Entretien avec Baptiste Girard, comédien membre du Collectif Os’o, à l’occasion de la reprise de « l’Assommoir », au Théâtre Jean Vilar de Bourgoin Jallieu

L’Assommoir-Zola-Collectif-OS’O « L’Assommoir », par le Collectif OS’O © Frédéric Desmesure

« C’est beaucoup plus grinçant aujourd’hui »

Par Juliette Nadal
Les Trois Coups

Le Collectif OS’O, fondé en 2011, connaît une belle carrière. Cinq comédiens (Roxane Brumachon, Bess Davies, Mathieu Ehrhard, Baptiste Girard et Tom Linton), désireux d’interroger le monde d’aujourd’hui avec les moyens du théâtre, inventent des formes et des collaborations multiples, conçues sur mesure pour chaque création. Il en résulte des spectacles pleins de vitalité qui posent un regard sagace sur notre réalité.

Vous reprenez actuellement la première création de « L’Assommoir », adaptation scénique du célèbre roman d’Émile Zola par David Czesienski. Quelle est la place de cette pièce dans l’histoire du Collectif ?

Cette pièce est en effet la première création de ce qui est devenu ensuite le Collectif OS’O. Nous étions à la fin de notre parcours, à l’École supérieure de théâtre de Bordeaux Aquitaine. Lors d’un voyage d’étude à Berlin, nous avons rencontré David Czesienski et nous avons adoré son travail. Nous voulions travailler avec lui et nous cherchions un texte où il n’y avait pas de rôle principal. David adorait Zola ; son père le lui avait fait découvrir. Il aurait même voulu faire une grande série théâtrale en adaptant toute l’œuvre de l’écrivain. L’Assommoir a été créé en 2011, très rapidement, c’est-à-dire en quatre semaines. Depuis, nous le rejouons régulièrement.

Pourquoi cette pièce continue-t-elle de plaire autant ?

Pour les théâtres, il y a d’abord le fait que ce soit un texte classique. Mais surtout, la mise en scène repose sur un geste radical : un décor et six comédiens qui restent dans ce décor pendant tout le spectacle. Il n’y a pas d’effet technique. Les personnages sont dans un bar qui s’appelle « L’Assommoir ». Ils sont venus fêter les fiançailles de l’un des trois couples et ils racontent cette histoire, un peu comme une légende urbaine, de manière chorale. Ils disent que cette histoire ne pourrait jamais leur arriver. Au départ, l’ambiance est très festive, puis cela tourne à la gueule de bois. Cela trace l’analogie avec Gervaise, l’héroïne du roman qui devient alcoolique. Le langage évolue aussi : au début, on raconte l’histoire avec nos propres mots, et au fur et à mesure, on se rapproche de ceux de Zola.

L'Assommoir-Zola-Collectif-OS’O © Frédéric Desmesure
« L’Assommoir », par le Collectif OS’O © Frédéric Desmesure

Cette pièce a-t-elle évolué depuis sa création ?

Absolument ! D’abord parce qu’on a acquis une maturité de jeu depuis 2011. C’est un jeu très physique, intense ; une épreuve qu’on maîtrise mieux aujourd’hui. Et puis maintenant, on a l’âge des personnages. L’une des comédiennes est d’ailleurs enceinte. Tout cela rend la pièce beaucoup plus grinçante qu’au début.

Comment ce spectacle a-t-il contribué à dessiner les grandes lignes artistiques du Collectif OS’O ?

David Czesienski voit l’acteur comme un créateur. Il a son regard à lui, mais il part beaucoup des comédiens. Il crée des situations de jeu qu’il leur confie. C’est là l’idée fondatrice du collectif : nous ne voulions pas attendre que des metteurs en scène viennent nous chercher, dépendre de leurs désirs et de leurs visions. Pour nous, la joie du jeu est à l’origine de notre manière de faire du théâtre. Nous pensons en interprètes, et c’est en fonction de cela que nous réfléchissons à la scénographie et à la technique.

Nous sommes aussi animés par nos questionnements de citoyens. C’est pourquoi nous nous sommes intéressés à la question de la dette dans Timon / Titus et au dark web dans notre dernière création, Pavillon noir. L’Assommoir est le moins politique de nos spectacles : il raconte une histoire populaire, d’hier et d’aujourd’hui.

L’Assommoir-Zola-Collectif-OS’O
« L’Assommoir », par le Collectif OS’O © Frédéric Desmesure

Qu’est-ce qui vous amène tantôt à la mise en scène de textes, tantôt à l’écriture de plateau, comme dans « Pavillon noir » ?

La mise en scène de textes est plus simple à gérer, mais elle offre moins de liberté, notamment parce qu’on veut une partition pour chacun d’entre nous. L’écriture de plateau est beaucoup plus difficile et lourde car on fonctionne en collectif. Ainsi a-t-on poussé la construction démocratique assez loin pour Pavillon noir. C’est passionnant, mais quand on est vingt-cinq sur une création, la production est assez longue et coûteuse. Alors on alterne, selon nos désirs. Et puis, chaque création dépend de celle qui la précède. On invite un ou plusieurs artistes à travailler avec nous : des metteurs en scène, des auteurs, des dramaturges.

Y a-t-il, justement, des artistes qui inspirent votre façon de faire du théâtre ?

Pas particulièrement. Nous avons des goûts variés. On va beaucoup au théâtre. On aime le TG Stan, le Raoul Collectif, Les  Chiens de Navarre, Joël Pommerat, ou encore le travail de Caroline Guiela N’guyen. Bien que tous différents, ils cherchent à raconter notre monde. Et ça nous intéresse. 

Propos recueillis par
Juliette Nadal


L’Assommoir, d’après le roman éponyme d’Émile Zola

Un projet du Collectif OS’O

Mise en scène : David Czesienski

Avec : Bess Davies, Mathieu Ehrhard (à la création Tristan Robin), Baptiste Girard, Lucie Boissonneau (à la création Lucie Hannequin), Charlotte Krenz, Tom Linton

Assistante à la mise en scène : Cyrielle Bloy

Scénographie : Lucie Hannequin

Construction décor : Natacha Huser et Loïc Férier

Costumes : Lucie Hannequin

Création maquillages : Carole Anquetil

Travail vocal : André Litolff

Création lumières : Denis Lamoliatte

Création son : Jean-Christophe Chiron

Régisseur général : Emmanuel Bassibé

Teaser

Théâtre Jean Vilar de Bourgoin Jallieu • 92, avenue Professeur Tixier • 38300 Bourgoin Jallieu

Le 28 mars 2019, à 20 h 30, le 29 mars à 14 h 30

Réservations

De 6 € à 18 €

Tournée :


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