Entretien avec Mael Le Goff, directeur du festival Mythos à Rennes

Mael Le Goff © Thomas Crabot

« Têtes d’affiche
et formes atypiques »

Par Aurore Krol
Les Trois Coups

D’ici à quelques jours, le parc du Thabor sera paré de ses plus beaux atours printaniers : lampions et Magic Mirror symbolisant l’arrivée du festival Mythos, de ses conteurs et de ses spectacles protéiformes. Mael Le Goff, le directeur artistique, détaille avec nous les couleurs de cette dix-neuvième édition.

Pour la brochure de cette nouvelle édition, vous avez rédigé un « non-édito » amer à l’attention des tout-puissants. Pouvez-vous revenir sur les inquiétudes que vous y pointez ?

Cela fait des années que j’écris des éditos sur l’importance des arts de la parole. Cette fois, ce que je dis prend une tournure plus politique, car on n’en peut plus d’alerter sur la baisse des subventions dans la culture. Cela peut paraître une lapalissade de dire que le monde ne va pas bien, il n’empêche, la conjoncture est difficile, surtout pour les artistes. J’ai 42 ans, j’ai des enfants, je suis sans doute moins insouciant qu’à l’époque où j’ai lancé ce projet. La question de la transmission aux nouvelles générations est devenue omniprésente dans mes réflexions. Il faut de vrais moyens pour cela. Même si, à Rennes, nous ne sommes pas les plus mal lotis, je perçois que les institutions font de plus en plus semblant de dire que la culture est importante. Ils ne parlent que de budget. Pourtant, l’économie, le pouvoir, ça passe. C’est l’art qui reste à travers les millénaires.

Même si Mythos ne se caractérise pas par une programmation thématique, pourriez-vous définir les grands contours de ce cru 2015 ?

Effectivement, ce n’est pas thématique. Nous travaillons au coup de cœur, ensuite c’est un puzzle à assembler. C’est souvent à ce stade-là que nous prenons conscience des lignes de force qui se dégagent. Par exemple, durant plusieurs années, je remarque que nous avons programmé des coups de gueule artistiques assez virulents. Cette fois, il y a beaucoup de propositions qui prennent en compte un matériau de société. Que ce soit avec le conflit israélo-palestinien, évoqué dans Décris-Ravage d’Adeline Rosenstein, ou avec les Résidents, d’Emmanuelle Hiron, qui se concentre sur la vie à l’intérieur d’un É.P.H.A.D. (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), il y a un souci des artistes pour le vécu réel. Même si nous traversons une époque assez sombre, ces propositions tentent malgré tout d’insuffler un espoir. Il ne s’agit pas de s’éloigner des sujets politiques, mais d’y entrer par d’autres portes.

Vous parlez de coups de cœur, s’il y en avait un à choisir pour cette année, ce serait lequel ?

Difficile. Très difficile de choisir. Peut-être Please, continue (Hamlet), de Yan Duyvendak et Roger Bernat. Un spectacle de trois heures et demie où cohabitent de vrais juges, un expert psychiatre, des professionnels du barreau que nous sommes heureux d’avoir réussi à convaincre, et des comédiens. C’est une expérience particulière pour les spectateurs, puisque les jurés sont désignés parmi eux. Au final, on assiste à un savant mélange de vrai-faux, très incluant et empathique, où le verdict diffère chaque soir.

C’est justement ce spectacle qui bénéficie d’un parcours personnalisé avec des jeunes de la P.J.J. ?

Oui, c’est un thème qui a interpellé nos partenaires de la direction territoriale de la Protection judiciaire de la jeunesse. Il nous semblait intéressant d’amener ces jeunes à ce spectacle, de leur permettre d’échanger avec l’équipe artistique. Il y a quelques années, le même partenariat s’était fait à propos d’Un homme debout, de Jean‑Marc Mahy, qui retraçait le parcours d’un ancien détenu. Les débats qui avaient suivi la représentation avaient été particulièrement intenses.

Mythos est un festival qui se divise en plusieurs lieux de représentation, chacun avec son identité propre (la Parcheminerie, le Théâtre du Vieux-Saint-Étienne, le Thabor, la Péniche spectacle…). Est-ce que cela définit des types de public ou est-ce que les parcours des spectateurs sont poreux aux différents genres ?

Lors des premières éditions de ce festival, mon désir était de faire découvrir aux jeunes générations les « vieux conteurs avec toile d’araignée sous les bras ». Très vite, nous avons élaboré des stratagèmes pour cela : mêler différentes sortes d’adresse, des têtes d’affiche et des formes atypiques. Aujourd’hui, la majeure partie des spectateurs a compris que Mythos, c’était un mélange des deux. Ne pas être monothématique nous permet de brasser large : on a un public qui est aussi bien celui des scènes nationales que de la musique actuelle. Un public très éclectique et qui joue le jeu. Si chacun des lieux est associé à une coloration particulière, ce sont surtout les formats des propositions qui définissent cela. Et notre politique tarifaire invite à la découverte, avec des soirées associant un conteur et un concert.

Est-ce qu’il y a des endroits où vous aimeriez apporter les arts de la parole, des pistes que vous n’avez pas encore explorées jusqu’ici ?

Nous avons déjà investi un certain nombre d’espaces et des formes très variées. Cette année, par exemple, nous avons une pièce pour un spectateur, A Game of You. Mais j’aimerais, dans le futur, qu’on s’ouvre davantage à la non-francophonie, avec des contes surtitrés, afin d’ouvrir les frontières. Je rêve aussi d’un grand « son et lumière » dans un lieu atypique, une friche. L’idée serait d’explorer les mythes modernes, leurs nouveaux sanctuaires. Quelle parole pourrait-on donner à entendre dans ces lieux un peu surréalistes, mais dans lesquels une activité demeure, à la manière d’une usine ou d’une casse de voitures ? Comment faire résonner cette vie-là à travers l’art ? 

Propos recueillis par
Aurore Krol


Mythos, festival des arts de la parole 2015 à Rennes (Ille-et-Vilaine)

19e édition

Du 7 avril au 12 avril 2015

Tél. 02 99 79 00 11

Site : www.festival-mythos.com

Photo de Mael Le Goff : © Thomas Crabot