Focus Circa « Regards sur le féminin », à Auch

Projet-pdf-portés-de-femmes-Virginie-Baes « Projet.pdf : portés de femmes », de Virginie Baes © Patrick Fabre

Plutôt pdf que words

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Partout, les femmes s’emparent des scènes et questionnent leur condition. Si le processus est salvateur, les discours restent semés d’embûches idéologiques et artistiques. C’est ce que montrent deux projets présentés au festival CIRCA, à Auch : le laboratoire bavard de « Me Mother » et l’explosif « projet.Pdf : portés de femmes ».

Pour une fois, un scandale médiatique aura eu un effet positif. Depuis l’affaire Weinstein, les pouvoirs se sont coltinés à une réalité longtemps occultée : celle du sexisme et de l’inégalité qui en découle, y compris dans le domaine artistique. Les subventions, les programmations en sont un heureux témoignage. Dans cette effervescence presque cathartique, de nombreuses questions se posent cependant. Par exemple, au point de vue de la réception, suis-je autorisé à ne pas aimer un projet louable ? Dans quelle mesure la pertinence du propos prévaut-elle sur la qualité artistique ? Concernant la création, quel discours irrigue la proposition et quelles formes sont les plus adaptées ?

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« Me Mother » de Kristina Dekens et Albin Warette © DR

Ainsi, Me Mother fait le choix délibéré de privilégier le propos plutôt que la forme. Après une belle ouverture colorée, le spectateur est comme intégré à un groupe de paroles et la mise en scène, comme la performance, semble reléguée au second plan. Nous partageons simplement les confidences d’artistes qui s’expriment en tant que mères. Car il s’agit avant tout de libérer une parole empêchée, de lui donner l’accès à l’espace public.

Un club fermé ?

Un tel projet est fort sympathique, souvent comique et plein de tendresse. C’est un spectacle familial dans tous les sens du terme. Mais le propos, très explicite, laisse moins de place à la subjectivité du spectateur. En dépit de la multiplicité des témoignages et des visages, il a quelque chose d’un peu univoque. En conséquence, on pourrait parfois se demander si l’on n’a pas poussé par erreur la porte de quelque club pro-allaitement.

Au contraire, le Projet.pdf fait, lui, le pari du spectaculaire à tel point que l’immense Dôme de Gascogne ne suffit pas à contenir l’impétuosité des seize femmes qui l’agitent. Leur énergie est tellurique, on pourrait même dire excessive, quand la pulsion musicale donne l’impression d’être dans un stade ou une boîte de nuit.

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« Me Mother » de Kristina Dekens et Albin Warette © DR

Mais ce vernis populaire nous semble plein de duplicité au sens où il nous interroge, d’ailleurs de manière beaucoup plus intéressante : faut-il ainsi faire haro sur les poulettes, s’extasier sur les paillettes « girlies » ou s’ébaudir sur la sensibilité prétendument « féminine » des interprètes ? Et pourquoi ces jeunes hommes poussent-ils des cris quand les artistes adoptent des postures clichés de la sensualité ? En ce sens, Projet.pdf suggère sans doute différents niveaux de lecture et s’impose par son intelligence (très féminine aussi, mais si, mais si !) ».

« Je ne vous dirai pas des mots bleus »

Rien d’étonnant, alors, que des dames, vaguement ulcérées, quittent la salle. On est bien loin ici des discours consensuels. C’est pourquoi, la maternité n’est pas portée aux nues, ni la prostitution vouée aux gémonies. De même, les mots, qu’ils soient enregistrés ou prononcés sur scène sont sans tabou. Une belle bande son documentaire nous fait entendre, par exemple, les propos de travailleuses du sexe.

Libre, et même vaguement libertaire, détonnant et éclectique, tel est donc ce Projet.pdf : portés de femmes qui refuse de limiter sa remise en cause à la présence de femmes sur scène, ou au choix de thématiques dites « féminines. ». Le spectacle a plutôt la hardiesse de s’emparer de territoires dévolus traditionnellement aux hommes, comme les portés. Et, la cerise sur le gâteau, est que les interprètes sont douées dans ce domaine, proposant même un spectacle techniquement abouti.

Il l’est encore par ses tableaux, ses images et le travail vocal. Face à une telle maîtrise, on passe les excès et les imperfections pour ne garder au cœur que la rage de faire exploser les gangues. 

Laura Plas


Projet.pdf (portés de femmes), de Carton Production

Site de la compagnie

Mise en scène: Virginie Baes

Avec : Laurence Boute, Philine Dahlmann, Renata Do Val, Coline Froidevaux, Clémence Gilbert, Mathilde Gorisse, Cali Hays, Marion Hergas, Charlotte Kolly, Claire Lascoumes, Flora Le Quemener, Priscilla Matéo, Alice Roma, Claire Ruiz, Anhalou Serre, Elske Van Gelder.

Durée : 1 h 15

À partir de 12 ans

Photo : © Patrick Fabre

Teaser

Dôme-CIRC • Allée des Arts  • 32000 Auch

Dans le cadre du festival de cirque actuel d’Auch

Le mardi 23 octobre 2018 à 20 h 30, le mercredi 24 octobre et le jeudi 25 octobre 2018 à 14 h 30

15 € et 19 €

Réservations : 05 62 61 65 00

Me Mother, de Carton Production

Facebook de la compagnie

Mise en scène: Kristina Dekens et Albin Warette

Avec : Fanny Alvarez, Héloïse Biseau, Sandra Bonomi Rimoldi, Heini Koskinen, Amanda Righetti

Durée : 1 h 10

Avant 2 ans et à partir de 12 ans

Teaser

Théâtre • Allée des Arts  • 32000 Auch

Dans le cadre du festival de cirque actuel d’Auch

Le mardi 23 octobre 2018 à 16 h 30, le mercredi 24 octobre à 18 heures

15 € et 19 €

Réservations : 05 62 61 65 00