« Hard Copy », d’Isabelle Sorente, le Lucernaire à Paris

Garces carnassières et langues de vipère

Par Maud Dubief
Les Trois Coups

Le Lucernaire présente « Hard Copy » d’Isabelle Sorente. Cette pièce traitant du harcèlement moral en entreprise oscille entre drame et humour noir. Mais, malgré une interprétation de qualité et une mise en scène astucieuse, ce spectacle ne m’a convaincue qu’à moitié.

« Hard Copy »
« Hard Copy »

Pour aborder ce sujet : quatre femmes, quatre collègues de travail. Celles-ci nourrissent des relations amicales jusqu’au moment où elles prennent en grippe la petite dernière. Purs produits de la société de consommation, elles sont tout à la fois : belles, jeunes, mères, amantes, femmes d’affaires, tantôt portant la culotte, tantôt soumises… Leurs sujets de discussion sont formatés et leurs formules sont toutes faites (fréquence des cours de gym, activités du week-end, maris, enfants, patron, promotion canapé…).

D’une certaine façon, elles sont parfaites. À tel point qu’on les croirait sorties directement des pages glacées d’un Biba ou d’un Cosmo. Le sourire vissé aux lèvres, tout en politesse et superficialité, elles jouent aux collègues unies. En un mot, elles incarnent le stéréotype superficiel de cette femme soumise aux diktats de la mode et du paraître.

Mais ce que cette pièce s’attache surtout à nous montrer, ce sont les dessous de cette perfection affichée. Le moment où, à partir de trois fois rien, les masques tombent. Ainsi, une tournure de phrase maladroite suffit à faire basculer l’harmonie de surface. Les petites vacheries jusque-là sympathiques se transforment en cruauté gratuite. Et les trois collègues troquent leur rôle de femme parfaite contre celui de harpie. Confortée par l’émulation de groupe, chacune laisse alors éclater ses frustrations et ses pulsions destructrices. Et, à mesure que leur hystérie sadique grandit, leur victime se prend dans les rets de leurs mots à double tranchant.

Cette comédie noire dresse ainsi le portrait mordant d’une maltraitance gratuite et pourtant ordinaire. À cet égard, la mise en scène de Babetida Sadjo est astucieuse, appuyant le texte sans jamais le surligner. Pour caricaturer encore un peu plus ces personnages, la metteuse en scène les transforme alors en clones standardisés : même surcharge de fard à paupières bleu, même tailleur, même coiffure…

Et cela jusque dans le jeu des comédiennes : leurs voix sont contenues, les mots ne coulent pas naturellement. Ils paraissent presque récités. Passé les premières minutes où cela agace un peu mes oreilles, je me ravise légèrement. Cela a le mérite de rendre le texte encore plus oppressant. Par ailleurs, l’austérité du décor participe également à cette atmosphère. Réduit au strict minimum, il évoque en effet avec simplicité l’espace de l’entreprise.

Le bémol dans tout ça ? Malgré l’idée alléchante de suivre pendant une heure des caricatures faites femmes, il m’a manqué ce « petit je-ne-sais-quoi » qui rend une œuvre convaincante. Peut-être que je ne suis simplement pas sensible à ce type de mise en scène et d’humour ? Toujours est-il que les dix dernières minutes me laissent encore perplexe. Pas tant par la violence en elle-même de la scène finale que l’insistance avec laquelle elle est montrée. En tout cas, mises bout à bout, ces réserves m’ont dessiné un visage mi-figue mi-raisin. 

Maud Dubief


Hard Copy, d’Isabelle Sorente

Mise en scène : Babetida Sadjo

Avec : Élise Harou, Julie Quiriny, Charlotte Van Dongen, Laura Vossen

Musique : Piotr Paluch

Régie : Christophe Lecoq

Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 42 22 26 57

www.lucernaire.fr

Du 4 juin au 29 août 2009 à 18 h 30, relâche le dimanche et le lundi

Durée : 1 h 10

20 € | 15 €