« La Pastorale », du Malandain Ballet Barritz, Chaillot à Paris

La-Pastorale-Malandain-Ballet-Biarritz © Olivier Houeix © Olivier Houeix

Hymne ardent à la beauté

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

À l’occasion des 250 ans de la naissance Beethoven, le chorégraphe Thierry Malandain créé « La Pastorale » à Chaillot. Un beau cadeau pour entamer les fêtes de fin d’année.

Né d’une invitation de l’Opéra de Bonn, ville natale du compositeur, à l’occasion du 250e anniversaire de sa naissance, ce ballet est la troisième rencontre entre le directeur du Centre chorégraphique national de Biarritz et Beethoven. À la 6ème Symphonie et la cantate op. 112 sont ici associés quelques motifs de Ruines d’Athènes. Un bien bel hommage.

Promesses de l’aube

Dans cette œuvre, où l’amour pour la nature est si bien traduit par les notes, on croise des bergers, on se prend à errer entre les bois et sentiers fleuris, sur les pas d’une sorte de héros romantique en quête de beauté et de douceur de vivre. Accompagné par quatre guides spirituels, ce voyage l’emmène d’un monde terrestre étroit jusqu’à l’harmonie, puis la mort transcendée. Il devient, en quelque sorte, un grain de cette poussière sacrée d’Athènes, cité vénérée par tant d’artistes.

Comme cette musique, source d’émotions intenses, le ballet exprime une palette de sentiments. En phase avec les idéaux humanistes portés par le musicien épris de liberté, Thierry Malandain développe une écriture élégante qui exalte la puissance du corps dans de nombreuses envolées sensuelles, élans joyeux ou étreintes fougueuses. Articulée autour d’une figure centrale, interprétée par Hugo Layer, elle est sobre et efficace. Les corps graciles dessinent d’ailleurs souvent des lignes très pures et étirées.

Que ce soit pour les duos, solos ou ensemble, la priorité est donnée à la virtuosité. Les 22 danseurs, formés à a technique classique, font preuve de grâce. Mis à l’épreuve de la danse contemporaine, ils savent également faire jaillir des étincelles de mouvements plus recherchés, tout en tensions. Enfermés dans un dispositif métallique carré, les interprètes rivalisent d’inventivité pour jouer avec ces contraintes. Le chorégraphe nous offre ainsi une vision renouvelée de la danse académique.

Lendemains qui déchantent

Foncièrement idéaliste, l’œuvre est empreinte de sérénité. Toutefois, si le chant des oiseaux peut être planant, les orages font frémir. Parallèlement à la rêverie, Thierry Malandain a tenu à évoquer les problèmes environnementaux, sans toutefois traiter explicitement de l’urgence climatique. Quand la scène n’est pas baignée de lumières originelles, elle est juste plongée dans une atmosphère sombre et électrique. Entre utopie d’un monde harmonieux et réel accablant.

La-Pastorale-Malandain-Ballet-Biarritz © Olivier Houeix
© Olivier Houeix

La scénographie s’inspire de l’Antiquité hellénique comme lieu de perfection, tout en jouant sur les contrastes. Les danseurs évoluent dans des costumes originaux. Le boutonnage, systématiquement à l’arrière désaxe presque les mouvements. Sans doute le choix de faire porter des robes (de longues jupes-manteaux ou des tuniques blanches antiques) à tous, y compris les hommes, s’explique-t-elle par une vaine tentative de faire cesser le chaos.

Car la beauté peut-elle sauver le monde, comme le pensait Beethoven ? Cette traversée de l’histoire humaine évoque une bien triste réalité. Pourtant, la puissance de la nature, exprimée avec les moyens de l’art, fait naître des lueurs d’espoir. Encore et toujours. « Certains pensent que les hommes négligent la nature, car ils ont perdu le sens de la beauté. Cette idée a été mon point de départ. Reste que l’artiste peut faire rêver le monde », clame haut et fort Thierry Malandain. Comme celui-ci a raison de nous laisser entrevoir de si vastes et beaux horizons ! 

Léna Martinelli


La Pastorale, du Malandain Ballet Barritz

Chorégraphie : Thierry Malandain

Musique : Ludwig van Beethoven

Décors et costumes : Jorge Gallardo

Lumières : François Menou

Avec 22 danseurs du Malandain Ballet Barritz
Durée : 1 h 10

Chaillot – Théâtre national de la Danse • Salle Jean Vilar • 1, place du Trocadéro • 75116 Paris

Du 13 au 19 décembre 2019

De 15 € à 42 €

Réservations : 01 53 65 30 00 ou en ligne

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