Festival Jazz à Vienne (Isère), 31e édition du 29 juin au 13 juillet 2011, dernière chronique et bilan

Al Jarreau © Jean-François Picaut

Du jazz jusqu’au bout de la nuit

Par Jean‑François Picaut
Les Trois Coups

Mercredi 13 juillet 2001

Nous voici parvenus au terme de ce festival, l’un des plus longs de France et sans doute du monde : quinze jours dans une même ville ! Comme il est toujours difficile de se quitter, le festival se termine par une nuit entière, All Jazz Night, de 20 h 30 à près de 7 heures du matin.

C’est Sidony Box, un trio nantais vainqueur des tremplins Rézzo et Jazz migrations en 2010 qui, sous un ciel menaçant, ouvre les festivités par un jazz énergique et rageur, fortement frotté aux musiques actuelles.

Al Jarreau © Jean-François Picaut
Al Jarreau © Jean-François Picaut

Al Jarreau, la voix faite musique, rythme et charme

Le public (6 000 spectateurs ont bravé une fraîcheur peu habituelle à Vienne en cette saison) fait ensuite un véritable triomphe au chanteur Al Jarreau. Il faut reconnaître que l’homme a beaucoup de charme et l’artiste un énorme talent dans la plus parfaite décontraction. Le visage et la gestuelle sont très expressifs. La voix au registre impressionnant peut à peu près tout se permettre y compris le scat le plus farfelu. Le rythme est omniprésent. Le public est sollicité avec beaucoup d’humour et de gentillesse, souvent en français, et l’artiste réussit à faire psalmodier « Bonjour », sur tous les tons avec toutes les inflexions imaginables, à tout le théâtre. Merci, M. Al Jarreau.

Gilberto Gil : un concentré de bonne énergie

Ce soir, un Gilberto Gil, qui semble plus en forme que jamais, nous interprète surtout des chansons inspirées de la musique populaire du nord-est de son Brésil natal. Il ne s’interdit pas, cependant, des chansons plus internationales comme No Woman, No Cry. Dans l’un ou l’autre répertoire, ce qui caractérise Gilberto Gil, c’est le tonus, l’énergie ou comme il le dit lui-même « la joie, la lumière, le bonheur ». Sa musique, riche en couleurs, se caractérise par un rythme souvent très dansant. Il ne néglige pas pour autant la complainte et, ce soir, nous en a présenté une très belle, seulement accompagnée par le violon de Nicholas Krassik. Gilberto Gil, qui a eu la courtoisie d’annoncer et de commenter tout son programme en français, a reçu l’accueil triomphal qu’il mérite.

La soirée s’est poursuivie avec Troy Andrews, alias Trombone Shorty, et son groupe Orleans Avenue qui ont eu quelque mal à se hausser au niveau du concert précédent avant d’entraîner dans la danse les plus jeunes des spectateurs et quelques autres.

Avant l’arrivée du chanteur Jaime Salazar, Samuel Torres et sa Matanga ont failli connaître la même mésaventure. Une interprétation endiablée du Poinçonneur des Lilas, dans un arrangement original de Samuel Torres (un virtuose des percussions), a tout fait rentrer dans l’ordre. Et, remonté par le premier café offert, le public a pu se laisser aller au rythme de la salsa et autres danses sud-américaines.

Après un dernier café, accompagné de croissants (il en a été offert 3 000 !), le public était fin prêt pour accueillir avec le jour naissant les Pink Turtle. Les sept Français déjantés entraînent les courageux qui peuplent encore les gradins du Théâtre Antique dans leur univers où le pastiche (curieux ce chuintement final, non ?) est roi. L’ensemble, servi bien cuivré, est swing et dansant à souhait.

Gilberto Gil © Jean-François Picaut
Gilberto Gil © Jean-François Picaut

Et le bilan ?

Pour le bilan artistique, les dix chroniques régulières publiées par les Trois Coups vous en auront déjà donné un aperçu : comment ne pas s’en réjouir ? C’est ce qu’a fait Jean‑Paul Boutellier lors de la dernière conférence de presse du festival. Il a particulièrement relevé les concerts consacrés à Miles Davis ou accueillant l’un de ceux qui l’ont accompagné, ainsi que la nuit funk, « sans doute l’un des meilleurs plateaux qu’il soit possible d’offrir aujourd’hui pour cette musique ». Il a également cité le concert de Jamie Cullum, insistant sur cette émotion palpable, que nous avions également soulignée, et qu’il attribue à l’histoire du lieu, celle du site mais aussi celle du festival.

Sur le plan de la fréquentation, 2011 est également une bonne année avec plus de 100 000 spectateurs (ce qui en fait également le premier festival de jazz français et l’un des tout premiers au monde), soit 3 % de mieux que l’an passé et 10 % de mieux pour les abonnements. Jean‑Paul Boutellier se félicite de ce dernier chiffre, qui témoigne selon lui du fait que « le public devient un vrai public de festival et non plus un public de concert ».

Reste la question administrative avec le passage du statut associatif à celui d’Établissement public industriel et commercial (Épic). Si la transition, délicate, a pu se faire sans dommage pour le festival grâce à un investissement remarquable de toute l’équipe, elle se termine sur une forme d’échec : le départ volontaire du nouveau directeur, Christophe Bonin, nommé en avril dernier ! La « greffe n’a pas pris » suite à une « erreur de casting », commente sobrement le président de l’Épic, Christian Trouillet.

L’avantage de cette évolution surprenante est que Jean‑Paul Boutellier restera aux commandes jusqu’à ce qu’il estime lui-même la transition réussie. C’est une bonne nouvelle pour tous les amateurs de jazz, qui contribuent aussi au succès du festival ainsi qu’à la renommée de Vienne et qui pouvaient craindre une évolution vers un festival généraliste. 

Jean-François Picaut


Festival Jazz à Vienne (38), 31e édition

Du 29 juin au 11 juillet 2011

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

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Infoline : 0892 702 007 (0,34 euros/min)

Photos : © Jean‑François Picaut