« Hedda Gabler », de Henrik Ibsen, Théâtre national de Bretagne à Rennes

« Hedda Gabler » © Arno Declair

Rendez-vous manqué…

Par Aurore Krol
Les Trois Coups

Thomas Ostermeier est le directeur artistique de la Berliner Schaubühne. Très contemporaine, sa mise en scène de « Hedda Gabler » se situe dans la ligne directrice des programmations de ce théâtre.

Il est toujours frustrant de sortir d’un spectacle sans avoir envie de recommander ce qu’on vient de voir. On ne peut pas dire qu’il ne faut manquer cette pièce sous aucun prétexte. On n’ira pas non plus jusqu’à la déconseiller… C’est juste un spectacle ennuyeux, malgré tous les éléments qui devraient nous maintenir en état de surprise.

Qu’est-ce qui fait que cette histoire nous laisse froids ? Est-ce un excès de zèle dans les tournures de phrase réactualisées ? Un usage abusif des éléments de décor ? En effet, la désolation d’un salon bourgeois, froid et impersonnel, se mêle à l’isolement que suscitent des portes vitrées transparentes. C’est un endroit où tout se voit. De nombreux miroirs et un plateau tournant sont utilisés pour renforcer cette sensation. Ceci transforme un peu l’espace de jeu en un aquarium, sur lequel le public se pencherait pour assister à une analyse clinique des comportements humains. Mis sous verre, les personnages sont constamment vus.

Mais Hedda, elle, est aussi observatrice. Comme impassible face à ce qui se déroule autour d’elle, elle casse les choses sans que rien ne semble l’atteindre. Car Hedda s’ennuie, d’un ennui terrible et mortifère. Elle ne trouve personne à sa hauteur et se perd dans la solitude. Cette contre-héroïne, qui rêve de grandeur mais ne côtoie que le ridicule, est la seule à m’avoir convaincue. Quelque chose ne fonctionne pas pour les autres personnages, desservis par des choix visuels qui les noient dans le décor, qui les privent d’épaisseur. On ne ressent pas assez la glaciation de ces hommes et femmes en proie à la mesquinerie et au renoncement.

Quelque chose d’autre m’a empêchée d’entrer tout à fait dans le drame qui se joue : la volonté de rechercher l’effet comique par certains choix de mise en scène rend ces moments visiblement artificiels. Même si un épisode comme la destruction de l’ordinateur à coups de marteau est particulièrement savoureux. Globalement, j’ai donc remarqué un manque d’unité dans cette pièce, qui, parfois, flirte avec le vaudeville ou le psychodrame bourgeois.

Au final, je soulignerai des effets techniques agaçants. Les projections d’images sont à mon goût inutiles, le plateau tournant exploité maladroitement. Le texte, modernisé, offre néanmoins un éclairage autre à cette histoire. Il gomme l’éloignement temporel pour faire de Hedda une personne libre, qui a mené seule le déroulement de sa déchéance. La dernière image est, quant à elle, très belle. Cette scène de suicide rend enfin la jeune femme sublime. En mourant, elle s’inscrit éternellement comme Hedda Gabler et non comme Hedda Tesman. Elle tue son statut d’épouse, son statut de mère, et, ignorée des autres personnages, devient enfin un personnage de tragédie. 

Aurore Krol


Hedda Gabler, de Henrik Ibsen

Mise en scène : Thomas Ostermeier

Avec : Annedore Bauer, Lars Eidinger, Jörg Hartmann, Kay Bartholomäus Schulze, Katharina Schüttler, Lore Stefanek

Texte allemand : Hinrich Schmidt-Henkel

Scénographie : Jan Pappelbaum

Costumes : Nina Wetzel

Musique : Malte Beckenbach

Dramaturgie : Marius von Mayenburg

Vidéo : Sébastien Dupouey

Lumières : Erich Schneider

Surtitrage : Ulrich Menke

Photo : © Arno Declair

Production : Schaubühne am Lehniner Platz à Berlin

Droit de représentation : Rowohlt Theater Verlag, Reinbek

Théâtre national de Bretagne, salle Jean-Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Renseignements|réservation : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Du 2 au 4 avril 2008 à 20 heures

Durée : 2 heures

23 € | 17 € | 12 € | 8 €