« Kyoto Forever », de Frédéric Ferrer, Théâtre d’O à Montpellier

Kyoto Forever © Céline Gilbert

Ferrés par un objet théâtral jubilatoire

Par Marie‑Christine Harant
Les Trois Coups

On pouvait craindre le pire d’un spectacle annoncé comme un « compte à rebours » du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique. « Kyoto Forever » est tout sauf une leçon moralisatrice sur la protection de la planète politiquement correcte. Cette satire intelligente et drôle, écrite et mise en scène par Frédéric Ferrer, est servie par huit comédiens délirants. Une soirée jubilatoire.

À la table des négociations sont assis les représentants des divers pays de la planète : États-Unis, Venezuela, Barbade, Chine, Japon, Union européenne, Russie, Papouasie ‑ Nouvelle‑Guinée. En cette fin de sommet présidé par un membre de l’O.N.U., les participants tentent d’adopter une résolution commune sur le thème crucial du réchauffement de la planète. La conférence part en vrille, chacun se livrant à un numéro de psychodrame et tentant entre les suspensions de séance à répétition de nouer de nouvelles alliances.

Entre les mains de Frédéric Ferrer, cette énième réunion devient un objet théâtral jubilatoire. Kyoto Forever s’inscrit dans son cycle théâtral les Chroniques du réchauffement. L’auteur s’est fait inviter au rassemblement international de Bonn en 2008, sur le même thème, où il a observé ces ardents défenseurs de l’avenir de notre planète. On ne critique bien que ce qu’on connaît. Dominant son sujet, Frédéric Ferrer ne s’en prive pas. Son prologue inspiré des Hauts de Hurlevent, une vaste colline livrée à toutes les intempéries, devient symbole. Ici, tout est possible, y compris l’invasion des chevaliers de la Table ronde, en armure !

D’ailleurs, les références au roi Arthur abondent dans la mise en scène. La musique de Purcell, un extrait de King Arthur, ponctue les entrées des délégués, les interruptions de séance, les interventions du président. La représentante des États-Unis chante le Cold Song tiré de ce même opéra. En tout cas, à la réflexion, les intrusions de ce roi ardent défenseur de la cohésion de son État deviennent plus pertinentes qu’incongrues. Avec jubilation, Frédéric Ferrer montre autant les hors-champ de la conférence que la conférence elle-même. Ainsi en est-il du défilé de mode vert. Tous les comédiens présentent la nouvelle collection en exécutant la Danse des gens dans le vent, sous une pluie de feuilles vertes. Plus tard, Frédéric Ferrer, qui joue son propre rôle, se fait interviewer. Enfin, après moult rebondissements, la conférence s’achève sur un double miracle, la signature d’un protocole et la renaissance de l’arbre mort, celui qui a été tué par la bombe d’Hiroshima, celui de Vladimir et Estragon. Quant aux séances, elles subissent un traitement identique. L’intervention du Chinois, par exemple, qui insiste pour ajouter une virgule, ou celle de la Russe, en russe, atteignent des sommets d’absurdité.

Alors oui, on rit beaucoup à Kyoto Forever, comme on rit à Molière, comme on rit à Charlot. Depuis quand les sujets graves devraient être traités de façon didactique et ennuyeuse ? La vision de Frédéric Ferrer et de ses interprètes n’est ni politiquement ni culturellement correcte, mais tellement plus forte, tellement plus efficace. Elle vole de succès en triomphe depuis 2008. Et puis ce n’est pas le sujet qui est tourné en dérision, mais nos représentants. Et là, franchement, ne sont-ils pas un tantinet ridicules ? 

Marie‑Christine Harant


Kyoto Forever, de Frédéric Ferrer

Cie Vertical Détour • les Anciennes Cuisines • hôpital psychiatrique de Ville‑Évrard • 202, avenue Jean‑Jaurès • 93330 Neuilly‑sur‑Marne

01 43 09 35 58

www.verticaldetour.org

Écriture, scénographie, mise en scène : Frédéric Ferrer

Avec : Astrid Cathala, Behi Djanati Ataï, Frédéric Ferrer, Maria Montes Planas, Jean‑Claude Montheil, Benjamin Nicolas, Karen Ramage, Délia Roubtsova, Stéphane Schoukroun

Création lumière : Olivier Crochet

Création son et arrangements : Pascal Bricard

Création costumes : Anne Buguet

Création graphique : Griet de Vis

Photo : © Céline Gilbert

Théâtre d’O • rond-point du Château‑d’O • 34000 Montpellier

Réservations : 0 800 200 165

Du 9 au 11 novembre 2009, mardi à 19 heures, mercredi à 14 h 30 et 19 heures, jeudi à 16 heures

Durée : 1 h 30

12 € | 8 € | 6 €

Tournée

  • 23 novembre au 12 décembre 2009, Neuilly‑sur‑Marne
  • 15 et 16 décembre 2009, Bagnolet
  • 19 décembre 2009, Saint‑Ouen