« Je m’en vais mais l’État demeure », de  Hugues Duchêne, Théâtre du Train Bleu à Avignon

Du théâtre à-propos

Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups 
 
Brosser la saga théâtrale de l’histoire politique la plus contemporaine : voici le pari relevé avec brio par la compagnie Le Royal Velours, dirigée par Hugues Duchêne. 

« Jusqu’où peut aller le théâtre documentaire ? » Loin, apprend-on dans Je m’en vais mais l’État demeure ! Dans cette pièce, Hugues Duchêne s’engage à réaliser six opus de plus ou moins une heure sur chaque année écoulée, durant tout le mandat d’Emmanuel Macron.

Avec des camarades rencontrés à l’Académie de la Comédie-Française, ils interprètent une remarquable galerie de portraits. En vrac : le Président, Éric Dupont-Moretti, Stéphane Braunschweig, Carlos (le terroriste), Jean-Michel Ribes… Tour à tour, les sept comédiens prennent rapidement un costume et une voie pour brosser une scène marquante de l’année écoulée.

Hugues Duchêne met ainsi en scène son regard vif sur la vie politique, avec ironie. Désœuvré entre des histoires sentimentales déçues qu’il met en scène et des voyages lointains, le jeune homme a couru les procès médiatisés, qu’il prend comme des fenêtres sur l’état de la société ou des révélateurs des enjeux politiques contemporains : « La justice sert à faire digérer la société » fait-il dire à l’un de ses personnages.

« Je m’en vais mais l’État demeure » de Hugues Duchêne © Simon Gosselin

« Je m’en vais mais l’État demeure » de Hugues Duchêne © Simon Gosselin

Le rapiéçage subjectif de l’histoire

Ce jeune Rouletabille a notamment assisté au procès d’Abdelkader Merah, qui lui donne l’occasion de rendre grâce à la théâtrale défense du maître parmi les maîtres : Éric Dupont-Moretti. Il a également essayé de se faire passer pour reporter lors d’un discours d’Emmanuel Macron, à Calais, dont il moque les hypocrisies politiques. Il était à la manifestation à la mémoire de Mireille Knoll, rendue houleuse par la présence de Marine Le Pen, dont il pris une vidéo, s’interrogeant sur l’accointance de la cheffe, de ce qui s’appelait encore le Front national, avec des militants de la Ligue de défense juive. Une bizarrerie que soulève avec ingénuité et espièglerie Hugues Duchêne.

Sur le plateau, presque rien, sinon des chaises, une batterie et la régie, à vue. Sans rien qui l’encombre, le jeu file à toute allure, laissant la part belle aux comédiens, souvent acteurs de leur propre histoire. Pour Hugues Duchêne, « le théâtre, c’est de la pulsion de vie en boîte ». Et il le dit sans esprit de sérieux ! Le meilleur du jeu est mis au service de ce rapiéçage utile et subjectif de l’histoire récente, avec une verve qui ravive.

Mieux : le metteur en scène propose un manifeste en préambule, constitué de six articles, dont : « Un an de vie réelle est égal à une heure de spectacle », et encore cet aphorisme paradoxal, qui encapsule une époque hantée par les fake news : « Tout est vrai. Sauf ce qui est faux ». Or sur ce plateau, rien ne sonne faux.

Le lundi après-midi, toujours au Théâtre du Train Bleu, un spectacle reprend le même principe et la même équipe, mais un autre sujet tout aussi haletant, un Dallas sur scène : l’éviction politique d’Olivier Py de l’Odéon et sa nomination… au Festival d’Avignon. D’à-propos, ces jeunes talents ne manquent pas !  

Cédric Enjalbert


Je m’en vais mais l’État demeure, de Hugues Duchêne

Compagnie Le Royal Velours

Écriture, conception et mise en scène : Hugues Duchêne
Avec : Pénélope Avril, Vanessa Bile-Audouard, Théo Comby-Lemaitre, Hugues Duchêne, Marianna Granci, Laurent Robert, Gabriel Tur

Vidéo : Pierre Martin

Production et diffusion : Léa Serror, Joséphine Huppert (Copilote)

Théâtre du Train Bleu • 40, rue Paul Saïn • 84000 Avignon

Du 6 au 29 juillet 2018, les jours pairs à 11 h 45

De  13 € à 19 € 

Réservations :  04 90 82 39 06

Durée : 1 h 15

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