« Fenêtres », de Mathurin Bolze, festival [Des]Illusions, le Monfort à Paris

« Fenêtres » © Christophe Raynaud de Lage

Arpenteur de songes

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Créé en 2002, « Fenêtres » a fait connaître Mathurin Bolze, figure emblématique du cirque contemporain. Pour la reprise du spectacle, notamment au Monfort, dans le cadre du festival (Des)Illusions, c’est Karim Messaoudi qui hérite du rôle. Merveilleuse célébration de la voltige acrobatique !

Un sol qui rebondit, un plancher à la verticale, une maison de travers… Ici, rien ne se trouve à sa place. Même les spectateurs, sur scène, voient leurs repères bousculés. Avec Bachir, on entre d’emblée dans un imaginaire en suspens. Fenêtres est l’histoire d’un homme qui veut vivre pleinement, dans tous les sens. Celui-ci s’envoie donc en l’air. Par ses explorations, ce personnage énigmatique rencontre d’autres voyageurs invisibles : marins nostalgiques, astronautes affranchis de l’apesanteur, Plume et autre Philémon. Tous un peu borderline.

Bachir en a effectivement marre de « vivre à plat ». Il se cogne à une bien triste réalité, refuse de rentrer dans le cadre. Tel un animal en cage, il allume et éteint toutes les lumières, fait le tour et le détour de son espace, de façon obsessionnelle. A-t-il basculé dans la folie ? Que nenni ! Bachir veut seulement « vivre en volume ». Pour s’en sortir, ce doux dingue s’invente donc une vie à la gravité moins présente, réinvente son quotidien. Arpenteur de songes, il repousse les limites. Il n’a pas pour autant la folie des grandeurs, ce rêveur. Il prend juste un peu de hauteur. Autant d’échappées à sa si pesante solitude.

Pour ce solo inspiré du Baron perché d’Italo Calvino, le metteur en scène Mathurin Bolze a fait du trampoline le centre de son dispositif. En contrebas de la scène, son personnage s’y jette, rebondit et s’élève. Et c’est une idée géniale, car Fenêtres ouvre de bien belles perspectives.

Un réel sublimé d’humour et de poésie

Dans tous ses spectacles, le fondateur de la compagnie Les Mains, les Pieds et la Tête aussi (M.P.T.A.) mêle plusieurs techniques, croise cirque, danse et théâtre. Comme terrain de jeu, une grande cabane en bois aux larges fenêtres, aux mille et un détails (praticables, guindes, loupiotes insensés). Mathurin Bolze y a réglé, au millimètre près, chaque mouvement pour tantôt rendre absurdes les gestes quotidiens, tantôt transformer le dérisoire en sublimes envolées poétiques. Avec inventivité et beaucoup de talent.

Les pieds en l’air et la tête en bas, son interprète s’en donne à cœur joie. De façon virtuose, Karim Messaoudi fend l’air de sa présence incandescente, disparaît dans un souffle pour mieux ressurgir et prendre la tangente. Lunaire à souhait, il plane, brille au firmament. Quelle envergure ! Il est ici et ailleurs, comme l’homme et son double, l’ombre et la lumière. Avec une agilité et une grâce peu communes, ce voltigeur époustouflant défie les lois de la gravité. En dansant ainsi dans les airs, il ancre son empreinte dans les esprits pour longtemps. Attention de ne pas laisser passer cet ange ! 

Léna Martinelli

Lire aussi « Ali » et « Nous sommes pareils à… », d’Artemis Stavridi, Mathurin Bolze, Hedi Thabet, les Célestins à Lyon.

Lire aussi « Du goudron et des plumes », de Mathurin Bolze, Théâtre de Sartrouville.


Fenêtres, de Mathurin Bolze

Cie Les Mains, les Pieds et la Tête aussi (M.P.T.A.)

Contact : Colin Diederichs

Tél. : 06 72 65 09 65

Courriel : administration.production@mpta.fr

Site : http://www.mpta.fr

Avec : Karim Messaoudi

Scénographie : Goury

Création sonore : Jérôme Fèvre

Dispositif lumière : Christian Dubet

Régie son : Fréderic Marolleau

Régie plateau : Nicolas Julliand

Photo : © Christophe Raynaud de Lage

Le Monfort • espace chapiteau • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Réservations : 01 56 08 33 88

Site du théâtre : www.lemonfort.fr

Dans le cadre du festival (Des)Illusions

Du 12 au 20 mars 2016, à 17 heures, les 17 et 18 mars à 20 heures

Durée : 1 heure

25 € | 15 € | 8 €

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