin Mayfield (trompette) et Irwin Hall (clarinette basse sur ce morceau et saxophone alto) qui semblent se partager son cœur. Les deux instrumentistes commentent ce manège par de légères ponctuations ironiques. Dans la salle, c’est l’enthousiasme débordant.

Le spectacle continue avec le classique Basin Street Blues, superbe hommage à la musique de La Nouvelle-Orléans. C’est l’occasion d’un grand moment de scat imitatif. La chanteuse emprunte la voix rocailleuse d’Armstrong, reproduit le son de sa trompette bouchée ou wa-wa, esquisse quelques mesures de trombone. Ses compagnons de scène ne sont pas en reste. Irvin Mayfield nous régale d’un époustouflant solo de trompette et Irwin Hall lui donne la réplique avec la virtuosité et l’engagement qu’on connaît. Ça chauffe à Coutances, et le morceau explose en un duo d’enfer en growling.

Le concert se poursuit entre les commentaires pleins d’humour de Dee Dee Bridgewater et l’émotion dégagée par certains titres. Il faut bien redescendre des sommets de fièvre des morceaux précédents. Ce sera le cas avec Come Sunday de Duke Ellington, un titre composé pour Mahalia Jackson. Cette mélodie calme semble ici interprétée par trois solistes. Et l’image finale de Dee Dee Bridgewater, Irvin Mayfield et Irwin Hall étroitement groupés pour une dernière communion en est la meilleure expression.

Une ballade délicate

Le comble de l’émotion est sans doute atteint avec C’est ici que je t’aime, une composition originale d’Irvin Mayfield. Dee Dee Bridgewater voit dans cette histoire d’amour entre un homme mûr et une jeune femme une métaphore des relations entre la France et La Nouvelle-Orléans. La chanson est une ballade délicate qui commence par un tendre dialogue entre le piano (Victor Atkins) et la chanteuse qui semble susurrer, accompagnée par de discrètes ponctuations de la contrebasse (Jasen Weaver) et des cymbales jouées aux mailloches (Adonis Rose). Le solo de trompette s’inscrit dans le même climat avec des notes longuement filées et une parfaite imitation de la voix plaintive. Le tout culmine dans la fusion finale de la voix et de la trompette en duo.

Le premier rappel est un vibrant hommage à Louis Armstrong et à son St James Infirmary. C’est un feu d’artifice de chant et de scat pour Dee Dee Bridgewater, illustré par un beau solo de contrebasse et un nouvel exemple de virtuosité signé Irwin Hall. Le second rappel est plus intimiste et explique la couleur de la robe, c’est une très sensible interprétation de Purple Rain, en hommage à Prince, récemment décédé, avec Irvin Mayfield au piano.

Le public ravi en redemanderait, mais l’artiste doit se ménager pour le second concert qui suivra moins d’une heure plus tard ! 

Jean-François Picaut


Dee Dee Bridgewater et Irvin Mayfield à Jazz sous les pommiers

Jazz sous les pommiers 2016, à Coutances (Manche)

35e édition

Du 30 avril au 7 mai 2016

Contact public : Jazz sous les pommiers • les Unelles • B.P. 524 • 50205 Coutances cedex

Tél. 02 33 76 78 50 | télécopie 02 33 45 48 36

Site : http://www.jazzsouslespommiers.com

Courriel : jslp@jazzsouslespommiers.com

Billetterie : 02 33 76 78 68 (du lundi au samedi, et tous les jours pendant le festival)

Photo : © Jean-François Picaut