« Fleur de cactus », de Pierre Barillet et Jean‑Pierre Grédy, Théâtre Antoine à Paris

Fleur de cactus © Marcel Hartman Fleur de cactus © Marcel Hartman

Une comédie piquante !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Cinquante ans après sa création par le génial Jacques Charon, Michel Fau, acteur et metteur en scène, sonne brillamment les trois coups de cette comédie de boulevard signée Barillet et Grédy.

Auteurs de théâtre talentueux, Pierre Barillet et Jean‑Pierre Grédy débutent leur longue carrière de duettistes par un énorme succès, le Don d’Adèle (1950), une pièce « écrite pour rire ». Dès lors, ils vont en écrire plus d’une trentaine dont le Bon Débarras (1962), Folle Amanda (1971) ou encore Potiche (1980).

Montée en septembre 1964 aux Bouffes-Parisiens avec Jean Poiret et Sophie Desmarets dans les rôles principaux, Fleur de cactus se jouera jusqu’au 1er janvier 1967. Puis, elle tombera dans l’oubli jusqu’en 1987 lorsque la même Sophie Desmarets reviendra pour quelques représentations dans une mise en scène de Jacques Rosny.

Aujourd’hui, c’est Michel Fau qui a la bonne idée de remonter cette comédie pétillante et dynamique avec tout le savoir-faire qu’on lui connaît. Il aime réellement ce théâtre de boulevard (pourtant si souvent méprisé) et sait l’appréhender avec distance et humour.

Quand Julien Desforges, chirurgien-dentiste réputé d’une cinquantaine d’années, se décide à épouser sa jeune maîtresse, Antonia, il a juste oublié une chose : il est semble-t-il marié et père de trois enfants. Pour se sortir de cette situation glissante et périlleuse, il a l’idée de demander à sa fidèle et compétente assistante, Mlle Vigneau, vieille fille un peu revêche, de se faire passer pour sa femme. Ce mensonge va les entraîner sur une route de quiproquos tous plus comiques les uns que les autres.

Ils ont tous les deux une personnalité éclatante

Michel Fau a décidé de réinstaller ce boulevard dans les années soixante. Nul besoin d’attendre bien longtemps pour apprécier la pertinence de la mise en scène et du choix des acteurs. Le couple Fau-Frot est un duo de choc qui se complète parfaitement. Ils ont tous les deux une personnalité éclatante et l’art de faire rire avec un simple haussement de sourcils. C’est plutôt rare pour être souligné. Leurs personnages sont authentiques et le public y croit. Michel Fau est ce dentiste carriériste, menteur et volage. Catherine Frot est cette fleur de cactus franche, coincée, mais si précieuse et pleine de surprises.

En parallèle, le jeu caricatural et presque parodique des protagonistes secondaires étonne dans un premier temps. Il semble sonner faux tant est grand le contraste avec les premiers rôles. La maîtresse, réplique de Brigitte Bardot, a un phrasé appuyé et lent, le jeune voisin sans gêne en fait des tonnes dès qu’il apparaît ainsi que la riche cliente du docteur. Et puis on s’y laisse prendre parce que cela fonctionne à merveille. C’est justement cette dichotomie qui apporte à la pièce son univers particulier. La prestation de Cyrille Eldin en ami parasite est à souligner.

Les décors et les tenues nous replongent dans cette ambiance rétro des fameuses sixties, et ça fait du bien : couleurs vintage acidulées, matières plastiques, formes géométriques, minijupes, coiffures « choucroutes », etc.

Les musiques qui vont de Françoise Hardy à la Séquence du spectateur, célèbre émission de télévision d’actualités cinématographiques, sont bien choisies, car elles touchent l’assistance.

Fleur de cactus à la mode Michel Fau est un vrai divertissement, simple et efficace. Ce n’est pas le public, qui n’a pas cessé de rire et d’applaudir (à tel point que j’ai loupé certaines répliques), qui me contredira ! Et comme dans « Au théâtre ce soir », Michel Fau termine le spectacle en présentant auteurs, décorateur, costumier et comédiens. Et la boucle est bouclée. 

Isabelle Jouve


Fleur de cactus, de Pierre Barillet et Jean‑Pierre Grédy

Mise en scène : Michel Fau

Avec : Catherine Frot, Michel Fau, Cyrille Eldin, Mathilde Bisson, Wallerand Denormandie, Marie‑Hélène Lentini, Frédéric Imberty, Audrey Langle

Assistant mise en scène : Damien Lefèvre

Lumières : Joël Fabing

Maquillage : Pascale Fau

Costumes : David Belugou

Décors : Bernard Fau

Assistant décors : Emmanuel Charles

Photo : © Marcel Hartman

Théâtre Antoine • 14, boulevard de Strasbourg • 75010 Paris

Réservations : 01 42 08 77 71

Site du théâtre : www.theatre-antoine.com

Courriel de réservation : theatreantoine@hotmail.fr

Métro : lignes 4, 8 ou 9, arrêt Strasbourg-Saint-Denis

Du 25 septembre 2015 au 21 février 2016, du mardi au samedi à 21 heures, samedi et dimanche à 16 heures

Durée : 1 h 45

De 21 € à 68 €