« la Nuit juste avant les forêts », de Bernard‑Marie Koltès, le Vieux Balancier à Avignon

Plateau théâtre

Un cri dans la nuit

Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups

C’est à une vaste errance dans la nuit des hommes que nous invite « la Nuit juste avant les forêts », de Koltès. Comme une exploration de ce que Michaux nomme nos « espaces du dedans », des espaces saturés de poésie comme de pluie, ce monologue est aussi un cri d’amour. Pour l’entendre, rendez-vous au théâtre du Vieux-Balancier, à 18 heures jusqu’au 28 juillet 2007.

Sur une scène étroite apparaît un « loulou un peu faible », un déraciné égaré dans la nuit de la ville, comme une ombre d’abord, puis en pleine lumière et ruisselant de pluie. Ce sans-abri solitaire, étranger à tout et tous, avance dans la bruine comme un veilleur de nuit, veilleur de mot.

Veilleur de nuit en ce qu’il se fait gardien d’un espace urbain noyé par la pluie, et que seule la projection d’un film Super-huit vient animer de ses « restes d’humanité ». Mais ces bobines sont muettes et ne font que manifester – avec l’esthétisme particulier de ces films hors d’âge et pourtant si proches des mouvements de la vie, presque documentaires – l’errance des solitudes à la dérive. Koltès, par la voix d’Arthur Marraud des Grottes, donne un écho à ces échoués du flux social, à ces épaves silencieuses.

Veilleur de nuit donc, mais de mots également. La déambulation de ce beau jeune homme, un peu ours dans la nuit de la ville, est en effet une excursion verbale, qui sort la langue des sentiers balisés du « beau style » et la mène vers la « beauté convulsive » chère à Breton. Loulou, putes ou camarade sont autant de mots sublimés par un rythme, une mélodie et devenus autres dans l’unité du verbe poétique.

La sobriété de la mise en scène et le talent du comédien, charismatique et proprement charmant, rendent avec justesse la beauté d’un texte difficile, dont les écueils sont nombreux. Le comédien incarne cette langue exigeante avec une fougue qui porte haut ce cri d’amour lancé dans la nuit des hommes. Le désespoir le plus crasse, la plus épaisse misère humaine, la bêtise enfin, se consument et, du brasier poétique, émane une beauté furieuse brûlante d’humanité. 

Cédric Enjalbert


la Nuit juste avant les forêts, de Bernard‑Marie Koltès

Cie Pourquoi ? • 3, rue de la Fontaine‑Bénite • 95280 Jouy‑le‑Moutier

01 34 22 10 37

Mise en scène : Bruno Dairou

Interprète : Arthur Marraud des Grottes

Lumières : Thomas Merland

Le Vieux Balancier • 2, rue d’Amphoux • Avignon

Réservations : 04 90 82 41 91

Du 6 au 28 juillet 2007 à 18 heures

Durée : 1 h 10

15 € | 10 € | 5 €