« la Belle et la Bête », d’après Jeanne‑Marie Leprince de Beaumont, Aktéon Théâtre à Paris

la Belle et la Bête © Bertrand Pichène la Belle et la Bête © Bertrand Pichène

Un spectacle
tout en délicatesse

Par Anne Cassou-Noguès
Les Trois Coups

« La Belle et la Bête » est décidément un conte très à la mode en cette fin d’année. Si l’on aime les spectacles équestres et les prouesses techniques, on peut l’applaudir aux Grandes Écuries de Chantilly. Si l’on préfère un cadre plus intimiste, rendez-vous à l’Aktéon Théâtre.

Ne nous attardons pas sur l’histoire, nous la connaissons. Un père vit avec trois filles, dont la cadette est d’une telle beauté qu’on l’a toujours surnommée « Belle », ce qui n’est pas sans susciter la jalousie de ses deux sœurs. Une nuit, il se perd dans la forêt. Il échappe à la tempête en trouvant refuge dans un immense château. Au matin, il rencontre la Bête. Celle-ci le condamne à mort pour avoir cueilli une rose. Belle se sacrifie pour son père et elle finit par être séduite par le monstre, admirant ses qualités morales au-delà de sa laideur physique.

Les deux comédiens, Akiko Veaux et Miguel Henry racontent cette histoire en suivant le plus souvent l’écriture de Jeanne‑Marie Leprince de Beaumont. Armés d’un énorme grimoire, ils donnent à entendre l’œuvre sans prendre la peine de le moderniser sous prétexte que les enfants ne pourraient comprendre la langue raffinée de l’auteur du xviiie siècle. Ils ne s’écartent du texte qu’à de rares occasions, pour des dialogues. Ce spectacle est donc avant tout un conte, que l’on doit écouter attentivement. Et l’on doit reconnaître que les petits tendent l’oreille, intrigués par cette histoire qui s’offre à eux sans s’imposer, avec délicatesse.

On suit d’autant plus scrupuleusement que les voix s’accompagnent de musique, et pas n’importe laquelle. Les deux comédiens jouent du luth et de la guiterne, instrument médiéval qui ressemble à une guitare miniature. Ces instruments produisent un son inhabituel, paradoxalement nouveau pour les petites oreilles comme pour les grandes. Ainsi, cette représentation se distingue de bien des spectacles de Noël proposés aux enfants par son refus d’affubler les comédiens de micro, par l’absence complète de gesticulation, et par une franche distance avec le présent. Pas de clin d’œil à l’actualité, mais au contraire le plaisir d’explorer une langue et une musique anciennes.

La surprise, maître mot de cette mise en scène

De plus, cette version de la Belle et la Bête ne cesse de nous surprendre. Car elle associe plusieurs arts de la scène, malgré l’exiguïté du plateau de l’Aktéon Théâtre. Ainsi, le vieux marchand et les deux aînées sont représentés par des marionnettes. Tantôt, elles apparaissent derrière un paravent, tantôt, elles se dévoilent quand le marchand chevauche la guiterne ou quand les sœurs veulent vérifier que l’on respecte bien le conte, fort injuste à leurs yeux. Mais les deux comédiens incarnent aussi des personnages. Ce ne sont pas seulement des narrateurs. En effet, quand leur visage est dissimulé sous un masque (réalisations remarquables de Mays Mendes) ils sont la Belle et la Bête. On peut également ajouter qu’Akiko Veaux exécute des danses anciennes, en parfaite harmonie avec la musique que joue son partenaire. Marionnettes, masques, musique et danse, ces arts se mêlent pour servir le récit. Les transitions sont toujours habiles, menées avec l’aide de quelques accessoires trouvés dans un vieux coffre et celle de deux paravents qui suffisent à évoquer une forêt ou un palais par un assemblage subtil d’ombres chinoises.

Ainsi, on ne saurait trop recommander d’assister à ce spectacle discret et élégant, dans une petite salle qui offre une grande proximité entre les enfants et les comédiens, et permet la concentration et l’écoute attentive des plus jeunes. 

Anne Cassou-Noguès


la Belle et la Bête, d’après Jeanne‑Marie Leprince de Beaumont

Adaptation et mise en scène : Akiko Veaux et Miguel Henry

Jeu : Akiko Veaux et Miguel Henry

Collaboration mise en scène : Mayr Mendes

Création marionnettes et masques : Mayr Mendes

Scénographie : Andreas Linos

Lumière : Pierre‑Émile Soulié

Photo : © Bertrand Pichène

Avec l’aide de Sébastien Vuillot, Betka Majova et Alex Sander Dos Santos

Aktéon Théâtre • 11, rue du Général-Blaise • 75011 Paris

Réservations : 01 43 38 74 62

Site du théâtre : http://www.akteon.fr/

Du 14 novembre 2015 au 6 janvier 2016, les mercredi, samedi et dimanche et tous les jours pendant les vacances de Noël à 14 h 30 (relâches : 29 novembre, 25 décembre et 1er janvier)

Durée : 45 min

Tarif adultes : 9 €

Tarif enfants : 8 €